Archives de catégorie : Pierre Mazzorbo

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités »

Par Pierre Mazzorbo

Le gouvernement vient de prêter la main à une proposition de loi de Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du RAID, dans laquelle figure un article, le désormais célèbre « article 24 », qui limite la faculté de filmer l’action des gendarmes et des policiers.

Le Gouvernement, Darmanin en tête, a communiqué dans tous les sens et n’importe comment pour plaire aux syndicats de policiers en affirmant qu’il allait mettre fin aux images de policiers filmés dans l’action et diffusées sur les réseaux sociaux. L’intention de les protéger nommément du harcèlement est louable. Les policiers et les gendarmes font un métier difficile. Ils sont indispensables au bon fonctionnement d’une société.

Mais ils sont la proie d’une dérive croissante dans notre société, relayée par les syndicats de policiers qui font la course à l’échalote entre eux, la recherche de l’ordre pour l’ordre. Or, dans une république démocratique, l’ordre est au service du corps social et uniquement du corps social. La police et la gendarmerie sont instituées pour protéger la société et pas le pouvoir.

C’est le sens de l’article 12 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 « La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

Depuis que Nicolas Sarkozy a franchi la porte de la Place Beauvau, la coupure entre la police et la population n’a cessé de s’élargir. Les attentats de 2015 ont resserré la plaie. Les gilets jaunes et les témoignages filmés de violences policières à leur encontre ont réouvert cette plaie de manière béante.

Les syndicats de police ne cessent depuis d’appeler à l’ordre, au renforcement des mesures coercitives contre la société. Nous sommes d’ailleurs aujourd’hui la seule démocratie au monde où on règle la crise du coronavirus par des attestations en papier dont la contravention est passible de 135€ d’amende! La stratégie de la tension utilisée par Emmanuel Macron pour mater la révolte des Gilets jaunes ne pouvait que conduire à des excès, des heurts et un usage disproportionné de la violence. La France était louée il y a une vingtaine d’années en Europe pour sa stratégie du maintien de l’ordre à distance, qui a toujours cours en Europe du Nord. Elle était aujourd’hui brocardée pour l’usage systématique de la pression et de la tension contre les manifestants.

Les syndicats de police, comme le gouvernement qui les caresse docilement, ont oublié que dans une république démocratique, « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » pour paraphraser l’oncle de Spiderman. Le monopole de l’usage de la violence ne s’exonère pas du contrôle de celui-ci, à commencer par le corps social lui-même.

Force est de constater en France que les policiers sont plus protégés qu’aux Etats-Unis souvent pris en comparaison. Le nombre de faits signalés pendant les Gilets jaunes n’a conduit qu’à d’infimes mises à pied, sanctions disciplinaires ou judiciaires.

La police française est entrée dans une forme de cécité. Les syndicats dénoncent en permanence la détestation du flic, mais l’institution ne fait rien pour se réformer, pour se moderniser, pour accepter le contrôle démocratique nécessaire à la pacification des relations avec la population française.

Les contrôles ne s’effectuent pas. L’IGPN n’est pas une structure indépendante. L’institution ne traite pas ses brebis galeuses et ne sanctionne pas les débordements. Pire, elle réclame la présomption de légitime défense et s’abrite en permanence derrière le délit d’outrage et de refus d’obéissance.

Cette situation ne peut plus durer. Il manque à la France un Ministre de l’Intérieur, comme il lui manque un Premier Ministre depuis le départ d’Edouard Philippe. L’autoritarisme de Gérald Darmanin n’abuse personne. Il ne masque pas son absence d’autorité.

Dans une République démocratique, une institution policière mûre accepte la responsabilité, sanctionne la faute et applique la loi pour elle-même comme pour les citoyens. Nous devons retrouver ce chemin.

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« Quoi qu’il en coûte »… vraiment?

Par Pierre Mazzorbo


Le Président de la République a peur. Cela s’est senti dans son discours du lundi 16 mars sur l’épidémie de Coronavirus, où jamais il n’a employé les termes de « stade 3 » et de « confinement ». Il a peur. Peur de ses actes. Peur des conséquences de ses actes. Peur de la situation. Il est resté dans le flou et a laissé son gouvernement préciser les choses, puis l’administration détricoter les mesures annoncées. La peur est toujours mauvaise conseillère.

Pourtant le discours était plein d’espoir : « rien ne sera comme avant », « on va tirer les conséquences », « quoi qu’il en coûte », « chômage partiel pour tous »… On a cru que le virage social était enfin arrivé.

« En même temps », les injonctions paradoxales de l’Exécutif

Et comme toujours, dans le nouveau monde, les choses sont dans le « en même temps », les injonctions contradictoires. En cinq jours, la cacophonie a gagné.

