Archives par étiquette : Macron

Churchill, Macron et les Français.es

Par Daniel Goldberg

Ainsi, 37 millions de citoyens ont écouté le Président de la République lundi soir. C’est dire si l’attente était forte et les questions sur toutes les lèvres.

Comment en est-on arrivé là ? Comment et quand va-t-on en sortir puisqu’un corps social désocialisé ne peut vivre normalement ? Et plus largement encore, comment nos pays industrialisés, la France, mais pas seulement la France, des pays développés, qui se vivaient comme protégés des évènements les plus graves de la planète, connaissent-ils une telle catastrophe sanitaire, doublée de conséquences économiques et sociales d’une force destructrice insoupçonnée ?

Dans un premier temps, il fallait donc parler, délaisser le kaki guerrier pour tenter d’apaiser, avoir un mot pour chacun et donner à tous une perspective de sortie du confinement avec cette date du 11 mai qui, en réalité, a été le seul point précis de l’intervention. L’exercice a été plutôt réussi dans la forme, en balayant l’ensemble du spectre social, et en donnant une date possible de sortie du confinement, sans doute nécessaire pour chacun puisse commencer à se projeter dans l’après. Néanmoins, le nombre de questions non réglées par cette intervention risque de semer plus de doutes que de certitudes.

Personne ne sait précisément en quoi consistera aujourd’hui ce 11 mai, ni pour les écoles, ni pour les commerces, ni pour l’ensemble des entreprises, et, faut-il le rappeler, ni pour le nombre de masques, de blouses, de gels, de tests et peu sur leur doctrine d’utilisation.

Mais disons aussi, pour être juste, que, notamment pour les enfants des classes moyennes et populaires, la rupture éducative devenait intenable sans possibilité de reprise, même partielle des cours avant l’été. Elle demandera bien des compétences aux enseignant.e.s et une organisation robuste des collectivités locales. Par la suite, la possibilité de « vacances studieuses », en juillet, pourra aussi être aussi envisagée, sur la base du volontariat.

On prête à Lénine qui avait su, lui aussi, faire sa Révolution de 17, puis « se réinventer lui-même » une fois le pouvoir conquis, d’avoir pensé que « la confiance n’exclut pas le contrôle. » Et donc, s’il faut accorder par principe la confiance dans ces temps plus que difficiles à ceux qui nous gouvernement, le contrôle préalable à cette reprise scolaire, dans ses modalités très précises est une nécessité pour assurer son fonctionnement sans faille et pour rassurer les parents comme les personnels.

On nous prédisait un discours « churchillien » qui viendra sans doute plus tard, dans la recherche maintenant éperdue d’une union nationale afin d’effacer les multiples errements de ce quinquennat, aujourd’hui vide de tout repère, de toute réforme aboutie, et du moindre consensus social nécessaire pour porter le pays vers l’avenir. Il sera temps de dire en quoi cette impasse politique est sans issue pour le pays.

En attendant, le vrai Churchill, énonçait le 2 mai 1935 à la Chambre des Communes, alors sur le réarmement de l’Allemagne, quelques vérités : « Manque de prévoyance, refus d’agir quand l’action aurait été simple et efficace, manque de suite dans les idées, délibérations confuses, jusqu’à ce que l’urgence vienne frapper sa note discordante – tels sont les éléments qui concourent à l’inlassable bégaiement de l’histoire. »

Près de 85 années plus tard, certes sur un autre sujet, ces mots retrouvent leur actualité

https://www.facebook.com/groups/171451933557529/
Vous souhaitez recevoir La Lettre l’Engagé(e) directement dans votre boite mail ? Envoyez-nous un mail à l’adresse suivante : lengagee.lettre@gmail.com

Comme un air de crise… – Edito lettre n°69

Par Julien Dray 

La fronde du candidat VILANIE à Paris qui retourne la méthode Macron à son concepteur. Les départs de députés LREM à l’assemblée. Les affaires de plus en plus nombreuses touchant des proches ou des ministres. Les nominations autoritaires semant le doute. Les ingérences dans le déroulés de la justice, les comparaisons historiques hasardeuses (pour le moins). Les frasques et les interventions parfois grotesques des portes paroles du pouvoir. Les démissions d’adhérents qui ont cru à un mouvement démocratique. Tout cela ajoute à la distance de plus en plus importante entre le sommet du château et ce que l’on doit considérer aimablement de tout là haut comme la basse cour.

Les journées sont longues en Macronie. On a beau tenter de remplacer une information par une autre, on ne rend pas moins visible la rupture consommée entre le pouvoir et le peuple de France.

On a beau diversifier les déplacements, les évènements, les détournements, les déclarations, les mises au point ; rien n’efface la perte de confiance. Une perte de confiance qui s’étend maintenant à plus de deux tiers des citoyens français et qui semble durable.

