Archives de catégorie : Yoan Hadadi

« De la République des startuppers à Stranger Things, la crise sanitaire et ses effets »

Par Yoan Hadadi


Emmanuel Macron est Président de la République. Ses attributions sont encadrées par le titre II de notre Constitution. A l’article 15, il est notamment dit « le président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale ». Emmanuel Macron est Président de la République et de ce fait, Commandant en Chef des armées. Depuis son entrée en fonction, il semble très attaché à cette prérogative et ne manque jamais d’user des termes de « guerre », « de théâtre d’opération », etc.

Ainsi, la crise du Covid est une guerre et désormais, le confinement doit s’appeler « le couvre-feu ». Malheureusement, si l’on prend un peu de distance avec les événements, force est de constater que l’usage choisi de l’expression « couvre-feu » apparait bien plus comme un contre feu que comme l’un des éléments d’une stratégie, d’un plan de lutte.

Le « couvre-feu » en œuvre est une tactique d’urgence pour essayer de diminuer autant que possible le nombre de personnes touchées par le Covid. A l’instar du confinement de mars dernier, c’est une décision prise parce qu’aucune autre n’est plus possible, parce qu’on a laissé filer le temps et les capacités d’action se sont amoindries avec. 7 mois se sont écoulés depuis mars 2020. Le Président et son gouvernement ne semblent pas avoir appris de la première vague et des décisions de gestion pourtant basiques face à la crise ne sont pas prises.

Par exemple, la Réserve Sanitaire dont on a fait grand cas et autour de laquelle on a fait grand bruit au début de la séquence a totalement était zappée. Quid de celles et ceux qui se sont présentés répondant à l’appel et que l’on a dû renvoyer chez eux parce qu’ils n’étaient plus opérationnels ? Les a-t-on formés, les a-t-on remis à niveaux, eux qui n’avaient plus exercés depuis plusieurs années et qui ne savaient plus poser une perfusion ou faire une prise de sang ? D’ailleurs, combien sont-ils numériquement, comment sont-ils répartis sur le territoire, quel est leur emploi réel dans la lutte contre la pandémie ? Autant de questions sans réponse. Il s’agit des questions que toute personne en situation de commandement se poserait. N’importe quel manager se demanderait de quel effectif et de quelles compétences il dispose pour remplir des objectifs. Mais, pas là. Jupiter ne répond pas aux questions. Il frappe avec la foudre.

En tout état de cause, nous observons que cette crise se poursuit et que la pandémie ne recule pas. Elle se prolonge de plus en plus fortement sur les champs économiques et sociaux. Les plans de suppression d’emplois pleuvent comme à Gravelotte. Les français ont de plus en plus les pieds pris dans la boue de ce champ de bataille et les perspectives immédiates sont floues. 1 français sur 3 a vu sa situation financière se dégrader. Ce chiffre monte à près de la moitié des artisans et salariés du bâtiment ou des aides à domiciles, autant de professions essentielles dans cette période. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, sur les 100 milliards du plan de relance, à peine 0,8% seront consacrés aux personnes en situation de précarité. Là, où le gouvernement accorde un soutien inconditionnel aux très grandes entreprises, il ne porte qu’un regard en coin sur les classes moyennes populaires. Aucune réponse aux jeunes, notamment étudiants qui ont perdu leur job d’appoint, aucune réponse aux intermittents du spectacle interdit de travailler, aucune réponse pour ceux qui ont vu leurs CDD s’interrompre et ne pas reprendre, aucune réponse pour les mères isolées et les jeunes parents intérimaires, aucune réponse pour celles et ceux qui ne savent plus de quoi demain sera fait, pour tous ces français passés dans l’espace-temps où l’on vit au jour le jour avec la crainte du lendemain. Rien pour les pauvres, c’est le credo visible de ce pouvoir. Au pays de Jupiter, la foudre frappe d’abord les français les plus fragilisés. Nous en voyons une aggravation violente pendant cette crise sanitaire.

Il reste les mots aussi de cette fin d’intervention présidentielle où interrogé sur l’augmentation du minima sociaux, le Commandant en Chef aura répondu en somme : « que les pauvres retournent travailler ».

