Archives de catégorie : Paul Montjotin

Amazon : l’appel au boycott ne suffira pas !

Par Arthur Courty ; Charles Adrianssens ; Paul Montjotin


Désastre écologique et social, l’entreprise, qui ne paie pas ses impôts en France, doit être régulée par de nouvelles règles communes décidées par la puissance publique. Ces règles doivent prendre en compte la réalité de l’évolution de l’économie et de la société française, de plus en plus tournée vers le commerce en ligne. Un changement anthropologique majeur, qui peut être régulé pour être mis au service de la société réelle.

« Ne nous voilons pas la face sur Amazon et le commerce en ligne »

D’abord, ne nous voilons pas la face, si Amazon fonctionne si bien, c’est parce qu’il a une vraie utilité pour l’économie réelle et les Français. On peut le regretter, mais le commerce en ligne se développe à une vitesse vertigineuse. Comme l’a souligné le député François Ruffin récemment, ne nous limitons pas à mépriser les personnes qui ont recours à Amazon. Pour les consommateurs, c’est une alternative pour celles et ceux qui veulent limiter leurs propres déplacements et/ou qui n’ont pas accès aux centre-villes et/ou refusent d’aller dans un hyper-marché. Pour de mombreux commerces et industries, il permet aussi d’écouler les produits, tel un hyper-marché virtuel.

Et il faut bien reconnaitre que Amazon crée des emplois même s’il en détruit. Comme le rappelle le député LREM et ex secrétaire d’Etat au numérique Mounir Mahjoubi pour 1 emploi créé par Amazon il y en a 2 qui sont détruits. Pourtant Amazon donne aussi du travail, quoiqu’on en dise, à des gens qui n’ont que leurs bras pour travailler. Comment blâmer qu’un territoire sinistré par le chômage et les délocalisations accepte à bras ouverts d’accueillir Amazon avec les promesses d’embauche qui vont avec ? C’est le cas par exemple de Belfort, qui après la casse sociale General Electric s’apprête à accueillir un centre de tri destiné à accueillir des activités de plateformes du web comme Amazon. Ce n’est pas le cas partout bien sûr, comme le montre la manifestation de plusieurs milliers de personnes contre l’installation d’un entrepôt Amazon à Nantes le 28 novembre 2020. C’est donc par une régulation au cas par cas que les décisions doivent être prises.

« Les vrais scandales d’Amazon doivent être sévèrement punis : ne pas payer ses impôts en France et être une menace à long terme pour notre environnement »

Dans son rapport Le Monde selon Amazon n’est pas viable (2019), Attac a évalué qu’Amazon masque 57 % de son chiffre d’affaire pour faire de l’évasion fiscale. Cela lui donne aussi une position dominante qui menace notre économie à long terme. C’est aussi du coup un enjeu de civilisation pour protéger nos savoir-faire. En cette période de crise sanitaire plus que jamais, Amazon et les GAFAM doivent être mis à contribution. C’est le sens de la proposition de Boris Vallaud et de plusieurs députés de gauche de taxer de manière exceptionnelle les géants du e-commerce pour alimenter le fonds de solidarité. Dans son rapport Le Monde selon Amazon n’est pas viable (2019), Attac a aussi évalué qu’Amazon dégage autant de gazs à effet de serre qu’un pays européen comme le Portugal soit 55,8 millions de tonnes. Quand écologie, intérêt de la France et économie font bon ménage, il ne faut pas avoir la main qui tremple. Il faut prendre les mesures fortes qui s’imposent pour pénaliser le géant américain en rapport avec les gazs à effet de serre qu’il dégage et son évasion fiscale.

