29 mai 2018

Où va l’Europe?


La formation du gouvernement Conte en Italie, une coalition entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue du Nord annonce un nouveau cours de la crise politique, sociale et économique de l’Union Européenne.

La défiance, installée au pouvoir en Hongrie ou en Pologne, gagne un pays majeur de l’UE : L’Italie. Troisième puissance économique, 60,7 millions d’habitants, Rome, Florence, Venise, ou encore la République de Salo, des noms présents dans l’imaginaire européen depuis des lustres, et membre fondateur de l’UE.

Pour l’exprimer autrement, c’est l’aspect italien de la montée générale du rejet du projet européen.

Avant de revenir sur le programme de ce gouvernement, on reste bouche bée devant les réactions des membres du gouvernement français et des différents responsables européens. Réflexes de notaires (Bruno Le Maire), désarroi, tentatives institutionnelles de blocage, espoir dans le Président Italien, (commissaires européens et commentateurs). D’une part des menaces sur les exigences budgétaires à tenir, d’autre part, de l’attentisme, de la perplexité, du renoncement.
Ces dirigeants ne réfléchissent qu’en %, qu’en courbes et en données quantitatives, les vies des femmes et des hommes demeurent accessoires. Ainsi, le récit européen reste impossible à écrire.

Certains courants politiques, et une certaine partie de la presse à sa suite, va instruire le procès en racisme, en fascisme, en nationalisme, trop souvent les seuls arguments développés pour la Pologne et la Hongrie.

L’analyse pourrait aller dans une autre direction. Tenter de se poser d’autres questions :

Pourquoi les Polonais ou les Hongrois votent pour l’adhésion et ensuite refusent le cadre économique, social, politique et moral proposé ?

De combien est le salaire moyen dans ces pays et combien coûtent les biens d’équipements ? (le salaire moyen tourne autour de 200€ et le prix d’un téléphone, d’une machine à laver et le même que dans les pays de l’Ouest).

Des territoires secoués au cours de l’histoire, envahis, nommés et renommés, est-ce que les questions nationales sont réglées ?

Pourquoi ne veulent-ils pas d’une Europe libérale économique et politique, et aux mœurs sociétales éloignées de leurs vies pratiques ?

Quelle est la part des ruraux et des citadins dans ces deux pays ?

Tentons des hypothèses. Ils adhèrent pour des raisons de liberté politique : élections libres, liberté d’associations, des partis, presse libre, après 50 ans de dictature stalinienne, et, protection face à l’ogre russe. C’est légitime. En revanche, ils n’adhèrent pas à un projet sans limite, sans histoire, sans projet commun. Et l’ultime argument massue : “il n’y a pas de guerre en Europe depuis 1945“ ne suffit plus, malgré l’importance réelle qu’il représente, et déclenche un ricanement général. A leurs portes, ils ont assisté aux guerres dans la défunte Yougoslavie, en Ukraine (Donbass).

Encore une fois : où est le récit européen ? Pourquoi construire un espace commun sans projet commun, si ce n’est un grand marché ?

Pour compléter le tableau, la montée des partis anti-libéraux, de droite extrême, de gauche extrême sur tout le continent ouvre la voie à l’arrivée au pouvoir de la coalition dans un maillon faible de la chaine, l’Italie.

Le maillon faible : une nation jeune pour des raisons historiques, les différences structurelles et culturelles entre le nord et le sud, la période mussolinienne jamais purgée, la classe politique corrompue à un niveau inégalé sur le reste du continent à l’Ouest, l’omniprésence de la Mafia, la disparition des deux partis centraux de la reconstruction au lendemain de la Seconde Guerre, le PCI et la Démocratie Chrétienne, et enfin, la terre d’arrivée des réfugiés depuis 20 ans. (liste non limitative).

C’est sur ce terreau que la Ligue du Nord, et plus récemment, le Mouvement 5 étoiles poussent et raflent la mise. Provisoirement ?

Que propose le programme de cette coalition ?

Les gazettes la désigne par la coalition “antisystème“. Pour rappel, cette dénomination est l’œuvre d’un néo-fasciste italien au cours des années soixante, du 20èmesiècle.

Il semble être une synthèse entre les positions du M5S (environnement, nouvelles technologiques, la moralisation de la vie publique) et celles de la Ligue du Nord (tour de vis sécuritaire anti-immigrés et contre l’Islam).

Une partie économique basée sur une révision des règles de gouvernance européenne indique la volonté d’affronter les partenaires européens de l’Italie. Ce contrat de gouvernement, ne demande pas à exclure de la dette les rachats d’obligations opérées par la BCE. Il demande un retour aux origines…

Un refus de l’austérité et un pari sur la croissance pour réduire la dette publique (2300 milliards d’euros), une augmentation du PIB par la relance de la demande interne.

Investissements dans la voiture électrique, développement de l’économie verte et les nouvelles technologies.

Lutte contre la corruption pour renflouer les caisses de l’Etat. Augmentation des peines, des coupables bannis à vie de la fonction publique, mise en place d’un système d’agents provocateurs pour tester la sincérité des fonctionnaires. Pas de ministre ayant été condamné ou en cours de procédure, ni franc-maçon. L’argument pour ces derniers étant l’affaire de la loge P2.

Social : instauration d’un revenu de citoyenneté de 780€. Age de la retraite abaissée.

Réforme fiscale : baisse des impôts pour les particuliers et les entreprises, un barème fixé à 15 et 20 %.

Relance de la natalité créations de crèches et une TVA à taux zéro pour la petite enfance.

Immigration : priorité aux expulsions et à la lutte contre « le business des migrants ». Prévision d’expulser 500000 personnes par an.

Islam : instauration d’un registre des imams, fermeture immédiate des mosquées non autorisées, référendum municipal avant toute installation d’un lieu de culte musulman.

Enfin, un assouplissement de l’exercice de la légitime défense pour permettre aux particuliers d’ouvrir le feu si un individu s’introduit dans leur domicile.

Au plan international, un rapprochement avec la Russie de Poutine est clairement exigé.

Ce sont les grands axes du programme.

On peut aisément le qualifier de social-national, ou national-social. Dans ces temps de grande confusion, se définir anti-libéral ne rime à rien. Anti-libéral ne semble pas être une catégorie politique de gauche, digne héritière des communards, pour paraphraser la Jeune Garde.

Chacune et chacun jugera sur pièce.

A la lecture des pages de la coalition M5S-LDN, on peut penser que les mots n’ont plus de sens, ou alors, ils en ont trop.

Les européens de gauche responsables, internationalistes, rejetant le tout marché, ne se définissant pas comme “anti-libéraux“, mais affirmant qu’une Europe sociale et démocratique reste le seul projet viable à inventer et à construire chaque jour doivent s’allier.

Défaire les vieux habits du PSE, construire des nouvelles alliances à l’échelle de l’Union, porter des combats de notre temps, contre l’idéologie des patrons du numérique, pour l’harmonisation fiscale, prendre en compte les histoires particulières des peuples qui composent l’Union, au plan du développement économique des uns et des autres, ainsi que les différentes questions nationales ou régionales peu ou mal posées et donc peu ou mal réglées.

Ettore Scola.

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