On a beau user de la méthode Coué pour faire illusion sur des résultats positifs, sur des avancées économiques, rien ne détourne les français de ce sentiment d’injustice qui ronge le quotidien, qui alimente la peur de l’avenir pour soi-même et pour ses enfants.

C’est bien au modèle singulier issu de la révolution, du conseil national de la résistance, auquel les français sont attachés. Ils l’ont chevillé au corps. La politique du mépris, de la régression sociale, du creusement des inégalités, de la marche forcée vers un libéralisme économique qui s’affranchie de toute humanité, a été un révélateur. Personne n’est dupe. On comprend bien l’objectif : assimiler la France au modèle anglo-saxon. Nous avons une autre histoire. On ne peut pas réformer notre pays contre sa population.

Et si on le fait, coûte que coûte, alors on s’expose à revitaliser l’esprit de résistance d’une façon ou d’une autre.

Emmanuel Macron est face à lui même. Chaque jour le ramène aux limites de son discours. Un discours souvent brillant devant un auditoire sélectionné mais qui se traduit toujours par des réformes de plus en plus orientées à droite.

De ses discours de politique on ne retient donc plus rien. On entend par contre ce qu’il dit de son peuple, souvent depuis l’étranger. C’est ce qui apparaît comme l’orgueil d’un solitaire. C’est l’autoritarisme et les violences policières qui prennent le pas sur le besoin de sécurité. C’est la propagande d’un optimisme auquel on ne croit plus. C’est la certitude sur-jouée qui génère du rejet. C’est le monarque omnipotent qui prend la place du président. Les français n’en veulent pas, n’en veulent plus pour 70% d’entre eux.

Il voulait préempter les municipales comme il a préempté la présidentielle. Il voulait poursuivre son travail d’élimination, d’extinction, de la droite et de la gauche pour ne donner le choix qu’entre lui et le pire. A trop vouloir jouer sur son unique levier de légitimité -la faiblesse de l’opposition- il pourrait bien participer à la ressusciter. Nous ne saurions nous en plaindre à gauche, nous qui tardons trop à retrouver les bases d’une unité salutaire.

Il y a comme un air de crise. Comme une voix inaudible prêchant dans le désert. Qui du peuple ou du président auront raison d’une politique déjà usée…jusqu’à la corde ?

 

https://www.facebook.com/groups/171451933557529/
Vous souhaitez recevoir La Lettre l’Engagé(e) directement dans votre boite mail ? Envoyez-nous un mail à l’adresse suivante : lengagee.lettre@gmail.com

Quand le Président tourne le dos à la France! – Edito Lettre n°67

Par Julien Dray 

Seul un rassemblement massif à Paris, constitué de citoyens de tous secteurs, publics ou privés ; de tous niveaux sociaux, culturels ; venus de toutes les régions de France peut encore permettre une prise de conscience de l’exécutif.

Nul ne peut plus douter aujourd’hui des réels objectifs d’Emmanuel Macron. Il veut passer en force sur la réforme des retraites. Il veut faire passer pour du courage politique, une obstination qui tourne à l’obsession ! Il ne reconnaitra pas avoir élaborer un projet à la fois inique, injuste et très inégalitaire. Il ne lâchera rien à la CFDT qu’il promène et avec qui il joue comme un chat avec une souris.

Pire, il n’entendra pas la colère, l’exaspération, la désillusion du peuple qu’il est sensé représenter. Il a fait de ceux qui font grève et/ou manifestent justement au nom de cette colère collective, de cette exaspération, de cette désillusion…des ennemis. Il cherche à les isoler, à les réduire, à les humilier par tous les moyens possibles y compris par la violence.

Tel un enfant gâté de la république, un héritier divin de la monarchie, il est certain de pouvoir imposer ce qu’il veut comme il veut. Il détourne la démocratie, se sert d’un statut taillé pour un Général au sortir de la Guerre pour tromper l’intérêt collectif et le transformer en enrichissement des grosses fortunes.

Qui aujourd’hui peut se réclamer de cette démocratie ? Qui peut encore croire que notre modèle, reconnu dans le monde entier, n’est pas en train d’être taillé en pièces ?

Ce projet de réforme des retraites est emblématique d’une méthode et d’une fuite en avant. Loin d’apaiser les rancœurs, l’exécutif les renforce. Jusqu’où va-t-on aller dans le cynisme et la provocation ?

Continuer la lecture

Echec et Mat ? – Edito lettre n°66

Par Julien Dray 

Décidément quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. A l’instar de la stratégie mise en place pour le mouvement des Gilets jaunes, Emmanuel Macron persiste et signe. Le triptyque : discrédit des acteurs ; consultation biaisée et répression ne fonctionne pas davantage pour la réforme des retraites que pour l’ensemble des crises sociale, démocratique et institutionnelle que nous connaissons.

