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Violences policières ou violence d’état ?

Par Edmond Thanel

Comment a-t-on pu passer des embrassades et des larmes partagées d’une France debout après les attentats de Charlie au slogan « tout le monde déteste la police » ? comment a-t-on pu passer du principe de « gardien de la paix » aux voltigeurs à moto et à la BAC pour mater les manifestations ?

Les Black blocs ne sont pas arrivés avec les Gilets Jaunes. Les éléments violents qui n’ont en général que peu de rapports avec les causes ont toujours été là, profitant de la foule pour agir. Ils représentent souvent des exclus, volontaires ou pas, en mal de vengeance. Ils sont souvent bien organisés et surtout, ils sont connus ou plus exactement ils l’étaient.

Puis on a supprimé des pans entiers de renseignements intérieurs, de ceux qui, immergés partout sur le territoire, permettaient d’anticiper, de prévenir et d’empêcher très souvent que les choses ne dégénèrent au point où on le voit aujourd’hui. Certes, des bavures, il en a eu. On les a inscrites sur un calendrier et l’on y revient chaque année. Certes les contrôles au faciès existent depuis longtemps. Pourtant il fut une période ou les choses semblaient se normaliser sur des valeurs républicaines.

Si l’on devait, depuis deux ans, inscrire chaque mort, chaque éborgné, chaque blessé à vie, chaque bavure, un calendrier n’y suffirait pas.

Les policiers et les gendarmes sont-ils plus violents, plus racistes qu’avant ? Si on constate une certaine radicalisation idéologique, comme dans le reste de la société, on ne peut pas dire que les comportements soient directement liés aux convictions. Ils ne sont en outre pas recrutés en fonction de cela… normalement. Toutes les confessions, toutes les couleurs de peau sont représentées dans ces corps de métiers. Dans la police comme dans la gendarmerie c’est la république, l’ordre républicain, qui fait loi. On défend l’ordre, on ne combat pas la liberté d’expression et même on doit la protéger !

Ce ne sont donc pas les individus qui seraient collectivement responsables d’une dérive que chacun peut constater ? alors il faut le dire ; c’est le système qui a changé !

La suppression des renseignements intérieurs, de la police de proximité, la constitution de certains corps policiers, le choix de préfets davantage portés sur la répression que sur la gestion de conflit ; l’introduction des BAC et des voltigeurs au milieu des compagnies républicaines de sécurité, les stratégies de « nassage », d’encerclement, les armes utilisées et les méthodes de maitrise des individus forment un cocktail qui loin de calmer les esprits, renforcent un sentiment de profonde incompréhension et attise la colère.

La violence appelle toujours la violence. Plutôt que de la contrer on semble vouloir la provoquer ou la renforcer…volontairement ?

En 1968, la police était alors dirigée d’en haut par le préfet Grimaut. Si l’on compare la méthode de ce préfet d’alors avec celui d’aujourd’hui à Paris, on comprend la différence entre une gestion de crise et les techniques employées aujourd’hui. On ne peut que constater la dérive d’un état de plus en plus policier.

Il ne fait pas bon être policier ou gendarme. Certains se cachent. D’autres demandent à leurs enfants de ne pas donner leur réelle profession à l’école. Beaucoup se taisent et développent des dépressions quelque fois fatales.

Pendant ce temps que fait-on au sommet de l’état ? Quelles sont les déclarations du chef de l’état ou du ministre de tutelle qui laisseraient à penser qu’une remise en cause de la politique de sécurité menée depuis plus de deux ans maintenant est possible, urgente, actée ? Aucune.

La force publique est toujours légitimée par le potentiel danger que représentent ceux qui expriment leur désarroi, leur épuisement, leur colère…. Le potentiel danger est donc dans chaque Français opposé à l’abandon des services publics, à la fracture de lien, à l’injustice sociale et fiscale.

Ça va finir par faire beaucoup !

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« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » Antonio Gramsci

Par Delphine Pineda

Nombreux sont aujourd’hui les citoyen(ne)s français(es) à avoir cet étrange sentiment : ce droit politique fondamental, protégé par notre Constitution, qui consiste dans notre démocratie à pouvoir manifester son opposition et à pouvoir circuler librement en toute sécurité pour l’exercer, se réduit peu à peu comme peau de chagrin sous le pouvoir actuel.

Alors certes, la France n’est pas encore revenu aux temps où ceux aux commandes envoyaient l’armée contre leurs opposants et où les morts par centaines et parfois milliers étaient comptabilisés.

Il est cependant indéniable que, alors que nous sommes « en temps de paix », nous assistons depuis quelques mois à une sorte de bascule dans quelque chose de jamais vu depuis bien longtemps : le retour de l’emploi de la violence par l’Etat contre des populations civiles manifestant en masse.

Cet emploi de la violence est voulu, il est justifié et organisé, tant dans les discours et les mots employés par le pouvoir, que grâce à l’utilisation massive d’armes « de guerre » « à létalité réduites » et de techniques de coercition dangereuses, interdites dans pratiquement toutes les autres démocraties européennes. L’utilisation massive de ces armes et techniques de coercition a évidemment entrainé un nombre effarant et jusqu’alors inconnu de morts et de blessés parmi ceux qui ont osé exercer ce droit protégé par notre Constitution.

