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Trump vocifère!

Par Ouarda Benlaala

Comme à son habitude, Trump vocifère. Hier c’était sur FOX NEWS. Il a beau perdre tout ses recours, il continue de hurler à la fraude.

Le 7 novembre tandis que Jeb BUSH et Mitt ROMNEY félicitent Biden, Marjorie Taylor GREENE, supporter de Q-ANON, demande à ce qu’on se mobilise pour TRUMP,

Le 8 NOVEMBRE George BUSH félicite BIDEN. Beaucoup de républicains préfèrent garder le silence ou féliciter Biden car le sénat est resté entre leurs mains, ils reconnaissent la régularité du vote.

Les chiffres de 2016 sont ceux de 2020 inversés :
306 TRUMP-232 CLINTON
306 BIDEN-232 TRUMP

Le nombre de votants a explosé par rapport à 2016 et cela a profité à BIDEN.

Le vote des ouvriers a été déterminant dans l’élection. Ils avaient voté TRUMP en 2016 et comme rien n’a changé pour eux en quatre ans, les emplois industriels n’ont cessé de s’écrouler ils ont choisi BIDEN, qui les connaît mieux. La Pennsylvanie, état clef, est un état blanc et ouvrier, d’où est originaire Biden, qui avait voté TRUMP en 2016, il est retourné vers l’enfant du pays.

Si nous devons retenir une leçon de ses élections, c’est de ne pas oublier, nos ouvriers, notre classe moyenne, ceux qui n’ont plus confiance au politique, les abandonnés du système ceux qui restent sur le carreau, crise après crise, promesse après promesse, président après président.

Les entendre, les écouter, travailler pour améliorer leur quotidien redonnera des couleurs à la gauche et permettra d’éviter cet affrontement que personne ne veut et créer artificiellement : MACRON- LE PEN.

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Le billet d’humeur de – Boris Faure – « Michiiiiiigaaaaaaan »

par Boris FAURE

Je prenais l’air frais de l’automne sur mon balcon quand j’ai entendu ce cri altérer la quiétude de ma banlieue bourgeoise et ethniquement homogène de bruxelles : ça faisait « Michiiiigaaaaaaan » de façon prolongée.

Cela venait de chez le voisin d’en face. Celui qui a un grand panneau de basket devant chez lui.

« Michiiiiiiigaaaaan » ça faisait dans un bruit de gorge rauque et profond.

Ne me prenez pas pour le dernier des paranos mais sur le coup j’ai cru à une attaque islamiste et je me suis dissimulé derrière mes plantes en pot.

Après les jeunes, après les amateurs de feu d’artifice, après les croyants, après les profs, ils s’en prenaient maintenant aux amateurs de baskets. Rien ne nous sera donc épargné !

Et le cri continuait de plus belle dans un crescendo imperceptible. Même un orgasme simulé, et j’en ai entendu et produit des nombreux je peux vous le dire, ne produirait pas le même effet sonore

« Michiiiiiigaaaaan »

Le pavillon du voisin paraissait calme pourtant jusque là. Je voyais le scintillement de la télé à travers ses rideaux blancs ajourés. Ses poubelles étaient sorties, bien rangées à côté de sa boîte aux lettres.

John Smith est un voisin organisé et paisible d’ordinaire.

Mon fils a pénétré lestement sur le balcon à ce moment là. « Biden a gagné. Le Michigan est pour lui ».

J’ai poussé un ouf de soulagement. C’était donc ça ! Mon esprit avait complètement occulté l’élection. Ce n’était donc QUE ça.

Le cri se poursuivit un instant, toujours aussi perçant mais nettement moins troublant. « Michiiigaaaann ». Je vis alors la porte du voisin s’ouvrir. John, en tong et maillot des Lakers sur le dos avançait lourdement sur sa pelouse un sac de poubelle jaune dans une main dans l’autre une bière Jupiler. Même les américains consomment parfois local !

Il avait cessé de crier et portait un énorme sac poubelle jaune. Le tri sélectif réserve cette couleur au carton ici dans la capitale européenne. Des emballages de pizza sûrement. Quand il m’aperçut sur mon balcon john leva prestement son pouce géant. Comme il était incongru de faire de l’auto-stop à cette heure là, devant chez lui, et en tong, je compris qu’il s’agissait d’un geste de victoire à mon attention.