« La puissance publique doit faire en sorte qu’il soit possible de consommer en ligne en favorisant les petits producteurs, les commerçants locaux et les circuits courts »

Il est possible de consommer en ligne tout en favorisant les petits producteurs et commerçants. Pour cela des ponts doivent être crées, de nombreuses applications mobiles Françaises existent et de plus en plus de collectivités y ont recours. Par exemple la région Occitanie a mis en place une plateforme en ligne accessible par l’ensemble des producteurs, commerçants et habitants afin de favoriser la consommation locale. C’est donc la preuve qu’il y a déjà des solutions opérationnelles, efficaces qui respectent les données privés et permettent de consommer local soit en livraison soit en « click and collect ». Il faut maintenant les généraliser et y faire la promotion auprès des commerçants. Car si le citoyen a pris le virage du numérique, beaucoup de nos petits commerces sont toujours à la peine et le succès de telles plateformes se construit sur l’offre présente, Amazon c’est par exemple 120 000 000 de références.

Il faut donc marcher sur deux pieds, d’une part en combattant la concurrence déloyale d’une entreprise qui ne paye pas ses impôts et taxes en France et d’autre part en facilitant la transition numérique des commerces et producteurs locaux.

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« Prenons au sérieux les conséquences psychosociales de la crise sanitaire »

Par Arthur Courty ; Charles Adrianssens ; Paul Montjotin


Laurent Berger, leader de la CFDT, a proposé le 5 novembre 2020 la mise en place d’un comité permettant de mesurer l’état psychologique des Français. Parallèle au conseil scientifique, ce dernier devrait permettre de guider et éclairer les décisions politiques à l’aune des conséquences psychologiques des Français. Si pour l’instant l’exécutif ne s’est pas prononcé sur une telle proposition, celle-ci mérite au moins de mettre en avant la face cachée du COVID-19, à savoir les conséquences « invisibles » de la gestion de la crise sanitaire sur les Français.

« Isolement, précarité, repli sur soi, charge mentale : un cocktail explosif à long terme »

Quelques chiffres qui parlent d’eux-mêmes : depuis le 17 mars 2019 les Français ont été confinés 70 jours, ce qui en fait environ 1 jour sur 3 passés lors de ces 8 derniers mois sous la contrainte de mesures grandement restrictives de nos libertés individuelles. Et ce sans compter le dé-confinement progressif de mai/juin ainsi que les divers couvre feux, interdictions de rassemblement et autres fermetures de bars/restaurants/cinémas…

Bien que difficilement mesurable dans l’immédiat, cela aura des conséquences fortes et durables sur le plan psychologique des Français et donc sur la gestion de la sortie de crise.

« Prendre en compte les inégalités face aux risques psycho-sociaux de la crise »

Car en effet, le confinement ici se double d’enjeux majeurs dans le quotidien des Français comme la garde des enfants, les inquiétudes liés à la perte de son emploi, le renoncement au soin, le mal-logement… Or, aux difficultés préalables au COVID et déjà mises en avant par les différents mouvements sociaux de 2018 et 2019, l’année 2020 vient donc ajouter une source d’anxiété supplémentaire pour beaucoup de ménages. Dans une situation où la France est déjà divisée ce cocktail isolement, précarité, et charge mentale accrue peut représenter un véritable terreau explosif pour l’après COVID.

Cela est d’autant plus vrai que les premiers impactés par les conséquences psychologiques du confinement sont, d’une part, les très précaires et, d’autre part, la classe moyenne. En effet, cette même frange de la société Française, dont sont issus les Gillets Jaunes et les quartiers populaires, se retrouvent encore une fois à cumuler les facteurs aggravants de la situation actuelle.

Car si cette crise réhabilite les emplois de ces « oubliés » de la république (caissières, éboueurs, femmes de ménage, infermières et aides-soignantes…) elle fragilise aussi énormément les couches les plus précaires (intérim, travail au noir) ainsi que les intermédiaires, ces cadres moyens, ouvriers qualifiés et autres métiers du tertiaire qui étaient jusqu’alors le reflet de stabilité du CDI proche du salaire médian.

Il est donc frappant de voir l’absence de prise en compte des risques psycho-sociaux de cette population dans les choix actuels du gouvernement. Et si aujourd’hui aucune étude fiable ne permet d’évaluer l’impact réel du confinement sur cette partie de la population il est du devoir du politique d’anticiper.

