La crise COVID acte la fin du leadership américain

Par Cécile Soubelet

Comme partout dans le monde, la gestion de la crise sanitaire est un véritable « crash test » pour les dirigeants politiques et les Etats-Unis ne font pas exception. Donald Trump oscille entre prises de position contradictoires, surmédiatisation, et justifications tant il est fragilisé sur de multiples plans.

Sur le plan politique d’abord car son déni et son manque d’anticipation en début d’année lui sont reprochés. Trump a notamment sous-estimé le nombre de tests en sa possession, or ils sont nécessaires pour autoriser un déconfinement. Du coup, Trump a du invoquer le Defense Production Act pour faire fabriquer jusqu’à 30 millions de tests/mois dans une entreprise du Maine.

Sur le plan sanitaire ensuite. Dans un pays où le système de santé est privé et décentralisé, il existe de profondes inégalités de soins médicaux en fonction des Etats fédérés. Ainsi, chacun a les pleins pouvoirs en matière sanitaire, et donc décide du confinement et de son application plus ou moins stricte.

Or, les gouverneurs interpellent aujourd’hui l’Etat fédéral pour recevoir de l’aide dans cette gestion de crise et surtout le déconfinement.

Sur le plan économique enfin, avec une économie en chute libre et une hausse du chômage, la droite américaine refuse de sacrifier l’économie sur l’autel sanitaire, et rejette toute idée de confinement. Plus encore, avec un effondrement du prix du baril de pétrole, c’est la fin (temporaire) du projet énergétique de Trump qui misait sur les énergies fossiles. Il a du au contraire accorder un plan d’aides spécifiques aux entreprises pétrolières.

Trump est-il sur le point de fasciller ? Non. Même si la question de tests pourra valoir de référendum sur la bonne gestion ou non de la crise, Trump mise désormais sur 3 piliers : la Chine (l’ennemi juré duquel il faut être le moins dépendant), l’immigration (suspension de toute immigration pendant 60 jours minimum), et les organisations multilatérales (comme l’OMS). 3 thématiques qui renforcent plus que jamais sa popularité auprès de son électorat.

Mieux, en face, rien ne fait jour côté démocrate. Joe Biden est inaudible et n’apporte aucune réflexion ou proposition alternative. Finalement, seuls des gouverneurs comme Andrew Cuomo de New York émergent dans le débat politique face à Trump.

Au final, cette crise révèle une non-gestion de la crise en interne, et surtout une perte d’influence diplomatique américaine. Le leadership américain n’est plus, à l’inverse de la Chine qui déploie son influence partout dans le monde, petit à petit comme nous le voyons en Italie ou en Europe de l’Est.

La question est alors de savoir à quel moment l’Europe, si désunie, s’en apercevra ?

D’un point de vue de politique intérieure enfin, il peut être surprenant que ni Trump ni Biden n’en profitent pour remettre en cause le modèle environnemental, sociétal ou le système de santé américain. 9% des Américains, soit 28 millions de personnes n’avaient pas de couverture maladie avant la crise. Depuis, plus de 22 millions de travailleurs ont perdu leur emploi en l’espace de 3 semaines, et avec, leur couverture médicale. Un tapis rouge pour des idées qui étaient celles de Bernie Sanders.

Mais où est passé le camp démocrate en pleine campagne électorale ?

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