22 juillet 2020

Participation citoyenne aujourd’hui : la démocratie participative dévoyée ?

Par Marie Grau


Convention citoyenne pour le climat, grand débat national, référendum d’initiative populaire, co-construction de projets, ateliers citoyens, budgets participatifs dédiés… on ne manque pas de mots pour se féliciter des nouvelles formes de participation des citoyens à la vie publique. Mais quelles efficacité et valeur pour ces initiatives politiques face aux taux d’abstention toujours croissants aux élections ? Face à cette forme de détachement persistant et profond envers les institutions, leurs représentants et la collectivité ? Face à ce qui est devenu un décrochage démocratique d’une large partie des citoyens ?

Quand la « démocratie participative », à la source de cet engouement, apparaissait sous les projecteurs français de la présidentielle de 2007, la participation à cette élection retrouvait pourtant son niveau de 1988 à près de 84 % aux deux tours. Ségolène Royal, à laquelle on doit reconnaître la vulgarisation de ce concept politique dans notre pays, écrivait alors sous les huées : « Je trouve très fécond de croiser l’expertise savante et l’expertise vécue, la réflexion des spécialistes et celle des citoyens. » Et développait plus précisément : « La démocratie de proximité me paraissait un leurre masquant mal le retour de la République des notables. »

Ceux qui ont eu la chance de vivre la démocratie participative dans sa version de 2007 ne pourront que témoigner de l’élan massif qu’elle avait suscité au-delà de la candidate du PS, grâce à des rencontres imposant aux gens de s’exprimer. Cette méthodologie novatrice ne devait pas accumuler les témoignages personnels dans un but démagogique comme on l’a caricaturé, mais bien faire parler chacun sur l’intérêt général à partir de ses questions et observations.

Depuis que la participation citoyenne s’est officiellement développée, c’est pourtant exactement cet objectif d’analyse venue des gens qu’on a perdu. Les contenus des débats, budgets, projets sont cadrés du haut vers le bas et les citoyens sont invités à s’exprimer sur les propositions qui leur sont faites. Les exemples ne manquent pas pour l’illustrer et on se souvient ainsi des critiques de la présidente de la commission nationale du débat public, Chantal Jouanno, contre la méthodologie choisie pour le grand débat national de l’année dernière : elle dénonçait une opération de communication à partir de questions posées par le gouvernement et non un réel débat à partir des questions que les Français voulaient traiter. Même erreur avec la convention climat dont on ne peut blâmer les participants très investis… mais pourquoi confier sa gouvernance, ses thèmes et le choix de ses intervenants aux sachants ? La plupart des budgets, projets et fantaisies co-constructives récents souffrent également de ce schéma : le politique propose et des gens réagissent dans le cadre ainsi déterminé.

Il est évident que ces mécanismes ne permettent en rien une participation active des citoyens qui se retrouvent le plus souvent consultés comme un panel pour une étude marketing. Mais plus grave encore : on y risque un effet pervers évident si des tiers intéressés, qui eux savent comment être écoutés dans le processus, parviennent à s’y nicher pour y faire valoir leurs objectifs propres. Finalement, c’est bien exactement ce que Royal dénonçait : la République des notables et des intermédiaires qui préemptent une approche qu’on prétend qualifier de citoyenne…

Dans ce dévoiement complet de la participation effective des gens aux décisions politiques, l’honnêteté exige de noter qu’on a perdu le beau mot de « démocratie ». Revenir à la source et écouter réellement chacun pourrait dès lors être une mission urgente pour la gauche afin de respecter la politique comme les électeurs.

Citations S Royal : Maintenant, Flammarion, avril 2007

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1 Comment

  • Oui, le constat n’est pas nouveau. Mais ensuite on fait quoi ? Pas de participation citoyenne ? Et donc confiscation de la politique locale pas les élus ? On tourne en rond en fait !

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