Lors de l’élection de 2017, on nous avait vendu la République des experts et des managers nouvelle génération. On allait voir ce qu’on allait voir, les startuppers prenaient le pouvoir et le récit serait sensationnel, avec des émotions, des rires et une jolie fin. Les années passent et on a le drôle de sentiment de se trouver dans un épisode d’une série hybride, à mi-chemin entre « Outlander », « Stranger Things » et « 3% ».

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« Les 863 de Béthune »

Par Yoan Hadadi


863. 863 personnes. 863 familles. 863 salariés dont les emplois avant vont disparaitre après la décision « irrévocable » de la direction de Bridgestone.

A ce nombre, il faut ajouter les centaines d’emplois indirects dans une région rarement épargnée par les soubresauts de l’économie de marché. A Béthune, on connait la chanson et la valse des ministres qui se succèdent. Ce refrain entonné régulièrement par les pouvoirs publics, toutes tendances confondues. Mais, il demeure cette petite musique de l’espoir. Ces scenarios alternatifs de reconversion du site dont nous ne pouvons qu’espérer qu’ils ne soient pas simplement des éléments de langage au service de la communication gouvernementale.

Peu importe que le groupe Bridgestone ait réalisé 2,5 milliards d’euro en bénéfices nets pour l’année 2019, la décision a été prise sans sourciller. A chaque fois, c’est la même rengaine. Une fermeture, quelques visites de personnalités politiques de premier plan, des promesses, de l’argent public est même investi (on parle dans cette affaire d’une promesse de 100 millions d’euro de l’Etat et des collectivités pour permettre de reconvertir l’usine). Puis, on ferme le ban. Les familles restent. Leurs enfants viendront après eux.

A une époque pas si lointaine, on poussait la mauvaise farce jusqu’à installer des parcs d’attraction en lieu et place des anciennes usines. Là où plusieurs milliers de personnes s’activaient à gagner des salaires faisant vivre des familles entières, on créait quelques emplois précaires pour amuser la galerie. Nous avons ainsi eu notre lot de schtroumpfs en Moselle. Cependant, les larmes ont rapidement remplacé les rires. Ici, les murmures de la révolte ne se seront dissipés qu’à la faveur de la proximité de Luxembourg et de son modèle économique permettant à ce petit pays d’en faire vivre plusieurs. Mais, tout le monde n’a pas la chance de vivre à la frontière ouverte d’un monde globalisé.

La question doit désormais être posée directement et sans emphase : la France a-t-elle une vision à long terme pour son industrie et les près de 3 millions de personnes qui y travaillent ?

La crise sanitaire en cours a démontré les problèmes concrets soulevés par l’affaiblissement du secteur industrielle. L’incapacité à produire des fournitures aussi basics que des masques, des gants et des sur-blouses n’est pas un hasard, mais le fruit de plusieurs décennies de choix stratégiques. Une économie reposant sur une sectorisation avec 3 emplois sur 4 dans le tertiaire (76%) et moins de 0,5 emplois sur 4 dans l’industrie (13, 8%) présente-t-elle un projet de société satisfaisant pour l’ensemble de ses citoyens ? Cette économie permet-elle de garantir des emplois stables, des salaires décents et un ensemble de protections sociales dignes ? La réponse des actuels salariés de Bridgestone, de la verrerie Duralex, de General electric de Zodiac, de Comatelec, de Latécoère, … et avant eux d’Arcelor Mittal, de Continental ou de tous les autres, ne fait aucun doute.

Le modèle économique français du tous services ne permet pas un développement durable dans un contexte environnemental d’urgence climatique. Un grand débat public doit s’ouvrir sur le modèle économique de la France dans l’Europe afin d’affronter le présent et de définir la stratégie pour les 5 prochaines décennies reposant sur trois piliers : justice sociale, émancipation individuelle, développement environnemental.

Les 863 de Béthune n’attendent pas des promesses et tours de chants, ils veulent des résultats. Ici et maintenant.

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Nous, engagé.es à gauche

Par Yoan Hadadi

A son tour, L’Engagé.e va prendre sa pause estivale. L’heure est aux réflexions dans un paysage politique qui se contracte, se rétracte et se morcèle. Dans un contexte global où les violences se font jour dans tous les pays et à tous les niveaux de nos sociétés.