« Après le premier confinement, certains Etats ont décidé d’agir fortement pour prévenir les conséquences psychosociales de la crise sanitaire. »

Un des signes annonciateurs de ce malaise généralisé peut être trouvé dans le rapport au télétravail. Si beaucoup d’études soulignent les effets bénéfiques tant sur la productivité que sur le bien être dans le cas d’un télétravail cadré et de courte durée, l’effet sur le long terme est lui beaucoup plus contrasté. En effet, les mesures de généralisation du télétravail sur de longues périodes nécessitent une nouvelle gestion des risques sanitaires en entreprise. Avec la prise en compte des mauvaises conditions ergonomiques qui conduisent à des douleurs pour les salariés mais aussi la difficulté de différencier vie privée et vie professionnelle ainsi qu’une pression accrue des employeurs due à la disponibilité considéré comme permanente de chacun.

L’intervention de la puissance publique est nécessaire. Preuve que cela est possible avec l’Espagne, où le gouvernement de gauche, sous l’impulsion de la ministre Yolanda Diaz (Podemos), a mis en place en septembre 2020 une nouvelle loi pour encadrer le télétravail. Elle donne davantage de droits aux salariés, notamment en matière de qualité du cadre de travail à la maison et de droit à la déconnexion, et de contre-parties à respecter par l’employeur, comme la prise en charge intégrale des frais d’équipements du poste de travail à domicile et des factures de fonctionnement générées.

Pour conclure, si aujourd’hui l’enjeu majeur pour le gouvernement est celui de contenir l’avancée d’un virus qui n’en finit pas de faire des victimes, il devient plus qu’urgent de mettre en place un dispositif permettant de mesurer l’impact effectif de la crise sanitaire pour éviter que cette dernière ne se transforme en une crise sociale d’ampleur dans les années à venir.

A la sortie de crise, avoir tous ces enjeux en tête permettra aussi de rendre le plan de relance plus efficace par exemple en accompagnant davantage les acteurs de l’économie du care et du bien-être.

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« Faisons de la 5G un bien commun »

Par Arthur Courty ; Charles Adrianssens ; Paul Montjotin


Au lendemain de l’attribution des fréquences 5G, ce qui devrait rapporter à l’Etat au moins 2,65 milliards d’Euros, il convient de sortir du débat instrumentalisé opposant d’un côté une 5G confisquée par ceux qui soutiennent de manière aveugle la marche du progrès technologique et ceux qui y sont fermés. Nous ne résignons pas à faire de cette technologie un bien commun accessible au plus grand nombre.

La 5G, un enjeu à la croisée de l’écologie, du progrès, de la souveraineté et de la démocratie


Souvent réduite à son usage domestique, la 5G est d’abord et avant tout une technologie de pointe, présentant certes une valeur ajoutée limitée pour le citoyen mais offrant de vraies possibilités de progrès dans bon nombre de secteurs. Aussi, grâce à la souplesse offerte par le très haut débit, la 5G permettra d’améliorer le travail dans nos usines, de limiter les travaux pénibles et même permettre à des opérations médicales de se dérouler à distance dans les zones les plus reculées.

En cela la 5G représente une opportunité indéniable dans les usages et une vision du progrès positive, c’est donc une opportunité pour la France de réarmer son industrie, ce faisant, limiter le besoin en importation et donc in fine les échanges polluants.

En outre, si la 5G s’accompagne de la création d’un marché intérieur souverain et protégé, cela favoriserait l’émergence de champions français ou européens de cette technologie permettant ainsi de nous sauvegarder contre la mainmise chinoise (Huawei) de cette technologie. Monopole problématique lorsqu’on a conscience des enjeux géopolitiques sous-jacents.

Enfin, les incertitudes sur les conséquences environnementales (impact énergétique, santé…) de la 5g doivent être prises en compte. Gageons que le moratoire n’est pas une réponse suffisante face à l’importance à de ces enjeux. Il nous faut plutôt mettre en place une consultation citoyenne permettant le cas échéant, un retour en arrière.

Pour toutes ces raisons la 5G ne doit pas être réduite à un gadget, cependant, le débat pose de nombreuses questions essentielles à la gauche.

