16 avril 2023

Le premier mai, on ne passe pas son tour – Edito n°145

Voilà une séquence que l’on a du mal à qualifier. Est-elle grotesque ? Est-elle pathétique ? Est-elle politiquement dangereuse ? Est-elle le signe d’une crise sociale laquelle est venue s’ajouter une crise démocratique, voire une crise institutionnelle, constitutionnelle ? Il y a certainement de tout ça. Le pouvoir, du président au Parlement, le Gouvernement et même les sages, n’en sortent pas grandis, bien au contraire.
 
Ce n’est que du temps perdu ! Oui, monsieur le président, il y a des sujets bien plus importants à traiter : la crise écologique, l’inflation, le rapport au travail et bien d’autres. C’est par là qu’il aurait été essentiel de commencer.
 
On vient de créer un précédent dangereux, très dangereux. N’importe quel pouvoir autoritaire pourrait aujourd’hui profiter de cette nouvelle jurisprudence.
 
Le compte-rendu du Conseil constitutionnel montre à l’évidence que les sages ne se sont pas contentés de traiter la forme. Ils donnent un avis sur le fond. C’est inédit. Ils reprennent par exemple, pour une part, les arguments de l’exécutif pour valider le fameux article 7 : le prolongement de deux ans de l’âge de départ à la retraite. Ils valident une procédure inique qui a sacrifié le débat des représentants élus du peuple, qui a évincé la démocratie sociale, les corps intermédiaires, qui a tourné le dos avec mépris à l’opinion publique.
 
Et maintenant on parle « d’enjamber » le problème ? Dans une ultime tentative d’une remarquable hypocrisie, on en appelle à la paix et à la concorde ? Les jeux sont faits ? Le « process » légitimiste et politicien, soit disant démocratique, est passé ? Ce serait derrière nous ? On peut passer à autre chose ?
 
Pas du tout !
 
Nous le disions la semaine passée et nous l’affirmons à nouveau. L’avis, de droit, du Conseil constitutionnel n’est pas une fin en soi. Nous reprenons d’ailleurs à notre compte une déclaration de Robert Badinter : « Toute loi inconstitutionnelle est nécessairement mauvaise. Mais toute loi mauvaise n’est pas nécessairement anticonstitutionnelle. »
 
Donc, une loi injuste reste injuste même si elle est considérée comme constitutionnelle ! Nous avons en conséquence toute légitimité à la combattre. C’est ce que nous allons faire en poursuivant avec détermination, aux côtés de tous ceux qui luttent, aux côtés de l’intersyndicale, aux côtés des français, à dire haut et fort que nous ne voulons pas de cette loi !
 
Nous sommes par ailleurs heureux de constater que ce que nous proposions dans la dernière lettre connaisse un écho salutaire dans l’organisation d’un 1er mai historique !
 
Cette fois personne ne doit passer son tour. Retrouvons-nous toutes et tous massivement dans la rue. Allons-y avec nos familles, avec nos amis, avec nos collègues. Faisons de ce jour là un moment de solidarité, de convivialité ; un moment festif et non moins déterminé. N’en doutons pas, c’est le nombre qui permettra de gagner cette bataille ! Il doit dépasser tous les espoirs : ceux du pouvoir qui le voudrait faible et même le notre qui voulons en faire un nouveau symbole de notre histoire sociale.

Si la crise est sociale, institutionnelle, démocratique et constitutionnelle ; elle l’est du seul fait du pouvoir, de l’usage qu’il fait de notre république. Et si ce n’est pas une bonne démocratie, une bonne constitution, une bonne république, alors c’est qu’il faut en changer.
 
Il faut réinventer demain ! Il faut à l’avenir empêcher que l’obstination délétère et solitaire d’un seul homme soit l’alpha et l’Oméga de la conduite de notre société.
 
En attendant, vive le 1er mai ! Vous y serez, on y sera, nous y serons toutes et tous !
 

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