12 novembre 2018

Asia Bibi, 8 ans de lutte pour la liberté

Par Cécile Soubelet

8 ans. Il aura fallu 8 ans à Asia Bibi pour retrouver sa liberté et quitter son pays d’origine, le Pakistan. 8 ans de combat et de déchirements violents et mortels au sein de son pays où le délit de blasphème, institué depuis 1986, condamne près d’une centaine de personnes chaque année.

En juin 2009, Asia Bibi, ouvrière agricole chrétienne, a été accusée de blasphème car elle aurait bu de l’eau d’un puits réservé en principe aux musulmans et proféré des propos offensants. Condamnée à la peine capitale en 2010, elle est restée 8 ans dans les couloirs de la mort, jusqu’au 31 octobre 2018, le jour où la Cour Suprême l’a acquittée par manque de preuves.
Furieux, les islamistes ont alors bloqué les principaux axes du pays durant 3 jours. Blocus, menaces, affrontements avec la police, écoles fermées, services de téléphonie mobile suspendus…les manifestations violentes se sont arrêtées qu’après la signature d’un accord le 2 novembre dernier dans lequel le Gouvernement s’est engagé à interdire la sortie de territoire à Asia Bibi et à ne pas bloquer une requête en révision du jugement d’acquittement.
La communauté internationale s’était alors émue de cette situation, notamment en France, par de nombreux témoignages et d’appels à la solidarité internationale.

Le 7 novembre, Asia Bibi a été libérée et exfiltrée avec son mari et ses deux filles dans une destination restée secrète pour des raisons de sécurité. Son mari avait formulé son souhait de recevoir asile aux Etats-Unis au Canada ou en Grande-Bretagne, pays où la communauté pakistanaise chrétienne est forte.

Le blasphème, un crime au Pakistan, qui déchaine la haine

Si jusqu’à présent personne n’a été exécuté au non de cette loi interdisant le blasphème, ce sont près d’une centaine de personnes qui en sont inculpées chaque année au Pakistan. L’affaire Asia Bibi a d’ailleurs été le révélateur d’un combat d’une rare violence. Ainsi, en janvier 2011, le Gouverneur Salman Taseer qui avait rendu visite à Asia Bibi en prison et qui soutenait un amendement visant à réformer cette loi a été tué par son garde du corps. Autre exemple, la même année, le Ministre fédéral des minorités religieuses était assassiné pour les mêmes raisons.
L’avocat d’Asia Bibi, menacé physiquement, a dû quant à lui trouver refuge aux Pays Bas.

Aujourd’hui, on ne peut que dénoncer le trop grand silence de la communauté internationale musulmane sur cette affaire. Pire, l’Association chrétienne pakistanaise a affirmé au Huffington Post UK que le Gouvernement britannique aurait refusé la demande d’asile d’Asia Bibi par crainte de troubles sécuritaires et communautaires.
La France doit plus que jamais jouer de la solidarité internationale sur cette loi contre le blasphème. Et on ne peut que soutenir les déclarations et démarches des porte-parole français, dont Jean-Yves Le Drian, visant à se porter volontaire pour accueillir Asia Bibi et sa famille.

Cécile Soubelet

 

 

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