Christophe Castaner commence par proclamer le confinement. Mais un confinement à trous… qui fait que les joggers se croisent à moins d’un mètre sur les quais de la Seine à Paris.

Olivier Véran, sous la pression des médecins hospitaliers, proclame « Restez chez vous »…

Mais en même temps, Castaner donne des ordres pour que les policiers ne portent pas de masque. C’est anxiogène paraît-il. Comme si cela les avait gênés que les BRAVM de Lallement portent cagoule et masque… Alors les policiers se transforment en prolétaires de la sécurité…

Et en même temps, Bruno Le Maire répète « Allez travailler ».

Et en même temps, Jean-Baptiste Djebbari ferme 50% du trafic de transports en commun.

Et en même temps, Olivier Véran continue de dire « Restez chez vous ».

Et en même temps, Muriel Pénicaud exhorte le secteur du BTP à être citoyen et à reprendre les chantiers. La FFB, fédération que l’on ne peut pas taxer d’être gauchiste, en vient à défendre ses salariés… qui sont parmi les plus exposés. Leurs bases vie ne sont pas nettoyées et désinfectées. C’est important pour les douches, les vestiaires et le coin repas. Et il n’y a pas de masques. Pas plus que de matière première livrée pour construire…

Et en même temps, Emmanuel Macron fait le fier à bras dans les hôpitaux, dénonçant les discours hypocrites des médecins qui se plaignent du manque de moyens et des coupes budgétaires dans l’hôpital public.

Et en même temps, Olivier Dussopt annonce que le jour de carence des fonctionnaires est maintenu…

Et en même temps, Olivier Véran s’époumone : « restez chez vous ».

Et en même temps, Bruno Le Maire demande aux salariés de la grande distribution d’aller travailler, mais sans garanties de protection pour eux-mêmes.

Et en même temps, en plein confinement, Jacqueline Gourault et Sébastien Lecornu demandent aux 30.000 conseils municipaux élus le 15 mars de se réunir pour élire les maires avant que le conseil scientifique finisse par dire que ce n’est pas sage…

En même temps, Agnès Pannier-Runacher répète à longueur de journée qu’il n’y a pas de contact social sur un chantier…

Par pudeur, on mettra un masque sur les déclarations de Sibeth Ndiaye.

En cinq jours, le gouvernement et l’administration auront détricoté toutes les annonces du Président Macron, en date du lundi 16 mars.

Macron, on n’en peut plus de ses « en même temps »…

Covid-19, un virus de classe!

Cette politique ressemble à L’étrange défaite de Marc Bloch… On est en guerre. Mais, Emmanuel Macron en est encore à inspecter la Ligne Maginot quand les Ardennes sont déjà débordées. Retard sur les masques. Retard sur la chloroquine. Retard sur le confinement. Retard sur le déploiement de l’Armée.

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Covid-19 : l’échec du libéralisme économique mondialisé

Par Pierre Mazzorbo

L’épidémie de Coronovirus inquiète beaucoup plus que l’épidémie de grippe saisonnière même si elle fait beaucoup moins de victimes, à ce stade. Elle renvoie à un inconscient collectif qui est solidement ancré dans nos cultures.

Les plaies d’Egypte, avec cette épidémie de bubons qui affleurent sur la peau des Egyptiens. Les grandes épidémies de peste au Moyen-Age qui ont ravagé les grandes cités prospèrent. En est resté ce masque de la comedia del Arte, du dottore della peste, le docteur de la peste, avec son long bec d’oiseau courbé que les médecins bourraient d’épices et d’herbes pour éviter d’être touché par le virus mortel. Une sorte de masque médical avant l’heure.

Le coronavirus renvoie à la même peur primale: celle de la maladie incontrôlable qui frappe de manière aléatoire sans que le remède soit clair et efficace.

Au-delà de cet aspect sociologique, l’épidémie est un reflet terrible de nos sociétés. On voit de suite quel pays a un système de santé efficace et quel pays se met en danger à cause de son organisation sanitaire. La peur qui envahit les Etats-Unis d’Amérique est très intéressante à analyser. Le test y est payant. Le système de santé américain repose sur l’assurance privée. Il y a ceux qui sont assurés dont les soins seront pris en charge et les autres, qui sont face à un choix crucial : payer ou risquer. Cette absence de système de solidarité élémentaire met en péril toute la société américaine. Ne pas pouvoir se soigner, c’est multiplier les agents pathogènes et la prolifération non contrôlée du virus.

Le coronavirus repose la question de l’organisation des Etats, de la puissance publique et du contrôle de certaines politiques par celles-ci dans un monde où tout devenait à déréguler et à marchandiser. En France, il a fallu que l’Etat réquisitionne les masques médicaux et régule le prix des solutions hydro-alcooliques pour éviter la spéculation sur les prix.