La puissance publique doit inscrire la 5G dans un horizon du commun

Derrière le débat autour de la 5G se cache un débat plus essentiel encore qu’est celui du progrès. Le progrès technologique est-il le progrès de l’humanité ? Cette question philosophique ne peut avoir de réponse définitive et précipitée, c’est pourquoi le politique doit disposer d’une approche intelligente et pragmatique avec les leviers qui lui sont propres pour faire concilier les deux. Autrement dit, comment mettre en place une 5G régulée bénéficiant à ceux qui en ont vraiment besoin.

Pour cela acceptons que la technologie ne soit pas l’usage, et si cette dernière permet le pire elle permet aussi le meilleur. Or, croire au progrès c’est croire que la mise en place d’une 5G permettant d’opérer à distance sauvera des vies et rendra notre futur meilleur. De plus, pour beaucoup d’entre nous la technologie est aussi une nécessité vitale et le rôle de la gauche n’est de la freiner mais de faire en sorte qu’elle profite au plus grand nombre et pas juste à une minorité. Par exemple, nous savons que les zones blanches sont un problème majeur en matière d’aménagement du territoire, en effet, le modèle urbain structuré autour de la concentration des capitaux est polluant et dense. Il est à l’image d’un monde à bout de souffle et il convient de développer des alternatives à ce dernier.

Pour cela il faut offrir à tous la possibilité de mener à bien une vie en dehors des grandes métropoles, ce faire c’est permettre le télétravail, un réseau hospitalier efficace, une mobilité de proximité retrouvée… et la 5G le permet. Alors déplaçons le débat public et demandons à ce qu’il soit fait usage de ces 2 milliards et demi d’euros pour développer la technologie dans les territoires qui en ont le plus besoin.

En parallèle de cela les vrais pollueurs du net sont les plateformes des géants du numérique, par exemple YouTube à lui seul rejette autant de CO2 qu’une ville comme Francfort. Et si le débat autour de la consommation énergétique de la 5G n’est pas encore tranché, le passage à cette nouvelle technologie doit aller de pair à une sensibilisation du public à la pollution du web qui est issue principalement des grandes plateformes numériques, notamment de streaming vidéo.

Le politique doit donc avoir le courage de réguler les usages de la 5G pour en faire un bien commun au service de tous et du meilleur.

Conclusion

Pour conclure, le débat autour de la 5G doit être raisonné et avant tout au service du citoyen. La technologie n’est pas mauvaise en soit, ce sont les usages qui peuvent l’être. C’est pourquoi lançons-nous dans cette technologie, dans un débat renouvelé et posé. Pour cela, il faut adopter des outils de régulation et d’éducation efficaces, limitons les zones blanches et surtout laissons la possibilité de revenir en arrière.

La 5G doit s’installer de manière transparente et être à l’écoute du citoyen et des usagers avec une véritable concertation de tous les instants.

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Le plan de reconstruction post-COVID19 doit être l’occasion d’un nouveau modèle de démocratie sociale et écologique

Par Arthur Courty ; Charles Adrianssens ; Paul Montjotin


« La Convention citoyenne sur le climat ne doit pas se substituer à une large consultation des Français sur le plan de relance »

La Convention citoyenne pour le climat apparaît aujourd’hui comme un rendez-vous manqué. Prenons acte qu’elle est une originalité démocratique. Les propositions qui en ressortent sont, elles, plus classiques et font la part belle à l’écologie punitive. La proposition explosive de limitation de la circulation à 110km/h a d’ailleurs repoussé au second plan l’ensemble des travaux de la Convention. Embarrassé, le gouvernement a dû la retirer avec fracas. A l’inverse, la proposition de la semaine de 28h qui avait le mérite de remettre le débat de la transition écologique de manière positive, a été enterrée discrètement par l’exécutif.

Les citoyen.ne.s tirés au sort n’ont pas démérité. Mais les contradictions des propositions indiquent que le gouvernement ne pourra faire l’économie d’un débat et d’un vote populaire pour son plan de relance. Il faut rappeler que la convention était née suite à la crise des Gilets Jaunes. Plus récemment, l’exécutif s’était beaucoup avancé sur l’importance de cette convention pour son plan de relance. Il se retrouve piégé, n’ayant pas des ambitions écologiques, sociales et démocratiques à la hauteur des enjeux.