Malgré la complicité active de certains médias, le pouvoir ne parvient plus à reprendre la main. Ainsi après un mois de la plus importante grève depuis 1986, plus de 60% des français la soutiennent. Pire, c’est aujourd’hui 75% de la population qui se positionne contre la retraite par point.

L’allocution du président de la république au soir du 31 décembre n’y a rien changé. Très peu suivie, elle a suscité au mieux des doutes, au pire de la colère.

On a voulu réduire ce conflit à un match entre Emmanuel Macron et la CGT. On a voulu opposer Public et privé, régimes spéciaux et régime général. On a tenté d’amadouer certaines organisations, certains acteurs de certains secteurs sans jamais atténuer la défiance. La position des salariés de l’Opéra de Paris est, à ce titre, révélateur ! En refusant le piège tendu par l’exécutif -nous allons nous en sortir et ce sont les autres qui trinqueront- ils démontrent leur solidarité avec les générations à venir et avec l’ensemble des français.

La colère ne s’éteint pas et même elle se développe. Le président ne semble pas avoir compris qu’il ne s’agit pas d’une catégorie de la population ou d’un syndicat qu’il faudrait mettre au pas pour faire passer son dangereux projet. C’est bien la France des oubliés qu’il a en face de lui. C’est à dire les 80% de ceux à qui il enlève petit à petit la protection d’un modèle social unique pour satisfaire la très minoritaire communauté des premiers de cordée.

A la notion de courage que l’on attribue quelque fois à ce jeune monarque, nous préfèrerons toujours la définition qu’en faisait Jaurès : « La courage, c’est de chercher la vérité et de la dire… » La vérité se trouve ici, dans la vraie vie. La vie de celle et ceux qui depuis plus d’un an alertent, revendiquent, expriment leur « ras le bol ». La vérité se trouve dans les fondements de notre république depuis la révolution jusqu’à aujourd’hui.

L’obstination n’est pas le courage. La fuite en avant n’est pas le courage. La poursuite aveugle d’un projet qui de contestable est devenu inutile, inique et destructeur ce n’est pas le courage.

Continuer la lecture

« Qu’ils aillent manifester en Pologne ! » ou comment l’acte 2 est une mauvaise réécriture du 1e

Par Daniel Goldberg

Dans toute bonne pièce de théâtre, l’acte 2 doit permettre à l’action de se développer, aux personnages de s’approfondir et à l’intrigue d’explorer de nouveaux contours. Au lieu de cela, malgré un certain ripolinage fait d’écoute de façade, le pouvoir se raidit à nouveau, dans la seule optique d’appliquer un programme qui ne supporte aucune contestation, ni même évaluation contradictoire.

Et, pour tout dire, ce « Qu’ils aillent manifester en Pologne ! » ressemble furieusement au « Qu’ils mangent de la brioche » de notre histoire.

Continuer la lecture

Une fiscalité Louis-philiparde !

10 mai 2018

par Frederic Scanvic

C’est entendu il n’y a rien de plus aride que la fiscalité. Mais la fiscalité est aussi l’une des questions les plus politiques qui soit. Dans un pays où les prélèvements obligatoires représentent 46 % du PIB et les dépenses publiques 57 % c’est le premier outil de la redistribution.

Alors qu’est ce que la fiscalité de Macron nous dit de sa politique, de sa vision de la société, de l’idée qu’il se fait de la redistribution ?

Comme souvent depuis un an la cohérence du propos n’est pas aisée à identifier. Au delà des mots (moderniser la société, sortir du chômage de masse…) on peine à voir une politique fiscale se dessiner. et encore moins une politique fiscale juste!

Ce que l’on voit c’est le service à une clientèle : celle des plus aisés.

On commence par la suppression de l’ISF et son remplacement par une taxe sur les seuls actifs immobiliers non affectés à l’activité professionnelle de leur propriétaire.
Le cadeau est de près de 3,4 milliards par an ce qui, en soi, en dit long sur le propos dans un contexte de finances publiques tendu.

Au delà il y a le message politique : Il vaut mieux imposer les salaires et la consommation que la richesse. Le spéculateur serait plus utile à la société qu’un salarié.

Malgré une crise du logement structurelle on en arrive même à désigner les investisseurs immobiliers comme des rentiers inactifs On maintient ainsi le plus haut niveau de taxation de toute l’union européenne (4,6 % contre 2,5% en moyenne européenne).

