28 janvier 2020

Irak, Liban, Chili… tour d’horizon des combats des forces progressistes

Par Cécile Soubelet


Irak – La mobilisation contre la présence américaine se poursuit.

A l’appel du leader chiite Moqtada Sadr, ce sont des centaines de milliers d’Irakiens qui ont défilés dans les rues vendredi dernier. Après un discours dans lequel Moqtada Sadr a exigé le retrait des forces américaines d’Irak et l’annulation des accords sécuritaires entre Bagdad et Washington, en disant privilégier la voie pacifique et diplomatique, la foule s’est dispersée dans le calme.

Ce nouveau coup de pression intervient alors que les discussions entre Bagdad et Washington sur le retrait des 5 200 soldats américains d’Irak sont au point mort. Il s’appuie également sur le mouvement lancé en octobre dernier par des manifestants
anti-gouvernementaux. Toutefois, il faut bien se garder de ne pas faire d’amalgame entre les 2 mouvements : d’un côté Moqtada Sadr qui semble brandir l’anti-américanisme pour mieux répandre l’influence iranienne, et de l’autre côté les opposants au régime qui, menés par la jeunesse et mobilisés depuis 4 mois à travers le pays, prônent le rejet de toute ingérence étrangère et réclament des élections anticipées, un premier ministre indépendant et la fin de la corruption. Il faut soutenir ces derniers afin que l’Irak organise des élections libres et anticipées qui établissent une véritable souveraineté de l’Etat irakien.

Liban – Un nouveau gouvernement de sortie de crise contesté.

Depuis 3 mois, le Liban connait un vaste mouvement de contestation contre une classe dirigeante jugée corrompue et incompétente, et qui réclame une refonte du système politique. Le pays attendait ainsi un nouveau gouvernement depuis la démission du Premier ministre Saad Hariri le 29 octobre. Ce fut fait le 21 janvier dernier autour de Hassan Diab : ce nouveau gouvernement qu’il qualifie de « non partisan » est composé de 20 ministres dont un nombre record de femmes, six, et pour la première fois une ministre de la Défense.

Les priorités de ce gouvernement sont importantes et ambitieuses : satisfaire les revendications de la révolte des Libanais, combattre la corruption et l’enrichissement illégal, récupérer les fonds publics pillés, lutter contre le chômage, s’attaquer à la crise économique et financière et préparer une nouvelle loi électorale.

Toutefois, à peine formé, ce gouvernement est déjà contesté par les manifestants qui le voit comme un « cabinet de conseillers » qui reproduit les clivages confessionnels et politiques anciens. Les membres du gouvernement sont en effet issus du parti du président Michel Aoun et de ses alliés : les grands partis chiites Hezbollah et Amal, et deux petits partis, l’un chrétien (Marada dirigé par Tony Frangieh) et l’autre druze.

« On prend les mêmes et on recommence », c’est le sentiment amer et de rejet qui continue de s’exprimer aujourd’hui dans les rues de Beyrouth avec de nombreuses manifestations qui se poursuivent. Une mobilisation qui ne faiblit pas et à laquelle les partis restés en dehors des tractations, mais déterminés à ne pas quitter l’échiquier politique risquent de s’y associer.

Il faut ainsi soutenir le peuple libanais pour obtenir une refonte de son système politique pour qu’il soit plus démocratique, renouvelé, transparent et affranchi des enjeux communautaires afin de redonner au Liban sa stabilité et une reprise économique et sociale.

Chili – La rue poursuit sa mobilisation, obtient des concessions de la part de Piñera et maintient sa pression pour une nouvelle Constitution, dans un contexte de violences policières démesurées. Après 3 mois de mobilisation, les Chiliens restent plus déterminés que jamais dans les rues. Sans étiquette partisane ni leader, les manifestants maintiennent la pression sur Sebastian Piñera, coute que coute. Contestant le système économique ultralibéral et exigeant une nouvelle Constitution, ils ont d’ores et déjà obtenus plusieurs concessions de la part du pouvoir en place, soutenu par Washington : augmentation de 50 % du minimum vieillesse, augmentation du salaire minimum, augmentation des cotisations des employeurs au régime de retraites, gel des tarifs de l’électricité, augmentation des dépenses publiques, aide financière aux PME, création de 100 000 nouveaux emplois, projet de loi de réforme du système de santé…

Mais tout ceci n’est qu’une goutte d’eau par rapport à la crise profonde que traverse le pays. A ce titre, 55 à 60 % des Chiliens continuent de soutenir le mouvement. La pression se maintient afin d’exiger la démission de l’exécutif et des changements politiques radicaux au premier rang desquels une nouvelle constitution.
Et pourtant, le pouvoir fait tout pour dissuader les Chiliens de manifester. En 3 mois, ce sont 29 morts, dont cinq après l’intervention des forces de l’ordre, et plus de 2 000 blessés, dont 350 grièvement touchés aux yeux. Plus encore, la délégation du Haut-commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme a dénoncé un «usage excessif de la force », des actes de «torture», de «violence sexuelle», ou encore des «arrestations arbitraires». Or la répression policière et militaire se poursuit, partout dans le pays.

Face aux exigences démocratiques, la communauté internationale doit exiger du Chili de cesser ses violences disproportionnées sur les manifestants, et encourager le peuple chilien à se mobiliser librement et massivement en avril prochain lors du référendum constitutionnel en faveur d’une Assemblée constituante.

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