24 janvier 2022

Stratégie du pourrissement ? – Edito Lettre n°119

En dehors d’une décision salutaire et lucide du candidat Montebourg, il semble que l’ensemble des impétrants à gauche fasse comme si les autres n’existaient pas sauf pour leur rappeler que c’est derrière « moi » qu’il faut être. Les yeux rivés sur les sondages, ils attendent toutes et tous frénétiquement un début de frémissement en leur faveur. En attendant on s’emploie surtout à marquer sa différence. On radicalise ses positions vis à vis des autres, à gauche, jusqu’à la caricature. On Cherche surtout à se démarquer. On ne lâche rien. Méthode Coué à tous les étages… pendant ce temps la marche à droite avance et prospère. L’impression étrange de cette présidentielle c’est qu’il apparaît que la droite n’a plus que des adversaires de droite.

La Primaire Populaire eut été une heureuse initiative si elle avait permis un réel choix et si elle avait été une réelle ambition collective des candidats de l’ensemble de la gauche. Elle eut été la possibilité d’une véritable dynamique si elle avait associé à une démarche citoyenne, les mouvements, les partis et les prétendants à l‘élection présidentielle. Ce n’est malheureusement pas le cas. L’ambition d’union est tronquée. Elle choisit qui en est et qui n’en est pas unilatéralement. Elle se met en marge de la démocratie. Elle la trahie même par une stratégie délétère en se proposant d’empêcher celles et ceux qui, inscrits malgré eux, ne seraient pas choisis par le vote.

Ce faisant la situation s’obscurcit encore davantage. On ajoute de la division à la division.

Mais qui donc, dans ce magma informe, va tirer son épingle du jeu ? Qui aura la force et la volonté nécessaire pour convaincre un panel assez large de citoyens électeurs de gauche lui permettant d’accéder au second tour ? Pour créer la confiance suffisante il faudrait un programme réaliste, réformiste et volontaire ; un programme qui donne un réel sentiment de changement de vie. Il en est ainsi, par exemple, de notre dotation universelle pour les jeunes !

A contrario, nos représentants respectifs s’enferment toutes et tous dans une stratégie de pourrissement. Il y a comme une odeur de moisi, alors on se parfume de certitudes éthérées. Il y a cependant des réalités qui pourraient bien les rattraper. Être derrière est un handicap. Être sous la barre des 5% est un handicap.

C’est bien celui qui est devant qui profitera le moment venu de l’affaiblissement de tous les autres quand les doutes vont s’installer durablement dans les appareils de partis, dans la tête des comptables et dans celle des électrices et électeurs. Il le sait. Il l’attend. Il s’en amuse ? Mais pense-t-il vraiment que cela suffira ? pense-t-il vraiment que de représenter le candidat de gauche « par défaut » d’un premier tour, le candidat d’un vote « utile de la dernière chance » lui permettra de profiter des cendres pour accéder à son rêve de second tour ? Et si le miracle opérait, ce qui est objectivement très improbable, pense-t-il vraiment, qu’en ne représentant que lui même, en imposant sa seule stature, il parviendrait au pouvoir ?

On est loin d’une volonté de rassembler. On est loin d’une volonté de créer une dynamique de convictions. S’élever en humiliant les autres, en les regardant s’épuiser, n’a jamais été une garantie de légitimité durable. Les rancœurs seront difficiles à apaiser. C’est l’abstention à gauche qui pourrait bien se renforcer !

Y’a t-il une possibilité de retour à la raison ? y’a t-il un chemin pour une prise de conscience ? Y’a t-il un espoir de voir le bien commun, l’intérêt collectif, les valeurs séculaires prendre le dessus sur des égos surdimensionnés ? C’est un peu comme à la roulette, tant que l’on n’entend pas le maitre de la table dire « les jeux sont faits », on a le droit d’y croire encore. On ne voit pas quand ni comment mais c’est là notre seul espoir !

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