31 juillet 2018

Le délaissement d’Europe… par Donald Trump

Par Pierre Mazzorbo

Le 11 juillet s’est tenu un sommet important pour l’Europe. Donald Trump y a tancé vertement l’Europe et en particulier l’Allemagne pour son manque d’investissement dans sa propre défense.

Depuis 1945, l’Europe met un voile pudique sur les questions de défense commune. Elle a profité, telle les cités grecques vivant sous la protection d’Athènes, pour s’en remettre à l’hyperpuissance de l’Oncle Sam. C’était commode. On sortait de la 2ème Guerre mondiale. Personne ne souhaitait voir l’Allemagne se réarmer. L’Europe était coupée en deux par un glacis entre les Etats-Unis et l’URSS. Elle était un des épicentres de la guerre froide, théâtre des plus violents combats contre le nazisme. Il fallait reconstruire, retrouver un équilibre.

Seulement, voilà, Europe a grandi, mais pas pris beaucoup de maturité. L’Oncle Sam, lui traverse une crise de la quarantaine… il délaisse aujourd’hui, sous couvert de questions budgétaires, sa tendre et jeune maîtresse au profit des marchés asiatiques.

Le compromis issu de la Guerre froide est terminé : protection de l’Europe par les troupes de l’OTAN contre écoulement des produits manufacturés américains à un prix plus fort que sur le marché domestique américain. L’Amérique investissait dans la défense, l’Europe payait la dette. C’était bien pratique.

Le monde a évolué, pas l’Europe.

Elle se trouve aujourd’hui, dans le domaine de la défense, à tourner en rond comme un canard sans tête, parce que personne en la matière ne veut prendre le leadership, personne ne veut perdre sa souveraineté et personne ne veut faire le saut budgétaire qui créerait une véritable Europe de la défense.

Lors de ce sommet de l’OTAN, Donald Trump met l’Europe au défi : sommes-nous prêts ou non à consentir les efforts collectifs pour bâtir une véritable défense européenne commune? Sommes-nous prêts à consentir les efforts budgétaires et les abandons de souveraineté nécessaires pour garantir notre propre défense et notre sécurité?

Rien est moins sûr. Nous sommes plutôt dans une période de doute, voire de naïveté, considérant que le monde peut tenir dans un équilibre sans guerre. Cette naïveté nous met à la merci du premier conflit d’ampleur. On sait depuis l’histoire des cités grecques, de Rome, du Moyen-âge et des guerres modernes que les conflits militaires naissent souvent de questions futiles, d’abord parce que l’on a renoncé à la politique. Et en la matière, l’Europe fait de la politique comme les sophistes faisaient de la philosophie. Hélène de Sparte fut un bon prétexte pour mettre fin au rayonnement de Troie.

Or nous sommes, notamment à cause de la nouvelle politique internationale protectionniste de Donald Trump, dans un moment géopolitique particulièrement complexe. Particulièrement critique aussi, parce que le relèvement des droits de douanes de manière unilatérale par l’administration Trump crée des tensions dangereuses sur l’économie mondiale qui peuvent vite déraper.

Il est donc urgent que l’Europe devienne aussi un espace politique, diplomatique et donc un espace de défense commun. L’idée chère aux libéraux que les marchés finissent par réguler et absorber tous les conflits est une idée aussi fausse que dangereuse dans ce moment politique.
Le départ précipité des troupes américaines en Allemagne doit nous conduire à nous adapter, vite et bien. La réponse, c’est une CECA de la défense, autour d’un groupe de pays européens pionniers.

Pierre Mazzorbo

 

 

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