25 mars 2020

« Quoi qu’il en coûte »… vraiment?

Par Pierre Mazzorbo


Le Président de la République a peur. Cela s’est senti dans son discours du lundi 16 mars sur l’épidémie de Coronavirus, où jamais il n’a employé les termes de « stade 3 » et de « confinement ». Il a peur. Peur de ses actes. Peur des conséquences de ses actes. Peur de la situation. Il est resté dans le flou et a laissé son gouvernement préciser les choses, puis l’administration détricoter les mesures annoncées. La peur est toujours mauvaise conseillère.

Pourtant le discours était plein d’espoir : « rien ne sera comme avant », « on va tirer les conséquences », « quoi qu’il en coûte », « chômage partiel pour tous »… On a cru que le virage social était enfin arrivé.

« En même temps », les injonctions paradoxales de l’Exécutif

Et comme toujours, dans le nouveau monde, les choses sont dans le « en même temps », les injonctions contradictoires. En cinq jours, la cacophonie a gagné.

Christophe Castaner commence par proclamer le confinement. Mais un confinement à trous… qui fait que les joggers se croisent à moins d’un mètre sur les quais de la Seine à Paris.

Olivier Véran, sous la pression des médecins hospitaliers, proclame « Restez chez vous »…

Mais en même temps, Castaner donne des ordres pour que les policiers ne portent pas de masque. C’est anxiogène paraît-il. Comme si cela les avait gênés que les BRAVM de Lallement portent cagoule et masque… Alors les policiers se transforment en prolétaires de la sécurité…

Et en même temps, Bruno Le Maire répète « Allez travailler ».

Et en même temps, Jean-Baptiste Djebbari ferme 50% du trafic de transports en commun.

Et en même temps, Olivier Véran continue de dire « Restez chez vous ».

Et en même temps, Muriel Pénicaud exhorte le secteur du BTP à être citoyen et à reprendre les chantiers. La FFB, fédération que l’on ne peut pas taxer d’être gauchiste, en vient à défendre ses salariés… qui sont parmi les plus exposés. Leurs bases vie ne sont pas nettoyées et désinfectées. C’est important pour les douches, les vestiaires et le coin repas. Et il n’y a pas de masques. Pas plus que de matière première livrée pour construire…

Et en même temps, Emmanuel Macron fait le fier à bras dans les hôpitaux, dénonçant les discours hypocrites des médecins qui se plaignent du manque de moyens et des coupes budgétaires dans l’hôpital public.

Et en même temps, Olivier Dussopt annonce que le jour de carence des fonctionnaires est maintenu…

Et en même temps, Olivier Véran s’époumone : « restez chez vous ».

Et en même temps, Bruno Le Maire demande aux salariés de la grande distribution d’aller travailler, mais sans garanties de protection pour eux-mêmes.

Et en même temps, en plein confinement, Jacqueline Gourault et Sébastien Lecornu demandent aux 30.000 conseils municipaux élus le 15 mars de se réunir pour élire les maires avant que le conseil scientifique finisse par dire que ce n’est pas sage…

En même temps, Agnès Pannier-Runacher répète à longueur de journée qu’il n’y a pas de contact social sur un chantier…

Par pudeur, on mettra un masque sur les déclarations de Sibeth Ndiaye.

En cinq jours, le gouvernement et l’administration auront détricoté toutes les annonces du Président Macron, en date du lundi 16 mars.

Macron, on n’en peut plus de ses « en même temps »…

Covid-19, un virus de classe!

Cette politique ressemble à L’étrange défaite de Marc Bloch… On est en guerre. Mais, Emmanuel Macron en est encore à inspecter la Ligne Maginot quand les Ardennes sont déjà débordées. Retard sur les masques. Retard sur la chloroquine. Retard sur le confinement. Retard sur le déploiement de l’Armée.

Tout cela augure d’heures sombres. Les morts vont être plus nombreux. Les hésitations perpétuelles de cet exécutif si bien mis en exergue par Agnès Buzyn dans sa déclaration post-municipales vont nous coûter plus de morts qu’en Italie. Quand Macron nous dit « quoi qu’il en coûte », nous finissons par nous poser cette question : parle-t-il de morts ou d’argent?

Ces injonctions paradoxales de l’Exécutif sont en fait très claires : Emmanuel Macron et Edouard Philippe depuis le début de cette crise ont fait un arbitrage. Il y a le coronavirus des riches et le coronavirus des pauvres. Pour les riches, on autorise l’exil en province. Près de 1,6 millions de franciliens ont ainsi déserté la région parisienne, comme sous la Commune de Paris… On tolère que les riches aillent transporter le virus ailleurs, au mépris des règles sanitaires de base. Comme lorsque Macron a fait l’arbitrage de rapatrier nos ressortissants en Chine comme si le virus allait respecter la nationalité.

Le coronavirus des riches ce sont aussi les cadres que l’on invite à rester chez eux, à télé-travailler en confinement.

De l’autre côté, surgit le coronavirus des pauvres, des classes moyennes et laborieuses quand le Gouvernement demande aux ouvriers d’aller travailler « quoi qu’il en coûte », aux policiers de ne pas porter de masque, aux soignants de taire les polémiques… Les éboueurs continuent de ramasser nos ordures. La grande distribution doit assurer l’approvisionnement des grandes surfaces alimentaires.

Le mépris de classe s’est réimposé, comme en tant de guerre. Il y a la chair à canons et il y a les planqués, les donneurs d’ordre et les profiteurs de crise.

Il y a enfin nos aînés confinés dans les EHPAD, sans masques avec un risque fort de contamination et de décès sur une population de 100.000 personnes. Pour l’heure, le cri d’alarme des directeurs d’EHPAD s’est perdu dans les méandres de l’administration française plus kafkaïenne que jamais.

Deux crises dans la crise : masques et peste brune

La première concerne l’impéritie du gouvernement sur les masques. Amélie de Montchalin aura eu cet aveu coupable face à Julien Dray, lorsqu’elle déclara dans la semaine du 15 mars que le Gouvernement avait seulement réquisitionné les masques, le lundi d’avant, en plein stade 2 de l’épidémie. Pourquoi rien n’a été fait avant? Ce scandale sera pire que celui du sang contaminé. Le Gouvernement a même réquisitionné les masques d’entreprises alimentaires qui produisent du jambon, des plats cuisinés, au risque de créer d’autres contaminations bactériennes dans la population par la nourriture.

Cette incurie totale marque l’incapacité de la macronie à anticiper les choses et à protéger la population française.

Pire, chaque décision crée de nouveaux risques.

La deuxième crise va venir du réveil de la colère sociale. Les Français ont compris que le « Président des riches » avait à nouveau frappé en préservant les riches au détriment des autres. Il faut que tout change pour que rien ne change… On est en guerre et en guerre, on envoie en première ligne de la chair à canon. Et la chair à canon est toujours composée des classes populaires, des classes moyennes, des employés. C’est vrai de la guerre militaire, on sait maintenant qu’il en va de même pour la guerre sanitaire.

La colère sociale va s’exprimer après la crise. Et balayera le roi nu en 2022. Aujourd’hui, il n’existe aucune alternative démocratique au Rassemblement national. Il y a urgence aussi à trouver une molécule active à gauche !

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