Je levais timidement mon pouce nain et opinait du chef. Biden avait gagné certes. Et je ne voulais surtout pas vexer mon voisin démocrate expatrié et américain. Le bon voisinage ça compte. À bruxelles comme des deux côtés de l’Atlantique.

J’ai eu ensuite toute la soirée pour réfléchir. Une victoire démocrate et j’avais donc le cœur sec ? Étais-je vraiment de gauche ? Même après ma troisième bière l’interrogation subsistait. Mon fils passait en revue sur sa tablette les informations sur cette victoire qui avait eu bien du mal à se dessiner mais qui était certaine désormais. Sur le site de Mediapart Même Edwy Plenel ne semblait pas mécontent. Il plissait puis écarquillait les yeux comme Kaa le serpent du livre de la jungle ce qui chez lui est signe de satisfaction mesurée. C’est le stade le plus avancé de l’émotion chez un trotskiste.

Dans mon lit ensuite ce fut l’insomnie. Vers 5h du matin j’eus cette soudaine illumination quand mon plus jeune fils se leva pour aller aux toilettes en allumant le couloir comme pour un interrogatoire de police : Un démocrate momifié c’est toujours mieux qu’un républicain baltringue et dangereux. Voilà.

J’étais au mieux capable de célébrer une « Droopy Victory » en marmonnant un « you Know what ? i’m happy » avec la tête de six pieds de long qui dit le contraire.

Comme J’avais promis une chronique à julien Dray et que la nuit était foutue j’ai repoussé les deux couettes IKEA qui dorlotent mon corps délicat (luxe petit-bourgeois à ma portée) et je me suis mis à rédiger ces quelques lignes :

Je pensais à la moustache féroce de Plenel en les écrivant. Ma prose avait des accents de commissaire politique. Je m’imaginais clamer cette analyse avec un accent russe et méchant à La Tribune du Bureau national du Parti socialiste face à un Olivier Faure un peu effrayé. Même Carlos Da Silva énervé ne fait pas aussi peur !

Ne nous y trompons pas, camarades ! . Les Etats-Unis resteront quoi qu’il en soit une super puissance branlante bâtie sur un modèle multiculturel qui a bien du mal à lutter contre une ségrégation sociale et raciale effrayante !

Une nation sur-armée qui se défile face au rôle de gendarme du monde que la fin de la guerre froide lui avait assigné ! Et un pays qui aime la poudre au point de laisser sa jeunesse acheter des armes de guerre et de la coco qui rend jobard sur le net !

Et vous croyez sincèrement que la victoire de Biden va changer ces fondamentaux là ?

Je suis descendu dans la cuisine avec mon papier. Juju serait content je crois.

La maison était paisible. Tout le monde dormait encore. Je touillais mon café d’une main distraite, lisait les infos sur la tablette pendant que le camion poubelle venait cueillir dans le petit matin blême les reliquats décomposés de nos consommations satisfaites.

Je continuais un peu à penser comme Edwy Plenel, bigre. Faudrait que j’en parle à mon psy brésilien. Il a toujours réponse à tout le Carioca.

Le Monde listait les grands dossiers internationaux qui attendaient Biden.

« Réintégration dans l’accord de Paris, « redynamisation » des relations OTAN UE, retour à plus de multilateralisme dans les relations avec notre vieux continent »

Et c’est à ce moment là que j’ai eu un flash ! j’avais oublié de sortir ma poubelle jaune !
l’Amérique montre parfois l’exemple. Pour assainir la démocratie il faut parfois commencer par sortir les poubelles.

Et merde. Je fais encore du Edwy Plenel. Je vais devoir me faire exorciser.

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Etats Unis : une condition nécessaire mais pas suffisante ! – Edito lettre n°99

Par Julien Dray 

A ce stade, on ne peut plus douter. Joe Biden sera le prochain président des Etats Unis. Dans la plupart des démocraties du monde entier, on exprime un « OUF » de soulagement. Cette élection américaine aura monopolisé beaucoup de notre temps, parfois un peu trop.