La Chine prend possession du consulat américain à Chengdu… en réponse à une mesure similaire à Houston. Pendant ce temps, Trump ne porte pas de masque et les USA enchainent les records morbides face au Coronavirus. En France, les records tragiques s’annoncent aussi pour la rentrée : 5000 emplois directs en moins chez Airbus, d’autres encore à AirFrance, Sanofi, Nokia, Smart, Cerdia, Daher, Mecafi, OpenSkies, Technicolor, Conduent… et dans toutes ces entreprises qui ne feront pas la Une des médias. Ces PME et TPE menacées dont on ne parlera pas au 20h, mais qui draineront aussi leurs lots de souffrances. Pas une région française ne sera épargnée par la crise économique. Près de 800 000 emplois sont directement menacés en France d’ici à décembre prochain. 6 mois d’angoisse pour des dizaines de milliers de familles. 6 mois de luttes sociales. 6 mois sans savoir de quoi sera fait demain.

Hier, le Gouvernement a largement échoué dans sa gestion de la crise sanitaire comme une suite logique dans un système institutionnel de plus en plus incapable de répondre aux enjeux de notre époque. Nos concitoyens ne se trompent plus et rejettent massivement ce régime pour ce qu’il est : faible avec les forts, fort avec les faibles. Inapte à servir le peuple. Dans le même temps, nos concitoyens ne s’éloignent pas de l’intérêt général, eux qui donnent de leur temps et de leur argent au monde associatif, eux qui tentent de prendre soin les uns des autres dans un monde rongé par l’individualisation et parfois le repli sur soi. Si nous en doutions, il suffit d’observer ces belles initiatives solidaires menées tout au long de ces long mois de confinement. Mais la politique, c’est fini. Hier, 58, 4% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. La pandémie sera placée dans les premiers facteurs d’explication. Sans doute. Mais, quiconque ouvrira ses oreilles dans les files d’attente des commerçants, sur les plages, dans les cafés ou dans les transports comprendra que ce facteur apparait comme une explication faible et un bouclier bien maigre en défense des institutions de la Ve République.

Hier, 28 000 000 de françaises et de français ont fait le choix de ne pas voter. C’est bien la démocratie qui est en question. En conséquence, un démocrate ne pourra pas se contenter de parler de « désaffection » de nos concitoyens pour la politique face à un tel rejet, aux questions et aux risques soulevés. Un militant socialiste, fondamentalement et viscéralement attaché aux principes d’expressions et de participations citoyennes, encore moins. Pourtant, ce mot revient dans la langue pour définir le niveau d’abstention. Par cet effet, l’abstention ce ne sont plus des citoyens mais une entité indéfinie, abstraite et absurde. En cela, il est l’expression d’une mécanique implacable au service d’une stratégie reposant sur le postulat suivant : « Seuls ceux qui votent nous intéressent, les autres n’existent pas ». Partant de ce principe, est mise en application une équation par laquelle il s’agit de faire la somme des votes de gauches sans se soucier de ceux qui ne votent pas. Peu importe les valeurs, les idées et les projets, il faut additionner. Additionner pour espérer sauver quelques postes. Alors, si la mode est au vert, on se range derrière le vert. Sans autre réflexion. A ceux, parmi les militants de gauche, qui regardent de trop près, on murmurera qu’il ne s’agit que d’une technique de camouflage en attendant des jours meilleurs. A ceux qui demandent explicitement une profonde remise en question sur ce que devrait être le socialisme dans un contexte populiste, de fractures et d’injustices sociales on répond : « râleurs ! ». Aux camarades qui exigent l’élaboration d’un projet politique, on ne prendra même pas la peine de répondre. Des engagements semblent déjà pris ailleurs. Sans concertation, c’est décidé parce que c’est la mode, il faut se ranger derrière les verts.


