16 octobre 2018

Espagne : un premier pas vers une union de la Gauche au pouvoir

Par Cécile Soubelet

Dans une Europe confrontée à la montée des populismes et aux injonctions d’austérité, le renouveau de la Gauche viendrait-il de la Péninsule ibérique ?

Après le Portugal dirigée par une union de partis de Gauche depuis 2015 (Parti socialiste portugais, Bloc de Gauche, Coalition Démocratique), l’Espagne a ouvert la semaine dernière un chemin vers un Gouvernement de coalition entre le Parti socialiste espagnol (PSOE) et la Gauche radicale (Podemos), menant à une orientation politique véritablement sociale.

Beaucoup les disaient difficilement rapprochables, voire irréconciliables. Et pourtant.

Le 11 octobre dernier, le chef du Gouvernement espagnol (PSOE) Pedro Sanchez, et le leader de la Gauche radicale (Podemos) Pablo Iglesias ont signé un accord pour le budget 2019. Bien plus qu’un accord budgétaire, il s’agit là d’une ouverture vers une union politique garantissant a priori le maintien de Sanchez jusqu’aux élections législatives mi-2020 et une alliance en vue des élections municipales et autonomes en 2019.

Peut-on y voir un accord de convictions ?

Stratégiquement, depuis son accession au pouvoir en juin, Sanchez et le PSOE savent qu’ils sont position de fragilité au niveau national, ne disposant pas de majorité au Parlement. Ils ne peuvent ainsi gouverner que grâce au soutien de Podemos et de partis basques et catalans.

Dans le même temps, ils sont également contraints à l’union au niveau local pour asseoir leur assise : des élections régionales anticipées viennent d’être décrétées en Andalousie pour début décembre, or il s’agit d’une région historique du PSOE désormais en ballotage au niveau local.

De l’autre côté, Podemos doit faire face à un vrai essoufflement depuis de nombreux mois avec une côte d’intention de vote dépassant peu les 15% au niveau national et une image écornée de plusieurs de ses leaders. Pire, tout mène à penser que les prochaines élections locales de 2019 signeront un très net recul de la Gauche radicale en Espagne au profit notamment de Ciudadanos.

Néanmoins, leur volonté respective de mener une politique résolument sociale après plus de 10 années d’austérité semble avoir permis de dépasser les anciens clivages.

Parmi les nombreuses mesures prévues dans ce projet de Budget 2019 on peut noter une hausse de plus de 20% du salaire minimum (de 736 à 900 euros mensuels), une augmentation de 40 % des aides à la dépendance et de 6,7 % du budget de la recherche, une indexation des retraites sur l’inflation, une réforme du marché de location immobilière en zones saturées, ou encore une taxe sur les transactions financières et une hausse d’impôts pour les contribuables gagnant plus de 130.000 euros par an.

Sous réserve que ce Budget soit soutenu par les nationalistes basques et les indépendantistes catalans, alliés du PSOE, il marquera une rupture sociale, économique et politique majeure, à l’antinomie de politiques d’austérité menées en Europe.

Cela n’est pas sans rappeler le modèle vertueux portugais. Grâce à une union décisive des partis de Gauche en 2015 qui a mis en place une politique sociale et anti-austérité offensive, elle a permis de réduire progressivement son déficit économique.

Bien plus, pour la première fois en 32 ans, cette force au pouvoir a remporté également les élections municipales en 2017, reléguant définitivement le centre droit dans l’opposition.

Cécile Soubelet

 

 

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