« Une nouvelle forme de social-démocratie »

Cette situation ne fait que souligner que pour etre juste et efficace, le plan de reconstruction post-Covid doit imperativement être partagé avec les Français.e.s et reposer sur un nouvel élan démocratique. Si les choix du gouvernement ne sont pas partagés par nos concitoyen.ne.s, ils manqueront forcément leur cible et créeront de nouvelles tensions. L’abstention historique aux élections municipales 2020 confirme que nous sommes à un moment critique. La relance doit donc associer les citoyen.ne.s, les territoires et la société civile organisée.

Le plan de reconstruction peut être lui-même l’initiateur d’une nouvelle forme de social-démocratie. De ce point de vue, on retiendra de la Convention pour le climat son originalité en particulier sur le rôle du Conseil Économique Social et Environnemental. Il serait idéal de le réutiliser avec encore plus d’ambition pour le plan de reconstruction, lui même devant finir par un débat national et une approbation des Français par referundum. »

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Donnons-nous les moyens de la reconstruction écologique et solidaire de notre économie !

Par Arthur Courty ; Charles Adrianssens ; Paul Montjotin


Introduction : faire des choix forts en faveur de la reconstruction écologique et solidaire

Le Président de la République a annoncé dimanche soir dernier dans son allocution vouloir : « reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire ». Qu’est-ce que cette reconstruction écologique et solidaire implique concrètement aujourd’hui et demain ? Comment nous donner véritablement les moyens de cette ambition ? « Gouverner, c’est choisir » disait Pierre Mendes France. Pour être à la hauteur de cette reconstruction écologique et solidaire qu’il a appelé de ses vœux, le chef de l’État doit aujourd’hui effectuer des choix forts. Trois au moins sont à nos yeux aujourd’hui essentiels. Assortir d’urgence les plans de soutien de l’Etat aux entreprises affectées par la crise de véritables contreparties écologiques et sociales (1). Orienter ensuite demain l’ensemble de la politique de soutien à l’innovation et emploi vers entreprises et secteurs qui souhaitent s’engager en faveur de la transition écologique et sociale (2). Repenser à terme de fond en comble la fiscalité des grandes entreprises en fonction de leur empreinte écologique (3).

1.Assortir les plans de recapitalisation des entreprises affectées par la crise de contreparties écologiques et sociales

Les millions d’euros d’argent public injectés dans l’économie pour faire face à la crise ne doivent pas reconduire le monde d’aujourd’hui mais esquisser celui de demain. De ce fait, ce serait une erreur que de vouloir totalement dissocier les plans d’urgence de la perspective de reconstruction écologique et solidaire qu’a esquissé le chef de l’Etat : le monde de demain ne se fera pas d’un coup de baguette magique mais se construit dès aujourd’hui. Les plans de soutien de l’État aux grandes entreprises en difficulté, qui se multiplient aujourd’hui, doivent donc être assortis de véritables contreparties écologiques et sociales.

Si l’ambition écologique affichée par le gouvernement est aujourd’hui forte, force est aujourd’hui de constater que le sérieux des contreparties exigées est dans les faits très discutable. En atteste par exemple la demande adressée au secteur aéronautique de travailler à la mise en service d’un avion vert à l’horizon 2035, un objectif dont la réalisation concrète est de l’avis des ingénieurs du secteur tout simplement impossible. Le discours présidentiel doit donc désormais s’incarner dans des choix forts et crédibles en matière de contreparties écologiques. De tels choix doivent s’inscrire dans un horizon de moyen terme et ne doivent pas pour autant conduire à sacrifier brutalement aujourd’hui les principaux secteurs pourvoyeurs d’emplois.

