23 janvier 2019

La réserve syndicale !

Par Julien Dray

Où sont les syndicats ? que pensent-ils au fond de ce qui traverse aujourd’hui la société ? sont-ils dépassés ? empêchés ? sont-ils pour certains dans une autocensure ? se sentent-ils remis en cause ? leur manque-t-il l’énergie nécessaire pour appuyer enfin sur l’accélérateur d’un mouvement populaire qui véhicule tant de questions sociales, sociétales, fiscales ? Sont-ils sur la réserve ?

Si c’était le cas, on pourrait comprendre certaines réserves :

  • La crainte d’être instrumentalisé par des éléments extrémistes de la droite ou de l’ultra droite, dupés qu’ils seraient par une propagande réductrice propagée en boucle par le pouvoir et une certaine bourgeoisie ; celle qui refuse d’étendre un peu sa réflexion, celle qui détourne volontairement les causes pour ne pas avoir à affronter les conséquences d’une remise en question du système.
  • La crainte d’être rejeté par le mouvement lui-même
  • La crainte de perdre le peu de crédit qui leur reste auprès de la population


On peut comprendre ces réserves et « en même temps » on peut aussi s’étonner qu’ils puissent être dupes de stratégies délétères, qu’ils puissent être dans un tel manque de confiance, qu’ils puissent préférer s’enfermer dans un périmètre restreint, celui de leur mandat électif, plutôt que de traduire en revendications sociales précises ce que ce mouvement leur fournit de façon brutes.

Certes, on voit ici et là, certains syndicats prêtés main forte au mouvement en particulier pour l’organisation de service d’ordre et cela fonctionne. On note depuis l’entrée en jeu de ceux-ci moins de débordements et moins de violences issues des manifestants. Ce faisant on ne peut plus nier aujourd’hui les violences policières que nous avons ici dénoncées parmi les premiers. Disant cela il ne s’agit pas de stigmatiser les forces de police mais les donneurs d’ordre car il s’agit bien d’une stratégie de déstabilisation.

La participation du mouvement syndical est cependant encore sporadique. Il semble qu’il n’ait pas pris la véritable mesure de ce qui s’exprime et qui est largement plébiscité par les Français.

Les gilets jaunes ont initié en France un mouvement populaire qui s’étend maintenant largement en Europe et dans le monde. C’est bien une certaine forme de gouvernance qui est remise en cause. C’est bien une crise du capitalisme et de l’ultra libéralisme qui se fait jour.

Sans prise en compte de cette expression par les pouvoirs et principalement en France, on prend le risque d’une radicalisation dont on peut se demander si on ne la provoquerait pas pour lui opposer un libéralisme économique mondial par la peur.

Dans ce contexte, le rôle des syndicats devient prééminent. Les corps intermédiaires que l’on a affaiblie ces derniers mois jusqu’à les rendre invisibles doivent aujourd’hui apporter leur lecture, s’imposer comme accélérateur de l’expression populaire, se mettre en mouvement et développer l’aspect social, définir des pistes pour défendre ce qu’ont révélé les gilets jaunes et principalement les injustices sociales et fiscales.

Les profils sont divers parmi ces citoyens en colère. Comme l’ont très bien décrit ceux qui, parmi les journalistes, ont pris le temps de les rencontrer et de chercher à comprendre les fondements réels de ce mouvement, ce sont des citoyens actifs pour la plupart. Ils travaillent ou ils cherchent à le faire. Ils sont à la limite de la rupture mais ils ne demandent pas à être assistés. Lorsqu’ils sont retraités, ils souhaitent juste vivre dans la dignité. Les gilets jaunes ne sont pas, dans leur immense majorité, des profiteurs du système. Ils ont découvert pour certains d’entre eux, isolés ou individualistes, que leur situation était largement répandue quelque soit le statut, le métier, l’origine. Ils ont découvert sur les ronds points et ailleurs la chaleur de l’échange et de la solidarité. Ils sont devenus des portes paroles de la France silencieuse, de la France déclassée qui subit, qui survit.

Il est temps qu’ils soient soutenus, aidés et relayés par les corps intermédiaires et principalement par le mouvement syndical.

Il est temps que les syndicats sortent de leur réserve !!

Julien Dray

 

 

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