26 octobre 2018

Le premier tournant majeur du quinquennat

Par Daniel Goldberg

En quelques heures à cette mi-octobre, du pouvoir macronien, à la France insoumise, en passant par le PCF et le PS, plusieurs évolutions majeures ont modifié en profondeur la situation politique.

Tout d’abord, de manière évidente, la macronie se délite. Jamais relevé de l’affaire qui a l’a secoué au début de l’été, puis ébranlé par la démission de N Hulot qui a mis à nu un manque d’ambition pour la nécessaire transition écologique, enfin rabaissé par le départ de G. Collomb, archétype de ce que produit la notabilité intéressée plus par sa réussite individuelle que par celle du pays, voilà Jupiter quasiment foudroyé. Quant au parti LREM, sans débat démocratique en son sein, il en est réduit, un an et demi après sa victoire totale, à se chercher une doctrine, à se demander qui ils sont vraiment et où veulent-ils conduire le pays.

A cela s’ajoute l’absence de résultats économiques comme sur le front du chômage, les baisses de pouvoir d’achat pour beaucoup, les impasses diplomatiques, notamment vis à vis de Trump, et l’incapacité à peser réellement sur l’avenir de l’Europe. Après avoir donner la preuve d’un espace politique dégagé pour son offre nouvelle en « mangeant le pudding » en 2017, voilà E. Macron ces jours-ci réduit à un replâtrage gouvernemental peu digeste et sans lisibilité.

Et comme souvent, la forme a permis au fond de revenir à la surface : la pénombre de l’allocution télévisée a caractérisé le peu de lumière qui se dégage du pouvoir actuel !

Et pourtant, il fallait écouter les propos du Président de la République, un peu en repentance de lui-même, aller, et c’est assez nouveau pour le souligner, vers des sujets qui sont au cœur finalement du débat d’aujourd’hui et de demain : comment faire que les Français aient de nouveau prise sur leur destin individuel et collectif ? Comment permettre à la France d’être elle-même et de ne pas se soumettre ?

Face à ces questions, l’opposition de gauche, en cultivant les forces centrifuges de sa nébuleuse, est toujours incapable de relever le défi. Pourtant, l’équilibre politique instable actuel va nécessairement conduire dans les mois qui viennent à un nouveau paysage qui peut amener le meilleur ou le pire. Rien ne nous préserve d’une évolution à l’italienne. C’était d’ailleurs la crainte déjà exprimée quand M. Valls et M. Renzi entraînaient la gauche, chacun dans leur pays respectif, à une désagrégation fortement nuisible à terme.

Le temps devrait donc être favorable à son principal challenger de gauche, J-L. Mélenchon, et à son parti. Las, le moment qui aurait pu être le début de l’élargissement se perd dans un tête-à-queue d’invectives et de mises en cause globales de la justice et de la presse. Si la justesse des poursuites engagées n’est pas commentée ici, le fait politique qui marque aussi le tournant de ces derniers jours est l’incapacité durable de LFI de bâtir un rassemblement à vocation majoritaire.

C’est pourtant le sujet central : près de 20 % à l’élection présidentielle, c’est remarquable, mais c’est un échec si le but est d’accéder aux responsabilités. Et comment penser à franchir les 50 %, sans s’élargir et démontrer une capacité d’entraînement en-dehors de son cercle actuel ?

De leurs côtés, en ce moment, le PCF connaît aussi une crise existentielle sans précédent avec une direction désavouée politiquement par ses militants, Génération.s peine toujours à exprimer un futur désiré par les Français et EELV espère seulement surfer sur la vague des changements climatiques pour progresser, seul, aux élections européennes.

Reste le Parti socialiste, toujours en rade, car incapable de prendre le large des débats politiques essentiels aux yeux de nos concitoyens, avec un positionnement encore flou, à l’image de ce personnage de W. Allen dont l’image révèle l’équilibre personnel instable.

Flou avec un texte largement adopté sur l’Europe qui marque des évolutions certaines par rapport aux choix d’avant 2017, mais dont les citoyens pourraient douter de la sincérité s’il est aux antipodes des options du candidat du Parti socialiste européen à la tête de la Commission ou parce que le PS ne peut expliquer comment il peut être l’adversaire d’E. Macron alors que son plus proche allié européen, le SPD, gouverne avec A. Merkel. Flou car incapable d’un retour lucide sur le quinquennat précédent qui résonne toujours comme un gâchis en termes d’opportunité politique pour la gauche.

Flou encore avec un positionnement d’opposition tout en permettant la promotion de personnalités ayant soutenu E. Macron ou souhaitant faire partie de sa majorité comme cela été le cas récemment ou…lors de la ré-élection de D. Guillaume par les sénateurs socialistes à la tête de leur groupe à l’automne 2017. C’est cet ensemble qui a permis le départ d’E. Maurel et de M‑N. Lienemann, départ qui constitue un échec pour la direction actuelle. Seuls ceux qui rêvent d’« un parti qui se rénove en s’épurant » ne voient pas en quoi cette décision évitable signe un nouvel affaiblissement pour le Parti socialiste.

Tout espoir est-il vain pour la gauche ? Non, car, si en quelques jours, le cours du quinquennat a pris un premier tournant important, la nouveauté est aussi que beaucoup de citoyens, hors des appareils politiques, font renaître la gauche, portent ses valeurs, la font vivre au quotidien.

Des marches quasi spontanées pour le climat aux soutiens aux migrants en passant par des luttes sociales, nombre d’initiatives germent et le succès des propos de R. Glucksmann auprès d’un public large, fatigué des jeux d’appareils stériles et prêt à s’engager pour changer vraiment le pays au profit du plus grand nombre, montre que le sursaut de la gauche et de ses idées passera sans doute principalement par d’autres initiatives marquant le réveil de la société hors des cadres constitués. Le mieux que pourraient alors faire les partis politiques dévitalisés serait de les faciliter afin qu’un nouveau chemin porteur d’avenir puisse être, ici et maintenant, pensé et emprunté.

Daniel Goldberg  

 

 

 

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