19 octobre 2020

Le cache misère du couvre feu !

Par Julien Dray 

Ce doit être l’époque. On utilise des mots et des expressions qui en rappellent d’autres –époques-. Celles et ceux qui les ont vécues comme celles et ceux qui, attachés à notre histoire s’en sont imprégnés, ressentent un malaise contenu. Il y a là comme une négation, comme un détournement macabre, un amalgame. Autre signe du temps présent.

C’est un choix délibéré, n’en doutons pas. C’est une dramatisation assumée qui a pour but de graver les consciences. Il fallait des coupables pour justifier de cette décision là. Il fallait montrer l’autorité du chef. Cette demande d’autorité existe dans la population quand la situation sanitaire apparaît si confuse, anxiogène. Alors le chef a dit, seul, sans consulter la représentation nationale, sans débat ni au parlement, ni au sénat.

Le ton paternaliste et moraliste du président pendant son intervention télévisée n’efface cependant pas les véritables raisons des décisions d’aujourd’hui.

Notre hôpital, comme notre système de santé, est exsangue. Le manque de lits, le manque de moyens, le manque de personnels. Voilà les vraies raisons qui obligent aujourd’hui à prendre des mesures contraignantes, destructrices de lien et peut-être fatales pour un certain nombre de professions, d’entrepreneurs, de secteurs d’activités.

Personne ne peut nier le fait de devoir agir contre cette pandémie. Personne ne conteste qu’elle reprend de la vigueur et que les semaines à venir seront encore plus difficiles.

Personne non plus ne pourra nier le fait que depuis des années, le monde de la santé, celui qui est au contact des patients, a alerté sur les conséquences que pourrait avoir une crise sanitaire. Personne enfin ne pourra contester que la première vague aurait pu, aurait du, être l’ultime avertissement pour repenser notre protection sanitaire.

Cela a-t-il été fait ? Non. On a continué, comme si de rien n’était à prévoir des suppressions de lits. On a continué à n’appréhender le système de santé que du point de vue comptable. On a fait comme s’il suffisait de courber le dos en attendant que la crise passe. Mais elle n’est pas passée. Elle revient de plus belle.

De cette première vague on peut retenir trois choses : Elle n’a pas servi à en préparer une deuxième, elle a drastiquement renforcé les inégalités sociales et elle a permis au pouvoir une attaque inédite de nos libertés publiques.

La gestion d’abord. Confuse, contradictoire, mensongère. Le pouvoir a donné le sentiment de naviguer sans voir. Il s’est couvert plus qu’il n’a couvert et protégé la population. Les déclarations sans actions se sont succédées…sur la gestion des masques, des tests, des gestes barrières… On a menti sur presque tout avec pour conséquences un doute grandissant dans la population et une méfiance délétère.

Et puis il y a la gestion économique et sociale pendant cette première vague et ses résultats. Alors, certes, l’état Français a tenté d’amortir les conséquences de la pandémie. La mise en place du chômage partiel par exemple a sans doute permis de limiter le nombre de pertes d’emploi. L’état libéral s’est converti pour un temps à une doctrine plus redistributive, abandonnant les sacrosaints critères contraignants de la dette. Mais ce ne sont pas les français dans leur ensemble qui ont au final profité du « pognon de dingue » mis sur la table. Ce ne sont pas pas les français aisés, moyens supérieurs ou même riches. Ce sont les hyper riches, le tout petit pourcentage de ces immenses fortunes qui les ont vu grossir de façon exponentielle. Et de l’autre côté, les plus pauvres le sont encore davantage après la première vague. Les taux de pauvreté et de précarité ont explosé.

A-t-on pris la mesure de cela ? Non. Absolument pas. La réponse, c’est une nouvelle phase d’atteinte à nos libertés publiques et c’est grave. La peur semble anémier notre capacité à réagir.

Accepterons-nous une deuxième fois ce cocktail explosif associant l’enrichissement des plus riches, l’appauvrissement des plus pauvres, la perte de nos libertés publiques, le sacrifice de notre jeunesse, le sacrifice de pans entiers de secteurs, de milliers d’actifs, de la culture ?

La crise sanitaire et sociale révèle non pas les limites mais les méfaits d’un libéralisme qui s’est développé au détriment de nos valeurs en détruisant petit à petit un système que l’on nous a longtemps envié. Il est temps de dénoncer cette dérive. Il est temps de retrouver notre capacité à réagir et au delà, à agir !

On ne peut pas laisser un couvre feu cacher la misère d’une idéologie inégalitaire et aveugle, la misère d’une gestion comptable, la misère de cette incarnation (amorale ?) du pouvoir.

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