On poursuit avec la « flat tax » mot anglais qui signifie en réalité ; fin de la progressivité dans la taxation des revenus du capital alors que celle-ci reste la règle pour les revenus du travail. Comme le souligne avec humour la communication du gouvernement tout le monde bénéficie de la « flat tax ».

Encore faut-il avoir des revenus du capital !
Encore faut-il ne pas se situer au dessous de 20000 euros de revenus par an, la réforme entraînant alors une hausse de taxe de 2% environ) de même que pour les revenus financiers des personnes non imposables à l’IR.
Encore faut-il souligner que plus on a de revenu plus on bénéficiera de la mesure!

Le coût estimé par Bercy est de 1.9 Milliards par an. L’OFCE chiffre le cadeau à 4 Milliards ; certains économistes, intégrant les opportunités d’optimisation fiscale vont jusqu’à 10 Milliards.

Ce qui est certain c’est que 44% de l’avantage global profitera au 1% des ménages les plus riches.

On finit avec la suppression de « l’exit tax » qui consistait à taxer les plus-values réalisées en France par des exilés fiscaux.

Le débat sur le coût est évidemment secondaire (le but de cette taxe étant de dissuader l’exil si elle réussissait son rendement serait nul) mais la encore le message politique : il ne s’agit pas de supprimer une taxe qui pèse sur la création ou sur le travail ; il s’agit de supprimer une taxe qui pèse sur des plus-values réalisées et non latentes.

Au delà du total impressionnant de cadeaux fiscaux c’est le symbole qui compte : non pas un signe d’encouragement à la création de valeur mais une prime à la rente.

On avait cru élire De Gaulle et on se retrouve avec Guizot.

Du côté de ceux qui ne sont pas rentiers les avantages relèvent largement des promesses de gascon.

La suppression de la taxe d’habitation qui bénéficie d’abord à 80% des français puis, à tous coûtera près de 20 Milliards par an.Ce n’est pas une recette d’Etat mais une recette des communes. Il faudra donc la financer.

On a tout entendu depuis un an : une ministre a annoncé un nouvel impôt de remplacement, un rapport repris par le ministre évoque un bonneteau fiscal (les départements financeraient et l’Etat les compenserait en finançant pas une baisse des dépenses publiques) alors que premier budget de l’ère Macron se traduit par une hausse des dépenses publiques, que le déficit structurel reste au dessus des 3% cette promesse de vertu ne trompera que les gogos.

La réalité sera que les communes augmenteront la taxe d’habitation sur les résidences secondaires et les taxes sur le foncier bâti et non bâti qui sont leurs autres ressources.

La révision des bases locatives, assiette du foncier bâti, permettra de compléter le manque à gagner. Les départements baisseront les budgets de l’aide sociale ou des transports scolaires…

Il y aura un impôt de plus pour compenser celui qui vient d’être supprimé.

La seconde mesure supposée bénéficier aux petits et moyens revenus est l’affaire du basculement des cotisations sociales sur la CSG. Elle se fera en deux fois la première en fin d’année de sorte qu’il sera bien difficile (année d’instauration du prélèvement à la source de surcroît) d’identifier clairement l’avantage.

Les rentiers ont eu l’ISF, la flat tax et la fin de l’exit tax, tout de suite et en une fois. Les salariés auront peut-être, demain ou après demain, si l’on est très optimiste une amélioration de leur pouvoir d’achat, en deux fois…

On connaît de plus les perdant : une large majorité de retraités précisément 7 millions sur les 14. Millions.

Emmanuel Macron leur dit benoîtement : c’est normal vous êtes des privilégiés grâce à une protection sociale généreuse et il vous faut maintenant être solidaires des jeunes actifs.

Mais quelques jours plus tard c’est l’annonce d’une nouvelle taxe : un nouveau lundi de pentecôte qui est en réalité une taxe sur les salaires de 0.5 % environ (on fait travailler les salariés 1610 heures pour un salaire de 1603 heures) au nom de la solidarité avec les personnes âgées dépendantes.

Là encore le message est clair : Les impôts supprimés pour les rentiers le sont définitivement ; Les « avantages » accordés aux revenus du travail sont précaires car il faut les financer.

Comme le disait récemment un économiste on pensait que Macron était un social libéral : il apparaît clairement pourtant de moins en moins libéral (il privilégie la rente plus que la création de valeur ; ce que confirme l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) pour qui les 5 % de ménages les plus riches ont capté jusqu’à présent 42 % des gains liés aux réformes) et manifestement il est « en même temps  » de moins en moins social!

Frederic Scanvic

 

https://www.facebook.com/groups/171451933557529/
Vous souhaitez recevoir La Lettre l’Engagé(e) directement dans votre boite mail ? Envoyez-nous un mail à l’adresse suivante : lengagee.lettre@gmail.com