8 mai 2018

Refuser la stratégie de la violence pour rassembler et l’emporter demain

8 mai 2018

Par Daniel Goldberg

Depuis longtemps, certains mouvements revendicatifs théorisent le débordement du cadre habituel du débat politique.

Dès le 19ème siècle, les anarchistes jugeaient que des actions fortes et ciblées, suivies de cycles de répressions et de nouvelles actions violentes, entraîneraient mécaniquement l’adhésion du plus grand nombre à la cause qu’ils défendaient.

De l’autre côté, les factieux d’extrême-droite s’engageaient sous forme de milices pour faire physiquement pression sur la République, comme ce fût le cas notamment lors du 6 février 1934, ou encore avec l’OAS et le SAC.

L’action des black blocs lors de la manifestation du 1er mai en a été le récent exemple le plus significatif, mais les dégradations de permanences parlementaires, sous le précédent quinquennat comme lors de celui-ci, le saccage de bâtiments administratifs par des agriculteurs, les formes d’action de certains opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes ou la démolition des portiques de l’écotaxe en étaient d’autres formes.

Certes, notre République a beaucoup de défauts. Le « mur de l’argent » a par exemple toujours su utiliser des moyens de pression plus ou moins légaux. La présidence jupitérienne théorise de son côté que la démocratie se résume au résultat du 1er tour de l’élection présidentielle et, qu’alors, tout le monde doit suivre tête baissée.

Mais, la question pour la gauche, dans sa diversité, des moyens à utiliser pour convaincre de la justesse de ses points de vue est de nouveau posée.

En effet, le défilé du 1er mai et ses suites syndicales et politiques ont été en quelque sorte phagocytés par les quelques centaines de manifestants qui ont agi près de la gare d’Austerlitz, tout en notant néanmoins que ces actions violentes et sans réserve condamnables ont été de moins grande ampleur que celles connues lors du débat sur la loi Travail en 2016.

La question est relativement simple à résumer : la fin recherchée justifie-t-elle les moyens employés ?

Cela nécessiterait sans doute de préciser le but réel des auteurs de ces faits : s’opposer à un projet de loi n’est pas la même chose que de vouloir renverser notre régime démocratique par leur « meilleur des mondes ».

Disons-le ici, certains mouvements, pour se faire entendre, peuvent nécessiter de sortir du cadre légal strict : beaucoup de Français ont éprouvé de la sympathie pour le démontage d’un McDonald’s par José Bové afin d’alerter sur le danger des OGM et de la « mal bouffe ». De même, les émotions suscitées par les poursuites engagées pour « délit de solidarité » montrent que le seul respect du cadre légal ne vaut pas toujours. Et le film « 120 battements par minute » a rappelé combien Act Up a du forcer le débat public pour faire reconnaître le Sida, ses malades et l’urgence de leur prise en charge.

Mais pourquoi donc certaines actions pourraient-elles être justifiables – et reconnues comme telles – alors que d’autres non ? Pourquoi pourrions-nous considérer certaines comme légitimes quand d’autres sont à rejeter en bloc sans la moindre accointance possible ?

L’erreur commise par Jean-Luc Mélenchon, dans ses premières explications juste après le 1er mai comme lorsqu’il semblait fermer les yeux quand la violence ne s’exerçait uniquement contre des élus socialistes, est de ne pas chercher, à chaque instant, à développer un mouvement qui aurait constamment la volonté de toujours rassembler pour devenir majoritaire.

Ces actions violentes stériles ne peuvent en aucun cas se justifier puisque qu’elles n’ont pas d’autres formes de mobilisation que ces violences elles-mêmes et leur médiatisation : pour eux, il ne s’agit pas d’être une alternative ou de convaincre alors le plus grand nombre.

L’important est de paraître sur la scène médiatique. C’est en quelque sorte une stratégie, certes visible, mais qui intériorise la défaite de son camp et l’incapacité à convaincre celles et ceux dont ils se disent pourtant les représentants.

Tout cela est alors bien entendu tout au bénéfice du pouvoir en place, qui rappelle là sa dérive de plus en plus à droite dans une bien classique criminalisation a priori des mouvement sociaux, vilipendés car voulant « attiser la colère » par un « discours d’agitation », ou parlant même de « poujado-castrisme ». Si Ch. Pasqua ne l’avait pas déjà utilisé, on les sent tentés de parler de « sida mental. »

De même, les socialistes qui considèrent toujours qu’il faut séparer le mouvement social entre les « réformistes » et ceux qui ne le seraient pas – ce qui a été une des grandes erreurs du quinquennat précédent – participent à cette impasse.

C’est la recherche du rassemblement de toutes celles et de tous ceux qui s’opposent au cap « à droite toute » du pouvoir actuel qui sera tout à la fois le meilleur antidote à ces formes de violence stérile et l’outil le plus efficace pour construire un nouveau projet à vocation majoritaire.

Car là aussi, dans notre société fracturée, le chemin compte autant que le but à atteindre. Le reste n’est que gesticulation des uns comme des autres.

En 1969, F. Mitterrand, alors qu’il pensait sans doute son chemin politique dans une impasse, avait pourtant théorisé cela, avant de le mettre en pratique : « Un homme de gauche ne peut pas se contenter d’être le partisan de la justice, il doit connaître les ressorts de la société qui lui permettront d’assurer la victoire de la justice. »

C’est la même question qui est posée aujourd’hui : la recherche de l’unité la plus large possible, avec des mots d’ordre et des actions qui rassemblent, peut seule permettre demain, grâce à un mouvement à vocation majoritaire, à la justice de l’emporter.

Daniel Goldberg

 

 

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