27 avril 2023

C’est un concert de casseroles ? Non Sire, c’est une insurrection ! – Edito n°146

Emmanuel Macron est un résumé d’une « certaine » histoire de France à lui tout seul. Il accomplit l’exploit de nous faire revisiter des périodes fondatrices où le « déni de réalité » d’un seul homme a été renversé par la volonté de toute une population.

Nous y sommes. Il emprunte à Louis XVI sa naïveté politique et ses scrupules maladifs comme il emprunte à Napoléon la dernière période de son règne : les Cent jours qui vont le conduire à Waterloo.

La France se réveille d’une longue léthargie. A force de rhétorique, de slogans, d’éléments de langage, de contre-vérités, de libéralisme économique, de culpabilisation aussi, elle avait fini par se laisser bercer croyant d’abord qu’elle devait se plier à l’autorité de ceux qui savent pour sauver la République, en se laissant cependant peu à peu envahir par le doute pour finir par ne plus croire à la parole politique. La résignation a alors gangréné la société. Comme une épidémie, elle s‘est répandue. On a confiné l’expression collective : chacun chez soi et le pouvoir au pouvoir !

On avait enterré cette faculté singulière de chaque citoyen, héritée des lumières : l’esprit critique ! Mais comme le dit cette expression que nous avons fait nôtre à l’Engagé.e depuis son origine : « Ils ont voulu nous enterrer, ils ont oublié que nous étions des graines »

Et voilà que l’obstination d’un seul homme, à la manière d’un Louis XVI ou d’un Napoléon est venu faire éclore cette multitude de graines en piétinant cette terre encore fertile, en arrosant celle-ci impunément de certitudes et de mépris.

Le tact de l’audace, écrivait Jean Cocteau, est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin. Il semblerait que l’audace du président soit devenu un éternel affront à son peuple et qu’il en ait, c’est le moins que l’on puisse dire, oublié totalement le tact. Il a, de fait, dépassé des limites. Est-il déjà allé trop loin ? sans doute. Le pire serait de ne pas le reconnaître !

Les Français sont attachés à leur histoire, à leur démocratie, à leur système de protection, à leur rôle politique, à leur émancipation ! et ils n’aiment rien de moins que de l’exprimer collectivement. Aujourd’hui ils n’ont pas vaincu l’individualisme mais ils ont retrouvé le goût du combat pour la dignité, pour les valeurs communes, pour la justice, pour une république française, indivisible, laïque, démocratique et sociale.

Et ils s’insurgent. Autrefois celle-ci prenait des formes diverses : chouannerie, jacquerie, mutinerie, rébellion, révolte, sédition, soulèvement et même Révolution. Aujourd’hui elle se traduit, pour l’instant, en un concert de casseroles ; un symbole non moins anodin que les précédents.

De cette crise sociale initiée par le pouvoir à travers une réforme inique, injuste, injustifiée du système de retraite, Le président a provoqué une crise politique, démocratique, institutionnelle. Il n’est pas le premier à avoir pris de front à ce point la population. Mais il serait le premier président de la Ve République à ne pas l’entendre, l’écouter et accomplir sa volonté lorsqu’elle l’exprime avec cette force et cette détermination. Tous les « grands » présidents ont su discerner l’intérêt de la nation, l’intérêt commun. Cet intérêt a toujours prévalu chez eux sur l’ambition idéologique, la conviction personnelle ! Ils étaient avant tout des hommes d’État au service de la nation… et ils ont reculé devant la nation citoyenne pour la République, la démocratie et la concorde nationale.

Espérons qu’il ne faille pas cent jours au président pour en prendre conscience et pour rendre la parole au peuple !

 

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