15 décembre 2022

Ne sacrifierait-on pas la jeunesse ? – Edito n°136

Jusqu’à présent les générations allant des trente glorieuses aux années 2000 regardaient sans vraiment voir, entendaient sans vraiment écouter la jeunesse qui exprime son exclusion programmée du bien être que ces générations ont, bon an mal an, connu. On souriait même aux flux de leurs reproches. On n’assumait pas d’avoir, en quelques décennies, transformé leur monde jusqu’à le rendre irrespirable !

On n’est certes pas responsables de tout individuellement mais, collectivement, c’est bien une réalité. Et c’est bien parce que nous avons adopté, collectivement, l’individualisme que nous sommes devenus égoïstes au point de ne plus considérer l’avenir au delà du notre.

Le système a fait le reste. La perte de valeurs a fait le reste. Le libéralisme économique a fait le reste. La gestion du court terme a fait le reste. La confiance aveugle dans un progrès qui nous enfermait dans « l’avoir » a fait le reste.

Va-t-on encore longtemps accepter de voir ces files d’étudiants venir se nourrir à l’aide alimentaire ? Va-t-on encore longtemps accepter cette précarité qui touche massivement des ados et de jeunes adultes ? Va-t-on encore longtemps accepter que leur vie ne s’accorde plus avec espoir, avec chance, avec la liberté dont nous avons usée ? Va-t-on encore longtemps accepter l’ubérisation de la jeunesse ?

Ici, à l’engagé.e, cela fait déjà plusieurs années que nous avons pris conscience d’un désarroi qui s’étend, qui s’exprime, et auquel nous ne répondons pas. Nous avons écouté. Nous avons fait de la place. Nous nous sommes remis en question. Nous avons abandonné certaines de nos certitudes. Va-t-on, à notre tour, être enfin écouté ?

Deux choses nous apparaissent, en premier lieu, manquer à notre jeunesse : les moyens de décider par eux mêmes de leur avenir et leur appartenance, leur lien à la société, à la citoyenneté.

C’est pourquoi nous avions proposé, à l’époque pour chaque Européen, que chaque jeune, fille ou garçon, se voit attribuer à ses 18 ans une dotation universelle substantielle –nous l’avions évaluée à 50000 euros- en échange d’un service civil de 6 mois par exemple à effectuer entre 18 et 25 ans. Cette dotation pourrait être financée largement par une taxe sur les GAFAM, dont chacun sait aujourd’hui, les bénéfices qu’elles réalisent.

Nous n’avons pas abandonné cette idée, bien au contraire, et elle nous apparaît même de plus en plus pertinente. Il ne s’agit pas d’une finalité. Il y a bien d’autres sujets qui imposent en parallèle une réelle réflexion, quand ce n’est pas une révolution. Repenser l’école, les services publics, la fiscalité, la sécurité, la santé, la justice, les moyens et les formes de productions, le rapport à la nature, la politique Européenne, sont, par exemple, un impératif après ce qu’on en a fait ces dernières années.

La situation actuelle de la jeunesse mérite d’abord un autre traitement que le sourire à peine aimable de celui qui « sait » face à celui qui n’a pas « vécu ». On ne peut pas se contenter de l’acheter avec des micro-chèques de noël ! La jeunesse, c’est un tout, c’est aussi notre prolongement. On se doit de la regarder dans son ensemble et de la respecter sans la définir en groupes de mérites en fonction de critères empruntés, trop souvent, à l’extrême droite.

Ce que nous proposons, ce que nous souhaitons, ce que nous voulons, c’est une intégration pleine et entière de nos enfants à leur pays ; c’est un contrat « donnant donnant », un contrat citoyen entre la nation républicaine et sa jeunesse, en termes simples :

« Vous avez 18 ans. Vous devenez des citoyennes et des citoyens majeurs en termes administratifs. A cette occasion, la nation vous donne une réelle chance de départ dans la vie. Elle fait l’effort de vous attribuer une dotation. C’est votre capital initial pour commencer à vous construire un avenir. Le montant est conséquent. Vous êtes libre de son utilisation et vous pouvez y réfléchir avant. Pour vos familles, c’est un poids de moins ; c’est une perspective plus harmonieuse car elle garantit l’égalité entre tous les enfants. En contrepartie, vous devez effectuer un service civique au service de la nation et de vos concitoyens ».

Voilà qui serait une véritable conquête sociale. La Gauche devrait la porter. Gageons qu’en créant cette mesure simple, en assumant ce don de la nation, le contrat de confiance entre la Gauche, la nation, la France et la jeunesse, rompu depuis trop longtemps, retrouverait tout son sens !

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