Agnès Buzyn, ou le Sganarelle du XXIe siècle

Par Samir Lassoued


Sganarelle fut Le Médecin malgré lui, Agnès Buzyn sera La ministre de la Santé malgré elle. Sous perfusion de faux remèdes, le Service Public de la Santé doit-il s’attendre à une mort certaine ?

Tels sont les termes du débat à l’heure où se propage la grève des hôpitaux dans tout le pays. On dénombre, à ce jour, plus de 230 hôpitaux en grève, rejoints par les professions libérales de santé ou encore celui du secteur sanitaire et social. Le nombre ne cesse de s’accroitre.

De Saint-Denis à Paris en passant par le Massif Central et la Réunion : plus de lits, plus de personnel, plus de respect des conditions de travail. Les revendications sont les mêmes.

Des milliers de grévistes, des revendications claires et partagées. Ces deux ingrédients ne semblent pas suffire à faire avancer les choses. Les raisons qui empêchent l’émergence d’un mouvement social structuré sont nombreuses.

Les directions de centres hospitaliers s’assurent de l’administration du palliatif libéral, pressurisant -un peu plus chaque jour- des agents à bout et rendant de plus en plus impossible le combat des représentants syndicaux.

À un mois de la discussion du projet de loi sur le financement de la Sécurité Sociale, on imagine une solution aussi cynique que destructrice :

– céder ici ou là des miettes, pour éviter de donner le gâteau.

– face aux syndicats annoncer un budget équivalent à 2019, voire augmentés symboliquement ici ou là des postes de dépense.

– devant les médecins de ville et les spécialistes indépendants baisser la garde- du moins en apparence – sur les régimes spéciaux en assurant une posture de dialogue dans le cadre de la réforme des retraites.

L’enfer est pavé de bonnes intentions, les « comités asyndicaux » aussi. Au lieu d’affronter la masse de la rue organisée par des militants politiques et syndicaux, il est sage de se méfier du plus redoutable des apparents remèdes : la mobilisation organisée par des inhabitués.

Le développement de ces comités qui ne se revendiquent pas du syndicalisme traditionnel, ne sont pas formés, mais risquent à terme d’être mis en avant et érigés en interlocuteurs du Nouveau Monde.

Par ailleurs, ces comités défendront un intérêt sectoriel et territorial le jugeant incompatible avec d’autres luttes sociales. Si le comité de l’hôpital de Quimper trouvait ses revendications satisfaites, pourquoi irait-il perdre du temps à soutenir la lutte dans l’hôpital de Caen ?

Face à des personnes âgées traitées comme du bétail, face àdes patients sans médecins, face à des soins spécialisés inaccessibles, face à des pauvres à la merci d’une direction d’hôpital elle-même soumise à la loi de la rentabilité… comment ne pas s’indigner ? Comment ne pas réagir ?

Tout espoir n’est cependant pas perdu. Le moyen de dévoiler au grand jour l’imposture serait de prendre appui sur la mobilisation populaire rassemblant infirmiers et médecins, professionnels et usagers, tous encadrés dans leur mouvement et leurs revendications par des syndicats et partis politiques formés au rapport de force.

Sganarelle gagnait son imposture en étant battu, Agnès Buzyn perdra l’imposture de son projet en étant aussi battue par le rapport de force classique et le soutien inédit de la rue.

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