4 décembre 2019

Réforme des retraites : incompétence ou machiavélisme ?

Par Vautrin


L’engagé.e s’est déjà plusieurs fois exprimé cette année sur le fond de la réforme des retraites et il semble bien qu’il ne soit pas utile d’y revenir car, depuis ces quelques articles, rien n’a vraiment changé coté gouvernement. Alors que la manifestation du 5 décembre se prépare c’est la forme qui interpelle plus que le fond qui reste opaque.

Comment le disait le Président du Medef à sa sortie d’un rendez-vous chez le premier ministre « il serait bon que les principes de la réforme soient réaffirmés avant le 5 décembre ». On pourrait même le corriger en disant qu’il faudrait tout simplement que ces principes soient affirmés.

Comme le disait Laurent Berger sortant du bureau du même premier ministre « j’ai l’impression qu’il m’écoute mais qu’il dit des choses différentes selon les interlocuteurs ».

Il n’est d’ailleurs pas utile de pénétrer ce bureau pour le constater : la confusion, la cacophonie, les incohérences règnent sur ce dossier. La presse y compris la plus droitière et favorable à la réforme l’écrit à longueur de colonnes. Les ministres se contredisent entre eux. Plus grave, les mêmes ministres, ainsi que le président de la République et le premier d’entre eux, se contredisent eux-mêmes à quelques jours d’intervalle.

Réforme paramétrique (on rabote sur les pensions et on allonge les durées de cotisation) ou réforme systémique (la fameuse grande réforme) ? On le saura bientôt.

Clause du grand père (seuls les classes d’âge entrant dans le monde du travail après la réforme seraient concernées par elle), du père (seules certaines classes d’âge seraient concernées) ou du petit fils (tout le monde serait concerné). On le saura bientôt.

Age pivot ou pas ? On le saura bientôt.

Absorbation des régimes spécifiques (régimes autonomes et bénéficiaires de certaines professions libérales) ou aménagements ? Et si aménagements (ils sont évoqués dans le secret des cabinets) lesquels et seront ce le mêmes pour toutes les professions concernées alors que l’on commence à parler de sur mesure en fonction du degré de mobilisation ? On le saura bientôt.

Fusion des 42 régimes actuels ou création d’un 42ème ? On le saura bientôt.

Garantie de stabilité de la value du point et par quelle méthode juridique ? On le saura bientôt.

Faut-il pourtant rappeler que l’affaire figure ne toutes lettres dans le programme du candidat Macron. Que le président macron a nommé un chargé de mission dès le mois de septembre 2017 et que ce missionnaire a organisé une vaste concertation débouchant sur un rapport remis en juillet 2019. Que le même missionnaire a ensuite été nommé au gouvernement en septembre 2019 pour mettre son rapport en œuvre.

Malgré tout cela, à quelques jours de la fin de l’année on ne sait toujours pas de quoi l’avenir d’une question essentielle pour les français sera fait.

Pour reprendre une formule choc d’Elie Cohen « Comment l’or de la grande réforme concertée a-t-il mué en vil plomb de la guerre de l’État contre les corporatismes ? »

Il y a d’abord l’orgueil de celui qui veut nous faire croire qu’il est un grand réformateur d’un pays sclérosé que personne n’a jamais essayé de ou réussi à réformer avant lui. Reconnaissons lui d’avoir été le deuxième depuis 1981 à supprimer l’impôt sur la fortune et d’être le premier à avoir inventé une flat taxe pour les revenus financiers ainsi que d’avoir supprimé l’exit taxe pour les exilés fiscaux. Pour le reste on verra mais ce que l’on sait déjà c’est que nombreux sont ceux qui ont réformé les retraites en France qu’il s’agisse de réformes systémiques (Rocard, Balladur) ou de réformes paramétriques (Fillon, Sarkozy, Hollande).

Il y a ensuite manifestement un problème de méthode qui vient certainement d’une sorte de peur de revoir un mouvement aussi fort que celui des gilets jaunes. Puisque l’orgueilleux réformateur veut réformer mais ne veut plus de mouvement social il faut louvoyer, ne rien dire ou dire tout et son contraire.

Il y a aussi certainement le problème de fond : il est tout sauf évident qu’une réforme paramétrique soit nécessaire. Le rapport du COR de 2019 doit en effet être lu avec attention. Le déficit prévu repose sur une norme comptable discutable, des prévisions de croissance peu ambitieuse et une perte de recettes de 2 milliards d’euros liée à la non-compensation des exonérations de cotisations sur les heures supplémentaires et sur la prime de Noël. Quant à la réforme systémique son intérêt et son utilité reste à démontrer.

Tout cela fleure bon l’amateurisme et l’incompétence.

A moins qu’il s’agisse de machiavélisme et d’habileté suprême. On laisse entendre tout et son contraire, on annonce un grand soir des retraites, pour, finalement sous couvert de grands principes faire passer quelques coups de rabot bien sentis. Les pensions de réversion, les régimes spéciaux, les régimes spécifiques et les régimes complémentaires pourraient bien voir se profiler des ponctions supplémentaires.

La réforme serait alors systémique d’un point de vue cosmétique. Elle serait paramétrique de façon ciblée.

Il reste à la rue et au monde du travail à déjouer ce scénario

 

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