Après la Guerre d’Algérie : éviter au maximum le contact entre forces de l’ordre et manifestants

Cette bascule est de taille. Car il faut se rendre compte que depuis la fin de la Guerre d’Algérie jusqu’aux années 2000, tous les pouvoirs français en place redoutent plus que tout d’avoir à répondre d’un manifestant étendu sur le sol suite à une charge policière…
Ainsi en est-il de mai 1968, plus grande explosion sociale de l’après-guerre. Tout est mis en oeuvre par le préfet de l’époque, Maurice Grimaud, pour éviter un bain de sang, allant même jusqu’à écrire, dans une lettre adressée à chacun des fonctionnaires de police : « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière » et de fait cette période de révolte connait peu de violences graves et aucun drame n’est réellement à déplorer en dehors de la mort par noyade du militant maoïste Gilles Tautin le 10 juin 68 alors qu’il était poursuivi par la police.

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« Police partout, justice nulle part » (1)

Par Delphine Pineda

« Ce gouvernement, je le caractérise d’un mot : la police partout, la justice nulle part. » (1)

Cédric Chouviat, 42 ans, père de 5 enfants âgés de 3 à 21 ans est mort par asphyxie « avec fracture du larynx » suite à un banal contrôle routier effectué par les forces de l’ordre qui ont semble-t-il une fois encore fait un usage disproportionné de la force que leur octroie la République française.

« Que le ministre Christophe Castaner reconnaisse la responsabilité des policiers dans la mort de mon fils. Et qu’il ne cache pas la vérité, qu’il ne camoufle pas les faits comme ça a été le cas jusqu’à présent », a commenté, dans un entretien à un grand journal français, le père de la victime Christian Chouviat (2)…

Le fait est aujourd’hui que Monsieur Chouviat n’a pas tord et que la mort violente de son fils intervient dans un climat de défiance lourd, très lourd, à l’égard de ceux qui commandent les forces de l’ordre et gèrent l’ordre public en France.
Souvenons-nous de Zineb Redouane morte à Marseille frappée au visage par une grenade lacrymogène en fermant les volets de son appartement, souvenons-nous de Steve Maïa Caniço mort noyé un soir d’été suite à une charge policière totalement disproportionnée lors d’une joyeuse fête de la musique, rappelons-nous que depuis le mois de novembre 2018, sur 640 manifestants, 49 mineurs et lycéens, 29 passants, 116 journalistes et 33 médics, plus de 867 signalements de violences policières ont été recensés, 2 décès constatés, 318 blessures à la tête enregistrées, 25 éborgnements et 5 arrachements de mains comptabilisés par le journaliste David Dufresne (3)… et autant de classements sans suite faute de preuve ou de possibilité d’identification des potentiels coupables, notamment par absence de port du numéro permettant de les identifier, pourtant obligatoire…

Oui, le fait est aujourd’hui que à cause d’un pouvoir trop avide de briser tout mouvement contestant dans la rue sa politique et afin de pallier aux absences de réponses d’un pouvoir qui semble être sourd à toutes les revendications, peurs et angoisses qui s’expriment depuis plus d’un an dans la rue, nous sommes nombreux à avoir le sentiment désormais d’être entrés dans quelque chose de nouveau en France, quelque chose de jamais vu depuis la Guerre d’Algérie, une sorte de guérilla, de guerre, où l’affrontement physique entre la police républicaine et ceux qu’elle est censée servir et défendre est de mise. Pour la première fois depuis très très longtemps, les morts et les blessés surgissent et s’entassent à la pelle dans l’espace public français, la plupart du temps sans un mot des autorités pour les blessés et tués, sans un mot des autorités pour calmer le jeu, sans un mot des autorités pour apaiser et faire chuter et stopper une tension de plus en plus palpable entre elles et celles et ceux qu’elles violentent.

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Halte aux violences policières

Par Jérôme Grataloup

Alors que les gilets jaunes sont rejoints depuis plusieurs semaines dans les rues par les manifestations pour le climat, celles contre les violences faites aux femmes et désormais par les syndicats, la tension avec les forces de police ne redescend pas et continue d’avoir un impact massif sur les manifestants et de questionner plus globalement les droits et libertés individuelles des Français.

Des propos inquiétants du préfet Lallement aux œillères du ministre de l’Intérieur, cette situation ne peut pas perdurer car elle met en péril l’unité nationale. Il y a 15 ans déjà, les émeutes des banlieues, qui portaient déjà la voix, à l’instar aujourd’hui du mouvement des gilets jaunes, des oubliés de la République, avaient abîmé le contrat national et la devise française.

On est à nouveau amené à se poser des questions sur la volonté profonde de gouvernements qui autorisent des manifestations massives, sans jamais répondre aux demandes émises par les manifestants, et en laissant les événements s’envenimer. On l’a vu sur les Champs Elysées il y a plusieurs semaines et encore à Place d’Italie récemment. Le dispositif semble parfois avoir été pensé pour déraper, pour opposer, pour mettre les deux camps en difficulté.