L’emballement de la Gauche en général et de la Gauche Française en particulier pour le candidat démocrate est symptomatique d’une frénésie anti-Trump qui ne dit pas son nom. Si on pouvait souhaiter la défaite de Trump, fallait-il soutenir inconditionnellement Joe Biden ? était-il besoin d’aller jusqu’à en faire un « François Mitterrand » à l’américaine ? Lorsque l’on connait le positionnement idéologique du candidat démocrate, c’est assez étonnant !

En tout état de cause, ce que l’on nous annonçait comme « plié » d’avance a cependant confirmé la fragilité des sondages divers et variés. On a l’impression que le monde des élites espérait tellement la défaite de Donald Trump, qu’il a anticipé une trop large victoire de son opposant. Ce n’a pas été le cas.

Le nombre d’électeurs, la dispersion des votes communautaires autrefois acquis à un camp, la forte mobilisation du vote populaire n’avait pas, loin s’en faut, été anticipé. Lorsque l’on constate que le perdant a obtenu davantage de voix que Barack Obama pour son deuxième mandat, on ne peut s’arrêter à commenter uniquement la victoire de Joe Biden.

Certes, elle est la condition nécessaire pour que les Etats Unis se débarrassent d’un pouvoir autoritaire, identitaire et parfois dangereux tant dans le discours que dans les actes. C’est la condition nécessaire pour que les Etats unis retrouvent le chemin de la responsabilité sanitaire, écologique et du multilatéralisme. C’est la condition nécessaire pour un retour des Etats unis dans les accords de Paris, dans l’OMS.

Pour autant, si la condition nécessaire est acquise, elle n’est pas suffisante.

La campagne électorale à mis en exergue des fractures qui n’ont pas disparu et qui se sont même visiblement renforcées. Donald Trump n’a pas conservé seulement sa base électorale, il l’a développée. Le populisme et la démagogie ont convaincu un large public parmi les classes populaires principalement mais pas seulement. L’individualisme associé au concept « America first » s’est étendu. Trump a perdu mais le Trumpisme demeure ! Les républicains ne l’ignorent pas. Il sera difficile de se débarrasser de son influence.

S’il est un paradoxe, comme souvent dans cette grande démocratie, c’est qu’à la fois on semble vouloir revendiquer plus de liberté individuelle et plus de protection de l’Etat ; La crise sanitaire n’y étant sans doute pas étrangère. L’équation apparaît donc très compliquée à résoudre, d’autant plus avec un sénat acquis à l’opposition.

La gestion de la crise sanitaire sera sans doute un test important d’orientation de la politique de santé dans un premier temps. Beaucoup de voix se sont exprimées contre la gestion erratique du président Trump qui a privilégié l’économie à la vigilance et à la santé de ses compatriotes.

Il y a de nombreuses leçons à retenir de cet épisode politique outre atlantique : sur la protection, la guerre commerciale et l’identité par exemple. Les démocrates devront certainement user de beaucoup de courage. Ils devront tenir compte de la demande de protection. Ils devront également parvenir à réconcilier les américains entre eux, très divisés aujourd’hui. Il leur faudra refonder un pacte social. Il leur faudra donner du sens à une ambition, emprunter le chemin d’une idéologie s’adressant aux couches moyennes et défavorisées : Oser les valeurs d’une gauche populaire. Bernie Sanders pourrait les y aider si, contrairement à la campagne des primaires, il n’est pas marginalisé par l’appareil.

On le voit. Loin de tout résoudre, l’élection de Joe Biden apparaît davantage comme un défi à relever que comme un long fleuve tranquille. On le sait aussi, ce qui se passe aux Etats Unis a souvent des influences dans le monde entier.

L’arrivée de Donald Trump avait favorisé le développement de régimes autoritaires les plus radicaux sur la planète ; espérons, sans trop d’illusions, que la victoire de Joe Biden favorisera celle de la démocratie et des forces de progrès !

