7 décembre 2022

Tout est bizarre chez le Président ! – Edito n°135

Sa jeunesse, son volontarisme et son entrain; sa faculté d’adaptation au combat politique et, disons-le, son intelligence, en avaient surpris plus d’un dans le Landerneau politique. Si nous étions quelques uns à avoir pressenti ses intentions, nous n’imaginions pas qu’en quelques mois il saurait convaincre, à ce point, une majorité de français à voter pour lui.

Certes il s’était fait une spécialité d’un sport de vagues, surfant sur la désillusion, la colère, un ras le bol du politique que l’on assimilait au minimum à un pouvoir abscons et impuissant et au pire à la corruption, au mensonge, à la malhonnêteté. Il se présentait comme le chevalier blanc, un anti-modèle rompant avec les clivages qu’il jugeait contre productifs. Il imposa son crédo : le « en même temps ». Il créa, à la « va vite » un mouvement avec ses initiales EM (En Marche) Et ça a fonctionné !

Ça c’était en 2017. On avait beau ne pas y croire, l’illusion du « Macronisme » imprima sa différence dans les consciences. Ainsi fut son premier quinquennat. Un Jupiter sûr de lui, décidant de tout, imposant sa jeunesse et son allant. Son bilan avait de quoi décevoir en plaçant les plus fortunés et les « bien nés » comme les vrais et parfois les seuls bénéficiaires de l’équilibre politique qu’il promettait. Et puis il y eut la pandémie dont on sait aujourd’hui comment elle a été gérée. Ce fut cependant une parenthèse que le président sût utiliser pour se faire une image de « médecin malgré lui » de protecteur avec son « quoi qu’il en coûte » en effaçant au passage le mouvement des Gilets Jaunes.

Malgré ce bilan plus que mitigé sur bien des domaines, ayant réussi à apparaître comme le meilleur rempart à l’extrême droite, sa réélection, sans véritable programme, fut acquise sans trop tremblerDans l’intervalle Emmanuel Macron avait bizarrement encore dérivé vers la droite, gênant même quelque peu celle-ci aux entournures, et son en même temps était devenu le « presque seul contre tous ».

Est-ce la raison, aujourd’hui, de l’extinction de sa planète que nous constatons avec effarement ? Son énergie semble lui faire défaut. Il est un peu absent. Le président ne s’ennuierait-il pas ? Il donne l’impression d’avoir perdu la main.

Sa politique nationale ne mérite plus les débats dont il se faisait le chantre. Le peu de réformes annoncées fait l’objet d’allers et retours constant au gré des vents mauvais pour son image. Il a pris froid. Il en a pris ombrage. On règle ça à coup de 49.3 en méprisant les élus de la nation.

Sa politique internationale est hésitante et même parfois contradictoire. Il voudrait certainement être apprécié de tous mais peu comprennent vraiment ses atermoiements ponctués d’une forme faussement autoritaire.

On comprend aujourd’hui que la France s’efface devant l’homme. La France n’a plus de destinée digne de son histoire. La France a urgemment besoin d’un président qui ne shunte pas le national par ennui au profit de son image internationale.

Enfin, il manque à la France un projet : Un projet national et international, unifiant et universaliste. La France doit redevenir un phare et cesser d’être une étoile qui s’éteint !

Il faut donc aujourd’hui un projet fondateur,appuyé sur des valeurs, qui ne fait pas du président un rempart mais un républicain humaniste et exigeant, Un chef d’Etat de droit et de devoir, Un défenseur obstiné de l’universel contre le sectarisme, la xénophobie, l’antisémitisme, le nationalisme et le populisme. Ainsi nous ne combattrons plus l’extrême droite sur son terrain, nous le marginaliserons sur celui de la République !

Il nous faut un projet qui prenne à bras le corps le défi d’une ré industrialisation dé-carbonée, d’une sécurité réelle physique et sociale ; un projet qui retrouve les instruments fondateurs de l’émancipation pour assurer à chacune et chacun un avenir de citoyen responsable par l’instruction, par l’éducation, par l’école de la république ; un projet qui redonne du sens aux services publics de la santé dont nous étions si fiers, de la justice qui s’effondre ; un projet qui ose faire une révolution fiscale permettant de lutter vraiment contre les inégalités ; un projet qui ose repenser l’Europe de la protection, l’Europe de l’égalité au même titre que l’Europe économique ; un projet qui ne promet rien d’illusoire mais qui donne de l’espoir ; un projet qui ne fait pas dans l’incantatoire mais qui renoue avec la volonté d’engagement, l’ambition progressiste, la fibre humaniste.

Tout est à construire et ça ne se fera pas avec ce président car, oui, tout est bizarre chez ce président. Aussi bizarre fut son ascension, aussi bizarre est son attitude, son comportement, son effacement actuel. N’est-ce pas le signe d’un mal français bien actuel : le désengagement face au réel ?

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