Les manifestants sont gazés, soi-disant pour lutter contre les débordements. Certains sont visés par des tirs de LBD car on ne pourrait pas les distinguer de ceux qui « cassent ». Pourtant, en regardant les images des manifestations ou en s’y rendant, on sait qu’il est rarement difficile de distinguer des citoyens manifestants des casseurs, cagoules et casques bien vissés sur la tête. On entendrait presque le gouvernement demander aux gens d’arrêter de se rendre aux manifestations. Ce serait certainement plus simple pour eux.

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Julien Dray : « Macron se retrouve nu face à la contestation sociale » – Le Point 13/12/2019

Propos recueillis par Erwan Bruckert

Il en a soupé, alors on avait décidé, pour une fois, de ne pas lui faire la petite référence qui va bien… Mais Julien Dray lui-même, assis au fond d’un troquet du 6e arrondissement, veste noire, tee-shirt noir, pantalon noir, chaussettes noires, bretelles noires, ne peut pas s’empêcher de mentionner la série Baron noir, dont il est, en quelque sorte, le héros tant il a inspiré le personnage principal. Il faut dire qu’il n’a pas beaucoup changé depuis les années où il conseillait, plus ou moins dans l’ombre, François Mitterrand ou François Hollande.

À certains égards, il reste aussi le trotskiste qui officiait à la LCR et à l’Unef-ID, toujours prêt à donner une conférence sur l’état du monde et de l’Internationale socialiste, comme il le faisait devant ses disciples. Pour Le Point, celui qui a organisé de nombreuses manifestations, guidé Emmanuel Macron lors de ses premiers pas en politique et navigué depuis près de quarante ans dans les courants du PS donne son analyse de l’actualité brûlante. Et n’est pas loin de rêver du Grand Soir.

Le Point : Cette première question va vous rappeler vos jeunes années trotskistes : « Juju, en ce moment, comment tu vois les choses ? »

Julien Dray : (Il sourit.) À l’échelle de la planète, on vit un moment historique. Après la chute du mur de Berlin, le capitalisme a cru qu’il avait tout gagné. Il n’y avait plus de contestation, plus de système alternatif, c’était « la fin de l’Histoire ». Donc il s’est tout permis. Et tout le système redistributif construit durant les Trente Glorieuses, tout ce qui était de l’ordre de l’ascenseur social, a été progressivement brocardé. Remis en cause sans grande contestation. La social-démocratie, qui a été porteuse de ce modèle, a été incapable de le défendre convenablement et elle s’est beaucoup perdue. Ce capitalisme débridé est face, désormais, à un mouvement de contestation puissant. Les Gilets jaunes l’ont amorcé en France, ils se placent dans une vague internationale où une forme de front de classe se reforme : les petits salaires, les prolétaires fusionnant avec les classes moyennes… Parce que les classes moyennes regardent les prolos et se disent « on est en train de devenir comme eux ». Le modèle est à bout de souffle et les questions sociales s’imbriquent dans la question démocratique. Il faut regarder ce qui se passe en France, en Europe mais aussi aux États-Unis : celui qui mène la danse est un vieux papi de 78 ans, Bernie Sanders, qui fait une campagne incroyable, d’une radicalité étonnante au cœur de la citadelle ! De la même manière, l’empire céleste chinois met un genou à terre face à la population de Hongkong depuis neuf mois. Et l’Amérique latine se réveille de nouveau. Et je ne vous parle pas des exemplaires mouvements démocratiques en Algérie ou en Guinée ! Il se passe quelque chose, une phase nouvelle qui ne va pas s’arrêter de sitôt. Et elle est encouragée et diffusée par les réseaux sociaux.

Voyez-vous un lien entre les Gilets jaunes d’hier et les manifestations contre la réforme des retraites ? Continuer la lecture

Notre République à l’épreuve de la séparation des pouvoirs

Par Marianne de Chambrun

Quand le gouvernement devient autoritaire

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes en novembre dernier, des vidéos et témoignages se sont multipliés pour dénoncer les violences policières commises lors des manifestations. Si la police détient le monopole de la violence légitime, celle-ci est très strictement encadrée pour éviter toute dérive et permettre son acceptation par le peuple. Cependant, ces derniers mois force est de constater que les écarts des forces de l’ordre vis-à-vis des limites et des règles qui leur sont fixées ont été nombreux.

Une réalité connue de tous

Ces dérives violentes et autoritaires des forces de l’ordre ont été mise au grand jour et partagées grâce aux nouveaux outils de télécommunication et aux réseaux sociaux. Aujourd’hui les manifestants défilent portable à la main, caméra allumée pour se protéger des exactions de notre police et avoir les preuves nécessaires à leur défense s’ils devaient en être victimes. Les preuves s’accumulent et malgré le déni du gouvernement peu sont ceux qui restent dupes. Le gouvernement a fait délibérément un usage démesuré de la force pour mater un mouvement social et diffuser la peur au sein de la population.

Une justice prompte à punir les manifestants violents

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