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Elections américaines, retour sur image

Par Laure Pallez & Sylvie Poulain


Le 13 novembre aux Etats-Unis,

On reprend tout juste son souffle tant l’hystérisation du débat politique nous a tenus en haleine. Le taux de participation à cette élection a été le plus élevé depuis 1900 atteignant un record de 60% (+ 25 millions de votants vs. 2016), et ce en pleine pandémie. L’usage du vote par correspondance sur ces scrutins, qui a longtemps constitué une exception aux Etats-Unis, nous rappelle à quel point un processus de vote serein qui obtienne le consentement de la nation se prépare tôt.

Cette séquence électorale a aussi montré que le bipartisme politique américain va de pair avec une aversion de l’autre et un arbitrage au nom des valeurs, avec la télévision comme principal outil propagandiste, trop peu pédagogique. Ce contexte de polarisation politique croissante et de blocages politiques répétés au congrès freine la vie politique américaine. Ces 10 dernières années, les grandes réformes qui ont changé la vie des américains comme l’Obamacare (2010) ou la réforme fiscale de Trump (2017) ont été rares tant les tensions partisanes et les contraintes de la procédure législatives sont nombreuses.

Une autre observation porte sur le paradoxe que certains votes locaux met en exergue: dans un Etat très démocrate comme la Californie comment expliquer le rejet de rejet de la proposition 22 qui avait pour objet de requalifier le statut des travailleurs indépendants en salariés, peut-être parce que les plateformes ont dépensé 200 millions de dollars dans la campagne? Dans un Etat où les Républicains ont gagné des points comme en Floride comment expliquer le vote en faveur de l’augmentation du salaire minimum à 15 dollars de l’heure ? Les cartes sont un peu brouillées et on doit s’interroger sur la définition du progrès et ses contradictions en Californie, Etat qui d’un côté milite ardemment et à juste titre sur les enjeux climatiques mais qui de l’autre renvoie à plus tard la question des protections sociales des plus exposés à l’ubérisation de la société. En Floride, il existe aussi un paradoxe entre un électorat très libéral en défaveur de l’intervention de l’Etat et attaché à la liberté comme sanctuaire individuel mais qui prône dans le même temps une augmentation du salaire minimum.

La bascule des classes populaires a été l’enjeu des élections américaines et il s’agissait avant tout pour les candidats de redonner aux gens de la dignité en cette période sanitaire et économique si rude. La Rust Belt par exemple, cette zone du Nord et du Nord-Est des Etats-Unis, a été très suivie. L’impact du déclin de cette région désindustrialisée a été particulièrement sévère dans les centres urbains, comme Detroit qui a perdu environ la moitié de sa population depuis les années 70, voire les deux tiers à Youngstown, ancienne capitale de l’acier située dans l’Ohio. Pourtant ces villes ont voté majoritairement démocrate pour plusieurs raisons : d’abord c’est le Vice-président Biden en 2008 qui a été à la manœuvre du large plan de sauvetage de General Motors et ses fournisseurs et les gens s’en souviennent, ensuite pendant la campagne, Kamala Harris a mis l’accent sur le Wisconsin, un État « hanté par les fantômes de 2016 » car ignoré par Hillary Clinton. Joe Biden est parvenu avec succès à reconstruire le mur bleu du Midwest perdu en 2016 où l’éducation et la santé sont des thèmes centraux. La conquête de deux bastions républicains, la Géorgie et l’Arizona est aussi remarquable.

Le sort des classes modestes a toujours été et reste au cœur du projet démocrate et les résultats ont été serrés avec 4 Etats remportés par Joe Biden à moins d’1% près (Géorgie 0.2%, Arizona 0.5%, Pennsylvanie 0.6 et Wisconsin 0.7%). Donald Trump est resté largement majoritaire chez les ouvriers et les employés (toute origine ethnique et genre confondus), largement en tête dans les zones agricoles et rurales (54%) et a réalisé des scores étonnants chez les femmes (43%), les Latinos (32% dont 36% chez les hommes) et les Afro-américains (15% dont 18% chez les hommes). On peut déplorer ce vote « rouge » qui serait une simple transaction économique (narratif républicain : sauvegarde des emplois, fiscalité avantageuse – à court terme), ou au contraire y voir une forme d’émancipation si on est optimiste sur la nature humaine qui refuse d’être assignée à un carcan et pour qui la recherche de liberté individuelle peut primer sur l’objectif de réduction des inégalités.