Cette logique de repli est dangereuse. Elle laisse de côté les classes populaires qui n’ont pourtant eu de cesse que d’essayer de se faire entendre depuis des mois. Dans cette atmosphère, Laurent Joffrin lance une bouffée d’oxygène. Une initiative pour poser les bases d’un projet politique de gauche. Un projet qui ne soit pas fermé sur soi, ni traversé par les dérives dogmatiques et téléologiques de sectes autoproclamées centrales à gauche. Certes, le texte d’appel porté par près de 130 personnalités morales et intellectuelles de la gauche française apparait encore tiède devant l’ampleur de la tâche. Mais, prenons le pour ce qu’il est : un commencement. Par le verbe, ces camarades nous invitent au débat, c’est-à-dire à l’exposé de nos désaccords réels pour élaborer ensemble un chemin de gouvernement. Les mots sont posés, place aux actes.

Nous le disons clairement, il faut bouger sans attendre ! L’heure n’est plus au jeu de cache-cache en vue de la prochaine élection présidentielle. Elle est à la transparence et à la précision. La vraie morale ne s’occupe pas de ce que nous pensons et voulons, mais de ce que nous faisons.

La gauche doit se trouver un projet en redéfinissant son socle de valeurs. Tous les militants de gauche, sans distinction, socialistes, communistes et écologistes de gauche, doivent pouvoir s’autodéterminer dans un Congrès unitaire des forces de la Justice et du progrès social. Un débat, un vrai par un ersatz vernis médiatiquement par quelques éléments de langage, un lieu où l’on pose les désaccords sans compromission pour parvenir à une convention. Un programme commun.

Refondation, dépassement, peu importe les mots, il faut ouvrir les portes et les fenêtres, tendre la main à toutes celles et tous ceux qui veulent s’engager pour un monde solidaire.

Fier.e.s et libres, engageons-nous !

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Des masques et des tests pour tous !

Par Yoan Hadadi


Les dernières semaines ont été marquées par les prémices d’un débat autour de la notion de tracking. Dans le cas présent, une application serait lancée par le gouvernement afin de conserver les différents contacts établis entre individus permettant d’établir une véritable traçabilité humaine. Sans entrer dans la technique, le gouvernement français pencherait pour le modèle technologique Bluetooth, notamment retenu par Singapour. Il serait dès lors possible d’alerter toutes les personnes ayant été en contact avec un individu contaminé par le covid-19.

Cependant pour avoir un impact, ce type d’approche implique deux éléments majeurs. Qu’au moins 60% de la population utilisent l’application en l’installant sur son smartphone (ce qui suppose de posséder ce type d’appareil) et que des tests massifs soient mis en œuvre afin de procéder à l’isolement des personnes contaminées.

A ce stade, nous constatons que la France ne remplit pas au moins l’une des conditions puisqu’elle se trouve malheureusement dans l’incapacité de procéder à des tests massifs.

L’autre condition, celle d’une large couverture, reposerait inévitablement sur le consentement eut égard aux dispositions du Règlement Général de Protections des Données. Se poserait alors la question d’un consentement éclairé et libre dans un contexte de crise sanitaire où par exemple avec certains magasins demandant à leurs clients de prouver qu’ils sont sains. Comment le faire sans l’application ?

Pourquoi, dès lors, le gouvernement envisage-t-il d’engager ce type de démarche dont les effets sur les libertés individuelles ne seraient pas sans conséquence ? Pourquoi lancer ce ballon d’essai dans l’opinion en laissant entrevoir toutes les faiblesses d’un dispositif qui n’a pas été pensé ? Ne s’agirait-il pas là de dévier le regard de nos concitoyens sur les enjeux directs et essentiels posés par la situation ?

Des masques pour tous et des tests généralisés, une véritable stratégie de sortie du confinement présentée de manière claire et garantissant l’ensemble des libertés individuelles. Que l’on apporte des réponses aux parents des enfants dont on nous dit qu’ils devraient bientôt retourner à l’école, aux entreprises que l’on incite à reprendre leurs activités, …

Quel est le protocole de sortie du confinement ?

Voilà ce que nos concitoyens attendent.

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Crise de Régime!

Par Yoan Hadadi


L’actuelle crise sanitaire que traverse l’ensemble du monde a été qualifiée de « guerre » par le Président de la République.