2.Réorienter demain l’aide publique à l’innovation et la politique de l’emploi en faveur de la transition écologique et sociale

Au-delà des plans de soutien dans le cadre de la crise, l’Etat doit investir sur les acteurs qui seront demain les fers de lance de cette reconstruction écologique et solidaire. Pour ce faire, la politique de soutien à l’innovation doit être repensée pour s’inscrire dans une véritable ambition écologique et sociale. A l’image du programme French Tech 120 qui mobilise des millions d’euros pour soutenir 120 entreprises prometteurs de la Tech, la politique de soutien à l’innovation en France néglige aujourd’hui encore complètement ces enjeux écologiques et sociaux alors qu’ils doivent justement être centraux. Pour être à la hauteur de cette ambition, ce changement de cap pourrait prendre la forme d’une Banque Publique de la Transition écologique et sociale pour soutenir ceux qui feront du monde de demain.

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Le monde de demain ne se construira pas en affaiblissant l’État social d’aujourd’hui !

Par Arthur Courty ; Charles Adrianssens ; Paul Montjotin

Alors que la crise sanitaire s’achève, notre pays entre dans sa plus grave crise économique et sociale depuis 1945 qui se solde une augmentation sans précédent du nombre de demandeurs d’emplois (plus de 22%, soit 843 000 personnes, au moins d’avril). Hier réduit à « un pognon de dingue » qu’on jetterait par la fenêtre, notre État social apparait plus que jamais comme notre premier atout pour faire face à cette crise inédite, et ce à au moins trois égards. D’abord pour protéger les plus fragiles des conséquences de la crise économique. Ensuite pour investir sur l’avenir des jeunes générations et leur offrir des perspectives d’emploi durables. Enfin pour faire le choix d’une société solidaire qui prend soin de ses aînés.

Un État social qui protège les plus vulnérables des conséquences de la crise

Depuis le début du quinquennat, l’État social est d’abord appréhendé comme un coût qui plomberait notre économie et dont il faudrait se délester. En témoigne par exemple la réforme de l’assurance chômage votée à l’automne dernier qui, en en restreignant les conditions d’accès, a pénalisé directement 1,4 millions de personnes. L’épreuve de la crise sanitaire nous a rappelé brutalement combien le filet de sécurité fournit par l’assurance chômage était vital pour éviter à une grande partie de la population de tomber dans la pauvreté. A l’heure où la situation risque de se durcir sur le marché du travail, il est impératif non seulement de ne pas affaiblir l’assurance chômage mais surtout de réfléchir comment mieux protéger ceux qui ne bénéficient pas de telles garanties collectives comme les travailleurs indépendants.

Un État social qui investit sur les compétences futures des jeunes générations

Le risque est aujourd’hui grand que les jeunes soient les premières victimes de cette crise. Moins bien insérés dans l’emploi, les jeunes ont d’abord subi de plein fouet l’impact économique de la pandémie : le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans a ainsi bondi de 29 % par rapport à début mars, atteignant le record de 659 000. Au-delà des licenciements, 700 000 jeunes s’apprêtent surtout à rentrer sur le marché du travail à la rentrée de septembre sans réelles perspectives d’emploi. Dans ce contexte, le risque est aujourd’hui grand que ces jeunes générations soient la variable d’ajustement de la crise actuelle. Pourtant, le monde de demain que chacun appelle de ses vœux ne se construira pas en sacrifiant les jeunes d’aujourd’hui. Dans ce cadre, il est donc plus que jamais urgent que la puissance publique investisse massivement dans la formation aux nouveaux métiers en tension – la rénovation thermique des bâtiments va par exemple créer plus de 120 000 emplois en France d’ici 2025 – en octroyant pour ce faire des allocations formation pour les demandeurs d’emploi qui s’orientent vers ces filières clés en lien avec la transition écologique.

Un État social qui accompagne le vieillissement de la population

L’un des grands enseignements de la crise sanitaire que nous avons traversée est l’importance que notre société souhaite désormais accorder à nos aînés. Alors qu’il va être nécessaire de former d’ici 2025 plus de 300 000 accompagnants et aides-soignants pour répondre au manque de personnel dans les structures médico-sociales, le vieillissement de la population est l’un des grands défis qui va se poser à nous dans les prochaines décennies.

Nous avons plus que jamais besoin d’un État social ambitieux pour être à la hauteur de ce défi.

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