Finalement, Donald Trump aura failli sur son propre terrain, alors même qu’il se présentait comme proche des « préoccupations des gens » par son incapacité à le démontrer quand il le fallait vraiment durant cette épidémie. Face au nombre impressionnant de contaminations (9,5 millions) et de décès (232,000), il n’aura jamais donné le sentiment de s’en soucier réellement.

Quels enseignements en tirer pour la gauche française ?

Le rapport de chacun à la mondialisation pose question dans cette élection. Les Etats-Unis vont continuer de remettre en question les excès de la mondialisation et les avantages qu’ils en tirent encore. Alors que le libre-échange avait grandement profité aux Américains depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ce sera moins une priorité. Sans indépendance, notamment industrielle, il n’y a pas de véritable démocratie et cette idée se répand dans le camp démocrate. Le populisme de Trump n’aura pas réussi à déboucher sur un réel repli sur soi, sans doute parce que le trumpisme, lui-même, n’est pas un conservatisme.

L’élection de Joe Biden signifiera aussi la fin de la politique « America First » telle que pratiquée par Donald Trump et un retour au multilatéralisme avec la réintégration par décret présidentiel de l’Accord de Paris de 2015 dans le cadre plus global d’une politique d’investissements écologiques de 2 000 milliards de dollars, le retour dans l’OMS et des propositions de réformes exigeantes pour l’organisation, etc. Le pays ferait également son retour au sein du Conseil de droits de l’Hommes de l’ONU. La crise de la Covid-19 a montré l’affaiblissement des institutions internationales et ce volet politique est très attendu. Espérons aussi qu’une nouvelle ère de « commerce juste » reposant sur des accords définissant des standards élevés en matière d’environnement, de droits humains et du droit du travail débute. Sur ces sujets, l’internationalisme n’est pas seulement un atout, c’est la condition première de la réussite de nos luttes. La globalisation et l’interconnexion appellent à dépasser les frontières nationales car peu de problèmes rencontrés par les citoyens sont totalement dépourvus de racines internationales. Mettre en place une politique étrangère qui intègre les intérêts de la classe moyenne est le défi majeur sur lequel travaillent les think tanks progressistes aujourd’hui.

Enfin, cette élection a moins porté sur les différences exacerbées d’origine ethnique, de genre, d’orientation sexuelle, de « racisme systémique » voire de « domination patriarcale » que de perception du statut social, du coût de la vie et du rapport de chacun au reste du monde. La désignation de Joe Biden à la primaire démocrate donnait déjà des indications, le nouveau centre de gravité du Parti démocrate. L’universalisme est la clé de voûte du système politique que la gauche doit soutenir car il ne fait aucune exception à la dignité humaine qui doit être identique pour chacun quel qu’il soit et d’où qu’il vienne. Les démocrates auront la lourde tâche de rassembler le peuple américain tout en travaillant avec leurs partenaires qui défendent des valeurs communes, transmises par l’éducation.

Il est plus aisé de maquiller ou d’effacer la réalité du trumpisme que de remettre en question les présupposés idéologiques. Nous socialistes ne devons pas tomber pas dans ces travers et devons globaliser les luttes et surtout conserver notre libre-arbitre dans une société de communication et d’immédiateté, pour faire avancer le vrai progrès*.

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La Floride : un passage obligé pour Donald Trump !

Par Laure Pallez

Depuis 1996, qui gagne la Floride gagne les élections présidentielles américaines. On dit souvent que la Floride est un swing state, c’est-à-dire l’un des sept États pivots où le vote populaire n’est pas acquis et qui est susceptible de basculer pour l’un ou l’autre des candidats en offrant les grands électeurs nécessaires pour la victoire.

Mais c’est aussi et surtout un bellwether state, un Etat baromètre, avec une mosaïque de votes très représentative des Etats-Unis dans sa globalité.

Reportage depuis Miami par Nathalie Ponak et Laure Pallez.

La présidentielle américaine est une élection au scrutin indirect ; les 150 millions d’électeurs désignent des représentants qui sont ensuite chargés d’élire le président et le vice-président. Chaque État dispose d’un certain nombre de ces grands électeurs. Le chiffre magique pour remporter l’élection présidentielle est de 270 grands électeurs. La Floride en compte 29.