Aux Etats-Unis, l’Etat fédéral n’a pas d’autre solution que d’implorer la clémence des assureurs…

Cette crise sanitaire, à laquelle la Turquie ajoute la crise migratoire, est aussi un test pour l’Europe.

Il n’y a pas de frontières qui tiennent avec un virus qui se propage aussi vite. Les échanges quotidiens entre tous les points du monde accentuent la propagation du virus. Nous sommes nous-mêmes les agents de diffusion du virus et de la maladie.

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Du dialogue social en France

Pierre Mazzorbo


Il en va ainsi des gouvernements qui se succèdent en France… Depuis 1945, ils n’ont toujours pas appris à négocier. Cette culture de la négociation qui fait la force des démocraties sociales d’Europe du Nord est totalement inexistante dans la formation des politiques français et pire encore dans la technocratie énarchique et polytechnicienne que Macron nomme « Etat profond ».

La présente réforme des retraites n’échappe pas à la règle. Depuis le départ, la réforme ne bougera pas… Depuis le départ, l’âge pivot est un tabou qu’il ne faut pas toucher. Depuis le départ, le régime nouveau sera universel et il n’y aura aucun régime spécial…

Dans ce mauvais drame de théâtre de boulevard, l’auteur a sciemment tout mélangé pour que personne n’y comprenne plus rien : régime de retraite par points, pénibilité, âge pivot, fin des régimes spéciaux, tentation de mettre fin au cumul emploi retraites autorisé pour un certain nombre de métiers du public (gendarme, militaire, danseur de l’opéra…), besoin de financement pour la génération du baby-boom avant 1975. Ce que ne disent pas Edouard Philippe et Emmanuel Macron, c’est qu’il ne toucheront pas aux pensions des retraités du baby-boom… Il n’y a pas aujourd’hui de problème de financement pour la génération après 1975 qui arrivera en retraite quand l’essentiel de la génération des babyboomers sera passée ad patres en 2035…

Résultat, le pays se bloque, les grèves prennent… Plus d’un mois de grève! Même Alain Juppé avait ôté ses bottes avant!

Dans la méthode, on confond aussi « communication » et « négociation ». Pendant un mois, on a entendu les éléments de langage de la majorité répéter inlassablement que la « CGT bloquait le pays et est hostile à la négociation », sans que jamais, ni le Président de la République, ni le Premier ministre ne disent publiquement ce qui était négociable ou pas dans la réforme. Pour négocier, premier principe, il faut être deux. Pour négocier, deuxième principe, il faut qu’il y ait quelque chose à négocier. Et que ce quelque chose soit sur la table. Il ne suffit pas de le faire dans l’alcôve d’un ministère, en bilatérales avec chaque syndicat. Les Français ont le droit de savoir ce qui va advenir de leurs retraites, de leurs droits futurs.

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Gilets jaunes, des chiffres et des manipulations?

Par Pierre Mazzorbo

Chaque samedi, le Ministère de l’Intérieur rend son verdict sur la participation des Gilets jaunes au mouvement du jour. Chaque samedi, le verdict annonce une baisse.

Pourtant, un syndicat de policiers, proche de la CGT, donne lui invariablement une participation plus forte. Lorsque Monsieur Castaner annonçait ce samedi une participation de 51.900 gilets jaunes, ce syndicat faisait une estimation à 240.000 participants.

Les « chiffres » de Monsieur Castaner sont-ils de la pipe? Les médias donnent désormais une image en trompe-l’oeil de la mobilisation hebdomadaire. Les chaînes d’information continue ne suivent désormais que trois villes : Paris, Bordeaux et Toulouse qui sont les foyers les plus vivants de la contestation.

Ce qui pourrait laisser penser qu’il n’y a rien ailleurs.

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Une taxe GAFA, mais pour quoi faire?

Par Pierre Mazzorbo

La forteresse de Bercy est devenue comme cette formule de la Marine Nationale : « On salue tout ce qui bouge et on repeint tout ce qui ne bouge pas ». A Bercy, on taxe tout ce qui bouge et on impose tout ce qui ne bouge pas… Il en va ainsi de la taxe GAFA.

Il y a effectivement un impératif de justice fiscale, territoriale et économique à taxer les super profits des géants du numérique qui réalisent un chiffre d’affaires colossal en Europe mais échappent jusqu’ici totalement à l’impôt.

Les GAFA(M), BATIX ou NATU sont aujourd’hui les fers de lance de l’économie numérique. Ils créent de la valeur très rapidement. Ils ont une croissance ultra-rapide et agissent dans un univers où le gagnant rafle la mise. Ils ont une capitalisation boursière unitaire qui dépasse le budget de la plupart des Etats de la planète.

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