19 octobre 2020

« De la République des startuppers à Stranger Things, la crise sanitaire et ses effets »

Par Yoan Hadadi


Emmanuel Macron est Président de la République. Ses attributions sont encadrées par le titre II de notre Constitution. A l’article 15, il est notamment dit « le président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale ». Emmanuel Macron est Président de la République et de ce fait, Commandant en Chef des armées. Depuis son entrée en fonction, il semble très attaché à cette prérogative et ne manque jamais d’user des termes de « guerre », « de théâtre d’opération », etc.

Ainsi, la crise du Covid est une guerre et désormais, le confinement doit s’appeler « le couvre-feu ». Malheureusement, si l’on prend un peu de distance avec les événements, force est de constater que l’usage choisi de l’expression « couvre-feu » apparait bien plus comme un contre feu que comme l’un des éléments d’une stratégie, d’un plan de lutte.

Le « couvre-feu » en œuvre est une tactique d’urgence pour essayer de diminuer autant que possible le nombre de personnes touchées par le Covid. A l’instar du confinement de mars dernier, c’est une décision prise parce qu’aucune autre n’est plus possible, parce qu’on a laissé filer le temps et les capacités d’action se sont amoindries avec. 7 mois se sont écoulés depuis mars 2020. Le Président et son gouvernement ne semblent pas avoir appris de la première vague et des décisions de gestion pourtant basiques face à la crise ne sont pas prises.

Par exemple, la Réserve Sanitaire dont on a fait grand cas et autour de laquelle on a fait grand bruit au début de la séquence a totalement était zappée. Quid de celles et ceux qui se sont présentés répondant à l’appel et que l’on a dû renvoyer chez eux parce qu’ils n’étaient plus opérationnels ? Les a-t-on formés, les a-t-on remis à niveaux, eux qui n’avaient plus exercés depuis plusieurs années et qui ne savaient plus poser une perfusion ou faire une prise de sang ? D’ailleurs, combien sont-ils numériquement, comment sont-ils répartis sur le territoire, quel est leur emploi réel dans la lutte contre la pandémie ? Autant de questions sans réponse. Il s’agit des questions que toute personne en situation de commandement se poserait. N’importe quel manager se demanderait de quel effectif et de quelles compétences il dispose pour remplir des objectifs. Mais, pas là. Jupiter ne répond pas aux questions. Il frappe avec la foudre.

En tout état de cause, nous observons que cette crise se poursuit et que la pandémie ne recule pas. Elle se prolonge de plus en plus fortement sur les champs économiques et sociaux. Les plans de suppression d’emplois pleuvent comme à Gravelotte. Les français ont de plus en plus les pieds pris dans la boue de ce champ de bataille et les perspectives immédiates sont floues. 1 français sur 3 a vu sa situation financière se dégrader. Ce chiffre monte à près de la moitié des artisans et salariés du bâtiment ou des aides à domiciles, autant de professions essentielles dans cette période. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, sur les 100 milliards du plan de relance, à peine 0,8% seront consacrés aux personnes en situation de précarité. Là, où le gouvernement accorde un soutien inconditionnel aux très grandes entreprises, il ne porte qu’un regard en coin sur les classes moyennes populaires. Aucune réponse aux jeunes, notamment étudiants qui ont perdu leur job d’appoint, aucune réponse aux intermittents du spectacle interdit de travailler, aucune réponse pour ceux qui ont vu leurs CDD s’interrompre et ne pas reprendre, aucune réponse pour les mères isolées et les jeunes parents intérimaires, aucune réponse pour celles et ceux qui ne savent plus de quoi demain sera fait, pour tous ces français passés dans l’espace-temps où l’on vit au jour le jour avec la crainte du lendemain. Rien pour les pauvres, c’est le credo visible de ce pouvoir. Au pays de Jupiter, la foudre frappe d’abord les français les plus fragilisés. Nous en voyons une aggravation violente pendant cette crise sanitaire.

Il reste les mots aussi de cette fin d’intervention présidentielle où interrogé sur l’augmentation du minima sociaux, le Commandant en Chef aura répondu en somme : « que les pauvres retournent travailler ».

Lors de l’élection de 2017, on nous avait vendu la République des experts et des managers nouvelle génération. On allait voir ce qu’on allait voir, les startuppers prenaient le pouvoir et le récit serait sensationnel, avec des émotions, des rires et une jolie fin. Les années passent et on a le drôle de sentiment de se trouver dans un épisode d’une série hybride, à mi-chemin entre « Outlander », « Stranger Things » et « 3% ».

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