La Floride est le troisième État le plus peuplé, avec ses 21,5 millions d’habitants. L’aire
métropolitaine de Miami en rassemble plus de 6 millions. Comme le Texas (Austin et Houston en particulier), la Floride (Jacksonville, Miami, Orlando et Tampa) a connu un taux de croissance de sa population de 14% entre 2010 et 2019, contre 0.4% pour New-York. La crise Covid a renforcé cette tendance de nombreuses entreprises de la côte Est ayant délocalisé leur activité dans ces Etats à la fiscalité très compétitive (la Floride n’a pas d’impôt sur le revenu mais il existe un salaire minimum) et de nombreux retraités ou salariés en télétravail s’y installant définitivement. Afin de rattraper son retard dans les sondages, le président républicain mise gros sur la Floride.

C’est aussi l’Etat dans lequel il vote. Et c’est pour lui plus encore que pour Joe Biden une étape sans laquelle il ne pourra remporter la victoire.

La carte électorale floridienne dépasse traditionnellement les communautés et les générations : le nord-est de l’Etat est républicain (rouge), le Sud démocrate (bleu) et le centre dit « I-4 corridor » c’est-à-dire la longue autoroute et son couloir qui traversent la péninsule liant Tampa à Orlando, est violet. A l’image des 10% d’électeurs indécis par ailleurs (NB : 75 millions d’Américains ont déjà voté dont 5 millions en Floride), cet électorat « violet » issu de la classe moyenne, peut changer de camp et faire basculer le résultat du vote final, c’est donc là qu’il faut faire campagne. Les efforts de porte à porte qu’ont pu mener les troupes de Donald Trump faisant fi de l’épidémie lui confèrent un
avantage sur ce terrain.

Cependant, en 2020, trois groupes font tout de même l’objet d’une attention particulière des deux candidats en Floride dans un contexte de crise sanitaire et économique inédit : les retraités, les latinos et la « génération Tik Tok ».

Depuis les quatre dernières années, les retraités ont une influence électorale primordiale électorale et ils votent très largement à droite. Selon l’étude de la fondation Jean Jaurès de Renan-Abhinav Moog, la Floride est l’État ayant la plus forte population âgée de plus de 65 ans du pays (environ 5 millions). Donald Trump a perdu des voix auprès d’eux à cause d’une gestion de la crise sanitaire déléguée au gouverneur Républicain Ron De Santis jugée calamiteuse. La Floride est l’un des épicentres de la maladie avec hélas 16 500 décès à déplorer.

Si Donald Trump peine à convaincre les séniors, le Miami Herald se demande s’il peut faire la différence auprès de l’électorat hispanique, l’autre groupe clef pour remporter l’Etat.

Le quotidien souligne en effet que ce groupe semble plus enclin à soutenir le président qu’il y a quatre ans tout en continuant à favoriser le parti démocrate. La Floride compte une forte minorité latina, près d’un quart de sa population (soit 5 millions de personnes et 17% des électeurs), avec la particularité d’être principalement composée d’immigrés cubains. Les intentions de vote de cette communauté sont loin d’être homogènes selon la journaliste et écrivaine Paola Ramos 1 , contrairement aux Afro-
américains à 70% démocrates et qui représentent 17% de la population en Floride.

Les 18-35 ans se rendent aux urnes cette année et ils pourraient avoir un impact sur le résultat.

Selon le Miami Herald, sur les 3,5 millions d’électeurs âgés de 18 à 35 ans en Floride, 1,3 million sont démocrates, 1,2 million sont enregistrés sans affiliation à un parti et 910 000 sont républicains. L’écart est donc étroit, mais le quotidien floridien annonce un léger avantage à Joe Biden dans cette tranche de la population.

Au-delà des intentions de vote, c’est aussi le système de vote dans cet Etat qui fait aussi l’objet d’inquiétudes de la part des observateurs. En Floride, il est possible de voter de deux façons différentes, en fonction du comté où l’on vote. Le premier système consiste en la perforation du bulletin, après noircissement de la case correspondant au candidat choisi par l’électeur, le second en la lecture optique du bulletin de vote. Cela crée de la complexité.