Pour autant, il ne semble, ni lui ni le gouvernement, agir tel que le ferait un commandant en chef dans la bataille. Par exemple, parmi les élémentaires de toute conduite opérationnelle se trouve la nécessité absolue d’être toujours en mesure de connaître l’ensemble des effectifs à disposition, leurs caractéristiques en termes de compétences, leur situation géographique, leur état de fatigue, etc. Or, s’il s’agit là d’une guerre, à aucun moment, le commandement n’a été, à ce stade, en mesure de répondre à des questions aussi simples que le nombre de personnels de la Réserve sanitaire et son emploi, le nombre de médecins de ville en activité réelle, les relations entre établissements hospitaliers publics et privés…

Il en va de même quant aux matériels et si on élargit le spectre, quant aux dispositions stratégiques de conduite de cette dite guerre. Pour le moment, le commandement n’a pas explicité son plan dont nous espérons qu’il existe.

Pour toute stratégie, le commandement a fanfaronné devant un hôpital militaire, à grands renforts d’images qui se veulent impressionnantes. Si nous saluons l’engagement et le dévouement des personnels civiles et militaires, notamment dans le déploiement par le service de santé des armées d’un hôpital de campagne dans des conditions tactiques difficiles, il s’agit tout de même de dépasser les images et déclarations pour observer la réalité qu’elles recouvrent.

Simplement deux constats. Face à une guerre, la France déploie 30 lits et n’est pas capable de procéder à des distributions de masques pour l’ensemble de sa population.

Disons-le clairement, il n’y a rien de satisfaisant dans ces observations. Personne ne saurait se contenter ni même polémiquer sur les manquements de l’exécutif actuel. Dans la bataille, nous faisons face ensemble.

Cependant, cela ne doit pas nous retirer la possibilité de questionner la situation. En ce sens, l’usage du mot « guerre » par le Président de la République aurait dû le contraindre lui et l’ensemble de l’exécutif à tenir le rôle qu’ils se sont choisi, celui d’un commandement en chef. D’un véritable Etat-major capable de définir une stratégie précise et de répondre de son action. A l’inverse, les hésitations, chaque jour plus visibles, laisseront des traces dans la population.

En effet, dans quel état psychologique va se trouver notre pays, en sortie de confinement, lorsqu’aux difficultés inhérentes à toute forme d’enfermement s’ajoutent des constats d’échecs tels que l’impossibilité pour la France de procéder à des tests massifs ou de donner un masque à chacun de ses habitants ? C’est-à-dire concrètement un morceau de papier avec un filtre en plastique et deux élastiques.

Quel sera l’état psychosocial d‘une population qui se sent abandonnée ? Les français considéreront légitimement ne pas avoir été bien protégés par ceux auxquels ils ont confié la charge d’agir en pareil circonstance. Nombreux le considérant d’ores et déjà si l’on en croit la multiplication des sondages en ce sens ou la croissance exponentielle des déclarations de mécontentements sur les réseaux sociaux.

D’autant que ces questionnements viendront immanquablement s’additionner à la situation sociale de la France avant le déclenchement de la crise sanitaire. Situation, doit-on le rappeler, dans laquelle les mouvements sociaux n’ont jamais cessé depuis le 17 novembre 2018 et l’expression visible d’un sentiment largement diffus de ras-le-bol.

Cette colère sourde, formulée de multiples manières et uniquement contenue par les forces de l’ordre avec toute les limites que l’on connait, n’a jamais trouvé de réponse politique satisfaisante de la part de l’exécutif. Toutes ses tentatives s’étant soldées soient par des échecs (exemple des réponses dites sociales aux gilets jaunes), voire par une montée en puissance du mouvement (exemple du projet de réforme des retraites).

Au total, il apparaît que la France ressortira de cette crise sanitaire laissant nos concitoyens avec un sentiment d’abandon de la part des pouvoirs publics. Une perception encore plus ressentie par les couches sociales les plus défavorisées dont l’absence de réponse en matière de politique de soins se fait d’autant plus ressentir. Il y a l’exemple du département du 93, qui malgré toute l’abnégation de ses habitants, de ses professionnels de santé ou de ses élus, présente un tableau social explosif dans cette séquence avec un nombre de malades très importants et un manque criant de structures sanitaires pour y faire face.

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