22 mai 2018

Lien social en danger : vers un désert associatif ?

Par Julien Dray 

La diminution drastique des dotations aux collectivités locales, la fin de multiples contrats aidés, la suppression de la taxe d’habitation ; autant de mesures qui, si elles apparaissent légitimes à quelques comptables de la technocratie, ont des conséquences dans d’innombrables domaines.

Les rapports se sont pourtant succédés pour alerter sur des décisions unilatérales qui ne tiennent pas compte, c’est le moins que l’on puisse dire, des impacts tant humains et sociaux qu’économiques.

Ainsi sur le seul aspect des contrats aidés voilà ce que souligne le rapport « Flash » des parlementaires de l’AN : « Du point de vue macro-économique, l’INSEE a dénombré́ 45 000 nouveaux chômeurs principalement du fait de la suppression des contrats aidés depuis l’été 2017. L’OFCE, de son côté, estime que la diminution de l’enveloppe des contrats aidés au second semestre 2017 est l’un des 2 facteurs qui expliquent le maintien du chômage en 2017 alors que la croissance a été de 1,9 % et que le chômage régresse dans les autres pays »

Le postulat de départ était donc de considérer qu’il fallait faire des économies, que les outils n’étaient pas adaptés et qu’il fallait compenser, pour les plus pauvres, la hausse de la CSG par la fin de la taxe d’habitation…et tout ceci, analyser et décider, d’un unique point de vue comptable.

Les multiples alertes n’auront pas atteint les certitudes de Monsieur Macron. Comme pour d’autres réformes c’est la fuite en avant, sans concertation et sans réflexion, qui prévaut.

On sait depuis que sur les dotations l’effort budgétaire sera d’abord demandé aux collectivités, que la suppression de la taxe d’habitation entraînera de fait de nouvelles taxes et que la suppression des emplois aidés apparaît, de la façon dont elle mise en place, comme un non sens évident.

Les conséquences que l’on peut déjà mesurer sont d’une gravité qui pourrait pourtant faire réfléchir. Les cantines scolaires, les activités périscolaires, l’aide aux devoir, les Ephad, les associations sportives, culturelles ou à caractère social ; quelque soient les structures, municipales, paramunicipales, départementales, régionales ou 
indépendantes, toutes sont affectées, mise en danger ou condamnées à disparaître.

Sur le plan humain, c’est un désastre. Du jour au lendemain, des intervenants ont vu leurs contrats résiliés alors que l’on s’apprêtait à les renouveler. La baisse significative sinon totale des subventions aux associations sportives et culturelles ne leur permet plus d’assurer leur activité par le seul recours au bénévolat ; un bénévolat qui, lui aussi, du fait de l’évolution de l’emploi en France, connaît une crise inédite. Tous les budgets des associations à caractère social sont revus à la baisse et là encore ce sont des milliers d’emplois qui disparaissent.

Le lien social que représentait le milieu associatif, et qui souvent servait de supplétif à un état défaillant, est grandement remis en cause. Plus on s’éloigne des centres urbains et plus le problème s’amplifie.

A-t-on décidé de sacrifier la campagne au seul profit des villes qui auraient encore les moyens d’assurer la pérennisation d’un modèle issu de la loi de 1901 ?

L’économie sur les seuls emplois aidés serait de 2 milliards mais combien coûte 45000 chômeurs directs de plus ? combien coûte, sur la santé, cette nouvelle précarisation ? combien coûte l’absence de lien social ? l’absence de possibilité de s’éduquer, l’impossibilité d’ouvrir les champs de la culture, de pratiquer une activité sportive, de profiter de soutien, quel impacts sur les personnels restant dans les Ephad, dans les écoles et dans toutes les structures normalement prise en charge par la nation?

Nul doute que nombre d’associations disparues, il y aura moins de contestation à la mise en place de politiques antinomiques de la solidarité, de l’égalité.

Ces passionnés de l’association loi 1901 deviennent en effet très souvent des experts dans leur domaine. Leurs expériences, leurs dévouements, leurs engagements, si précieux aux contacts humains comme au développement, à partir du terrain, au plus prêt de la population, de la mise en commun des connaissances, de la pérennisation du partage, du maintient de la transmission devront-ils être rangés au rayon des souvenirs ?

Qu’il faille réfléchir au progrès dans tous les domaines, nul ne le contestera ; mais que l’on sacrifie le lien social au seul profit de la culture du porte-monnaie, c’est contre- productif tant sur le plan de l’éducation, culturel, sur le plan du développement personnel et de toutes les aides irremplaçables que l’ensemble des structures apportent comme sur le plan économique.

Le tissu associatif, héritier de ce vieux monde tant décrié, doit se saisir de cette situation et, avec le cas échéant l’appui des politiques, se rassembler dans la perspective d’une marche nationale.

Il est temps de se réveiller!

Julien Dray

 

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