Le souvenir de l’élection de 2000 en Floride est dans tous les esprits. Lors de la soirée électorale, les médias américains avaient imprudemment déclaré Al Gore vainqueur dès les premiers résultats arrivant de Floride. Toutefois, alors que les résultats étaient très serrés, la Floride a été ensuite déclarée « too close to call », s’en est suivi un chemin douloureux jusqu’à la Cour suprême. En 2020, les Démocrates voteront largement par correspondance, or le Washington Post révèle que de nombreux Swing States comme
la Floride possèdent les services postaux parmi les moins performants du pays, ce qui pourrait altérer la tenue matérielle du vote.

Même si Joe Biden a de l’avance, le scrutin de 2020 promet d’être serré en Floride, véritable Etat baromètre : fin 2019, la Floride comptait 4 986 520 électeurs affiliés comme démocrates contre 4 761 405 électeurs affiliés comme républicains et 3 641 359 électeurs étaient non affiliés, ce vote violet de la classe moyenne dépassera une fois de plus les questions identitaires, les divers groupes d’électeurs observés ne votant pas en bloc.

Laure Pallez est tête de l’unique liste de gauche « Ecologie et Solidarité » présentée en Floride pour les prochaines élections consulaires de 2021, Nathalie Ponak figure sur cette liste.

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Etats-Unis : décryptage programmatique, vote et espoir!

Par Laure Pallez


La campagne présidentielle aux Etats-Unis a été traditionnellement lancée après le week-end du labor day (la fête du travail début septembre) et nous voilà à un mois de l’élection mais aussi des élections au Congrès. Une partie du Sénat sera renouvelé par tiers, la Chambre des représentants intégralement et les diverses campagnes électorales s’organisent d’ores et déjà ensemble dans un effort commun. Y compris dans les zones rurales souvent délaissées, où les démocrates ont remarquablement marqué des points aux dernières législatives de 2018, prenant le contrôle de la Chambre.

Ces élections seront déterminantes car un tryptique gagnant permet à l’exécutif de gouverner efficacement – c’est ainsi qu’en début de mandat Donald Trump a fait passer la grande réforme fiscale emblématique de son mandat et marquée par la réduction massive du taux d’impôt sur les sociétés de 35% à 21%.

Le story telling ou le narratif prend beaucoup d’importance dans la politique américaine et la décoder prend du temps. Le candidat républicain place sa politique économique au service de la sécurité et de la défense du peuple américain ainsi que du prestige et du leadership de la nation américaine dans le monde. Le candidat démocrate, lui, considère plutôt sa politique économique comme un moyen de soutien à l’emploi ainsi qu’un outil au service de l’environnement. Mais les choses ne sont pas si simples. Malgré des prises de position souvent opposées sur le fond (sauf sur la très consensuelle recherche d’hégémonie technologique américaine), l’usage de slogans simplistes est très répandu dans cette campagne. Pour les démocrates, cela se résume à “Donald Trump is a failing America” (Donald Trump est l’incarnation d’une Amérique qui échoue), alors que les républicains clament à leurs électeurs “you won’t be safe in Biden’s America” (vous ne serez pas en sécurité dans l’Amérique de Biden cf. les vives tensions et les manifestations depuis plus de 3 mois).

Depuis Ronald Reagan, le Parti républicain est rassemblé autour d’une certaine idée du conservatisme prônant un héros idéologique, Donald Trump, plutôt en anti-héros, l’incarne aujourd’hui. Mais au-delà des apparences flamboyantes, les divisions internes sont bien présentes dans le camp républicain. Le Président oscille entre les libertariens du Congrès qui s’opposent aux partisans d’une plus forte intervention de l’Etat fédéral sur le soutien à l’économie par exemple.

Le parti démocrate est davantage un parti de coalition dont le candidat Joe Biden, social-démocrate, est le barycentre aujourd’hui. Il navigue lui aussi entre les progressistes et les libéraux de son parti, avec une ouverture sur les enjeux sociétaux diffusés par son aile gauche (mais moins par Bernie Sanders inébranlable défenseur du prolétariat et non de l’intersectionnalité). Le jeune électorat citadin en est très friand.

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