9 décembre 2019

La retraite voulue est celle du projet de loi ! – Edito Lettre n°62

Par Julien Dray 

On n’avait pas vu cela depuis très longtemps. Un processus mondial de lutte est en cours. Il réclame haut et fort plus de justice et plus de démocratie. Sur les cinq continents la prise de conscience des populations est impressionnante. La détermination est totale.

En France, nous étions un certain nombre à constater la colère monter. Dès les premiers mois du quinquennat d’Emmanuel Macron, Dès les premières réformes, les premières mesures, Le décor était planté. Vouloir adapter la France à une mondialisation nivelant par le bas était un pari très risqué. Incompatible avec l’histoire de ce pays.

l’ISF, la Flat taxe, l’Exit taxe, la CSG, l’APL, l’assurance chômage et maintenant la retraite par points ; autant de termes qui n’ont plus vraiment de secrets pour les citoyens. Si les premiers de cordée ont atteint des sommets, l’immense majorité de la population se bat aujourd’hui pour sortir du marigot. Les inégalités se sont creusées, non pas entre public et privé mais entre riches et pauvres. La classe moyenne est déclassée.

Quand 10% capte les richesses au détriment de tous les autres, la situation devient rapidement explosive. On a voulu minimiser et même ignorer l’importance de l’alerte du mouvement des Gilets jaunes. On a voulu détourner leur message. On a voulu stigmatiser, humilier cette foule de citoyens. On a voulu les politiser aux extrêmes pour les affaiblir. Ce faisant on est resté aveugle du coté du pouvoir à l’étendue de leurs soutiens. Ils étaient la partie émergée d’un iceberg.

Et c’est sur cet iceberg que sont venus se cogner Jupiter et son Gouvernement avec leur projet de réforme des retraites. Encore une régression annoncée. Encore affecter notre modèle. On ne veut pas ici améliorer ou rendre plus juste. On veut faire croire à un déficit qui n’existe pas pour faire des économies sur le dos des retraités.

La méthode consistant à opposer les Français entre eux, les fonctionnaires aux salariés du privé, les bénéficiaires des régimes spéciaux à tous les autres, a fait long feu. A travers ce projet qui ne profiterait qu’à une infime minorité, tout le monde a compris que l’on ferait, à terme, la part belle aux assurances privées. Tout ça sous couvert d’une universalité de façade.

Trop, c’est trop. Le 5 décembre, les Français l’ont dit de façon démonstrative, massive et claire. Ils n’ont pas simplement visé un projet régressif mais l’ensemble de l’œuvre présidentielle. Ils se faisaient une autre idée du progressisme. Ils le voulaient social. Ils le découvrent financeur des grosses fortunes.

Il s’agit bien d’un tournant. Ce pays souffre d’injustice sociale et d’injustice fiscale. Ce pays souffre de sa démocratie chancelante. De ses institutions dépassées. Il est prêt à s’infliger une nouvelle épreuve de force dans la durée. Il est prêt à sacrifier qui son salaire, qui sa famille qui sa fin d’année. Se mobiliser encore.

Emmanuel Macron et son gouvernement joueront-ils le pourrissement ? Inventeront-ils un nouveau grand débat national ? Lâcheront-ils quelques miettes ici ou là ? tenteront-ils d’opposer les Français entre eux ? les Syndicats entre eux ?

Si la seule méthode imaginée est celle de l’obstination, le Président ne pourra que s’affaiblir davantage.

Alors, la retraite pourrait bien devenir sa Bérézina !

https://www.facebook.com/groups/171451933557529/
Vous souhaitez recevoir La Lettre l’Engagé(e) directement dans votre boite mail ? Envoyez-nous un mail à l’adresse suivante : lengagee.lettre@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.