1 octobre 2018

Budget 2019 : L’illusion sociale et environnementale

Par Julien Dray

Rappelons tout d’abord que c’est avec une prévision de croissance en panne et d’inflation en hausse qu’au ministère du budget on a tenté, tant bien que mal et de notre point de vue plutôt mal que bien, de faire croire à une inflexion sociale. Que nenni !

Les annonces ne résistent malheureusement pas à une analyse un peu approfondie des mesures proposées en direction de toutes les couches de la population : des plus fragiles aux classes moyennes supérieures, tout le monde y perdra en pouvoir d’achat, en qualité de services publics, en pouvoir d’émancipation.

Les effets de manches, les brillants discours sont à l’œuvre du pouvoir ce que le costume était au théâtre de tréteaux au temps de la monarchie : sous la lumière et servis par de charismatiques acteurs ils brillent de mille feux mais à y regarder de plus prêt ils apparaissent pour ce qu’ils sont : des pièces rapiécées de tissus usagers.

Ainsi, pour le dire non pas de façon brutale mais de façon brut, le budget 2019 c’est de l’austérité habillée en faux semblants.

Pour le Budget de la défense, le ministère gagnant, on revalorisera au niveau de l’inflation, ce qui n’est pas vraiment un signe d’engagement ferme et ambitieux, avouons-le. On rognera au passage la dotation aux anciens combattants, ces « retraités » de nos armées.

Doit-on rappeler l’engagement du président sur les suppressions de poste dans la fonction publique, engagement réaffirmé par le premier ministre un jeudi soir de grande écoute ?

Eh bien cet engagement là sera tenu, à n’en pas douter. Mais la réponse qu’à ce jour, aucun journaliste même pugnace, n’était parvenu à obtenir de façon claire, à savoir « dans quels domaines de la fonction publique va-t-on supprimer ces postes ? », est bien contenue dans les crédits alloués aux différents secteurs ! et on comprend pourquoi on restait évasif du côté des ministres concernés. Cela contredit en grande partie les brillantes prestations emphatiques que l’on nous déclamait la main sur le cœur.

Il y a loin de la coupe aux lèvres, dit-on, et plus encore lorsqu’on n’est pas vraiment convaincus de vouloir s’en abreuver. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’on risque pour beaucoup d’avaler de travers.

Le journal « Le Monde » dans un article du 24 septembre s’efforce de trouver les gagnants et les perdants *. A parcourir la liste des favorisés, on a un peu peur de savoir ce qu’il en sera des autres car même chez les premiers –La Défense, La justice, L’intérieur, l’enseignement supérieur, la solidarité et les collectivités locales- les crédits alloués ont pratiquement tous leurs revers, parfois non dits, ce qui est plus grave.

Pour ne prendre qu’un exemple le sort que l’on réserve aux handicapés est particulièrement cynique. Sous couvert d’annonces d’augmentations significatives en deux fois on cache la désindexation sur l’inflation et la disparition des augmentations en usage. Si bien qu’en faisant le calcul de la nouvelle et de l’ancienne méthode, on se rend compte que l’état va économiser environ 40 euros sur chaque allocataire…et il en est de même pour d’autres prestations. On feint donc la générosité et le volontarisme alors qu’en réalité il n’en est rien. Pour ses mêmes premiers de la classe budgétaire, les ouvertures de postes, lorsqu’elles existent, sont ciblées et ne profitent pas toujours aux métiers sinistrés de notre système.

Chez les désignés « perdants » par les journalistes du Monde c’est bien entendu encore pire. L’écologie, l’emploi, l’éducation nationale, le logement, la culture, le sport, l’agriculture, Bercy et les affaires étrangères.

Pour Bercy c’est d’abord la lutte contre l’évasion fiscale qui va s’en ressentir.

Que dire de l’écologie, de l’éducation nationale, de l’emploi ou du logement, normalement priorités des priorités pour l’avenir ?

Que dire de cet aveuglement à ne pas considérer ces secteurs, auxquels il faut associer la culture et même le sport, comme les moteurs de demain ?

Ces orientations budgétaires, méprisant de fait l’apport essentiel de la culture et du sport dans le parcours du citoyen Français, sont révélatrices d’une conversion assumée : on remplace la quête de bien-être pour chacun par le bien-avoir de quelques uns ! l’élitisme faisant le reste. C’est un projet de société en rupture avec le modèle existant, celui-là même dont la droite a souvent cherché à s’affranchir.

Tous ces ministères « perdant » connaitront des baisses d’effectifs. Leurs crédits vont eu mieux stagnés (et bien en dessous de l’inflation prévue) et au pire diminuer.

Si l’on peut considérer que des synergies soient nécessaires, que la numérisation va entrainer des évolutions significatives dans bien des domaines, on ne peut pas mettre, comme le disent les agriculteurs, la charrue avant les bœufs. On anticipe des suppressions de postes sans avoir préalablement développer les programmes qui permettront d’assurer la même qualité aux services d’état avec moins de personnels.

Ce sont bien les populations défavorisées et les classes moyennes, les chômeurs et aussi les salariés qui paieront le prix fort de l’austérité. La qualité des services publics va encore être fortement dégradée, la souffrance au travail dans la santé, dans l’éducation, dans la sécurité ne vont pas significativement diminuer.

Ce budget montre donc que loin d’une inflexion sociale, loin d’un engagement d’avenir sur l’éducation, l’écologie, les services publics, la culture ; on ne change rien à la démarche : la marche forcée destinée à plaire à un président omniscient favorisant toujours les premiers de cordée !

A lire la revue de presse du MEDEF on comprend d’ailleurs que ces premiers de cordée, habitués maintenant à profiter des largesses du trône, supportent mal les seules micro-mesures les touchant directement. La fiscalisation sur le diesel en est un exemple criant.

N’en doutons pas, le budget 2019 sera voté. Les oppositions auront beau proposer légitimement moult amendements, voire s’échiner à construire des budgets alternatifs, c’est bien le choix du prince qui aura raison de leurs contributions.

A la vue des premiers résultats de la politique suivie depuis plus d’un an et des conséquences tant sur le niveau de vie de 90% des français, sur la croissance que sur l’inflation ; à entendre les discours d’Emmanuel Macron sur le plan pauvreté ou sur l’écologie à l’assemblée des nations unis, on aurait pu s’attendre à une traduction concrète dans le budget 2019. Or, après les retraités, ce sont d’abord les sans emplois qui vont devoir baisser les yeux aux déclamations urbaines de leur président.

Ceux qui, en étant souvent du bon côté de la rue et quelquefois venus de la gauche, ont cru à ce mouvement politique inédit, sont aujourd’hui nombreux à être traversés par le doute. Si une offre crédible se faisait jour, ils pourraient même être tentés de rentrer à la maison.

Julien Dray 

 

 

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