Archives par étiquette : Lettre n°92

Europe : L’essentiel est sauvé ?

Par Julien Dray 

La détermination aura eu raison des blocages ? L’Europe est préservée et la mutualisation des moyens de ce plan garantie le « faire ensemble ». L’enveloppe globale est elle aussi, si l’on se réfère aux données brutes, historique. Chacun ira de ses commentaires sur la méthode et les différents objectifs visés. Il y a en effet beaucoup à dire. Cet accord obtenu de justesse montre à quel point l’Europe doit changer profondément et vite !

Mais on ne peut commenter sans au préalable admettre l’importance des moyens mis en jeu.

Pour en arriver là, il a fallu une extraordinaire remise en question de la politique budgétaire de l’Allemagne. Madame Merkel a fait passer clairement l’intérêt européen avant la doctrine libérale de son pays. Fort de ses équilibres elle aurait pu défendre une toute autre position et s’associer, comme elle l’a fait par le passé, aux plus réfractaires de ce plan. La situation de l’Italie a sans doute marqué un tournant dans l’appréhension du pouvoir allemand sur la crise.

Par ailleurs, il est clair que l’axe Franco-Allemand, est une force dont l’Europe ne peut se passer pour la faire avancer ou, au pire, la préserver. Dans le couple, chacun, à ce sommet, a défendu un rôle différent. Emmanuel Macron, reconnaissons-le, a été utile dans l’accomplissement de ce projet. Il a certes aussi usé d’initiatives originales en jouant le chien fou, brandissant la menace et occupant le canal de la communication ; Angela Merkel a elle construit sa défense du projet à l’allemande : calme, puissante et déterminée.

C’est sur cet axe ressoudé –durablement ?- du couple franco-allemand que l’Europe peut et doit se permettre de constituer un noyau dur intègre. C’est à partir de cet axe qu’une harmonisation sociale pourrait être envisagée.

Le premier bénéficiaire de cet accord, c’est donc l’union Européenne.

Et si le mot « Historique » peut être employé tant pour l’énormité de la somme et pour la mutualisation de la dette que pour la durée de cette rencontre, en sera-t-il de même pour la mise en place concrète des plans de relances respectifs dans les 27 pays de l’union ? La question reste entière.

On n’a pas vraiment entendu que l’on placerait l’aspect social comme une priorité. Ce n’est pas encore un mot à la mode comme « climat », « transition écologique » ou encore « entreprise ». Quand aux mots « éducation » et « culture » …

C’est donc dans la répartition effective des fonds et leur destination que l’on pourra juger de ce que l’on veut sauver et comment : l’humain ou le business d’abord, fut-il vert ?

Si l’on en croit les compromis –trop nombreux ?- obtenus par ceux que l’on a appelé « les frugaux », les plans d’austérité devraient accompagnés les plans de relance. Ce n’est pas exactement le tournant que la population Européenne attend ; en particulier dans notre pays.

La France obtiendrait quarante milliards de prêts remboursables. Les italiens cent cinquante milliards… Le fait nouveau du plan de relance, c’est que la dette aussi est mutualisée. Ce n’est donc pas sur quarante milliards qu’il faut calculer la part de la dette française mais sur trois cent soixante milliards de prêt consenti pour l’ensemble du continent. C’est cent dix milliards de plus que ce qui était prévu. Et cent dix milliards de moins de subventions aux pays les plus fragiles. Il fallait un accord qui montrerait l’image d’une Europe généreuse en subvention. Il fallait donc que la part des subventions soit plus importante que celle obtenue par des prêts. Ce fut dur, mais ce fut fait…de peu.

Il reste, derrière les sourires enjoués des bénis de la crèche, un certain nombre de questions dont certaines sont inquiétantes. Mais bon, on a sauvé l’essentiel se disent-ils. Cela suffira-t-il à retrouver la confiance ?

Les « frugaux » étaient en partie constitués de sociaux démocrates et même d’écologistes. Comment cette gauche là peut-elle s’opposer au green deal ?

La gauche Européenne doit retrouver un sens commun très vite.

C’est même à elle de se mobiliser, de retrouver ses fondamentaux et l’intérêt collectif surtout ! de se reconstruire pour redevenir centrale dans le paysage politique européen.

C’est à elle de trouver les moyens de réconcilier les citoyens entre eux, de se réconcilier avec elle-même pour que plus jamais on aborde un sommet en se disant : « ça passe ou ça casse ». Sinon, la prochaine fois pourrait être la dernière !

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Être offensif ou disparaitre !

Par Edmond Thanel

Face à une dérive communautariste et sectaire on ne peut plus claire, l’engagement politique à gauche ne doit pas l’être moins. Il doit être offensif, déterminé, juste et réaliste !

Les communautarismes se sont développés sur nos atermoiements, sur nos divisions et parfois sur notre laisser faire. Nous avons laissé le doute s’installer et les communautarismes se sont immiscés dans les brèches que nous avons nous mêmes ouvertes sur la laïcité, sur la discrimination sociale, sur le déclassement, sur le maintien juste de l’ordre républicain….

C’est souvent parce qu’il y a un manque d’Etat au sens de la justice, que l’on va chercher ailleurs son appartenance, que l’on se recroqueville sur les racines du religieux, que l’on s’enferme dans le sectarisme, que l’on se jette dans les bras maléfiques des extrêmes.

D’un côté il y a donc le développement exponentiel du communautarisme, du clan, du milieu, de l’écart entre ceux qui peuvent ou ne peuvent pas se rattacher à un groupe de pensées, un groupe social, un groupe fermé et de l’autre côté il y a ceux qui errent dans l’insécurité de leurs conditions. La grande majorité de nos concitoyens. Ceux là ont peur du déclassement qui, quelque soit leur statut ou leur niveau social, semble se profiler. Ceux là ont besoin d’ordre. Un ordre qui protège, qui sécurise, qui associe mais qui ne condamne pas d’autorité, qui n’oppose pas les uns aux autres, qui ne donne pas raison à la célèbre phrase de Lafontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».

Les communautarismes s’affrontent. Certains politiques semblent accepter celui-ci quand d’autres le rejette et réciproquement. C’est communautarisme contre communautarisme. Personne ne représente plus la république pour tous. Une république juste et forte. La même pour chaque citoyen. Une république de la concorde.

Les dogmes auraient pris l’ascendant sur les idées ? sur l’intérêt commun ? Les dogmes isolent, aveuglent et enferment. Ils sont souvent source de division, de rejet, d’exclusion. Ils sont figés et donc l’inverse du progrès. On peut y faire référence mais on doit surtout inventer, retrouver rapidement un chemin où le social et l’ordre juste s’imposent et côtoient pourtant la réalité des crises successives, qu’elles soient sanitaires, écologiques ou économiques.

Ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays montre à quel point le pouvoir est faible lorsqu’il a perdu toute confiance. On est abasourdi. On dénonce mais les mots ne portent pas. Inqualifiable est celui qui revient le plus.

Si on ne peut plus qualifier les actes que la société toute entière subit, alors nous ne sommes plus dignes de notre histoire. Nous devons nous réinventer. Vite. Prendre conscience de nos échecs successifs à ne pas vouloir trancher. Décider ce qui est incompatible avec notre république, notre démocratie, notre destin commun. Sans en rabattre sur les valeurs de liberté, d’égalité de fraternité et de laïcité.

Nous ne pouvons plus nous permettre de tergiverser. L’urgence impose que nous empruntions ensemble une même voie d’alternance sans perdre nos identités ; indispensables à toutes constructions positives. Face à la situation de notre pays, nos différences sont de la pacotille et s’arcbouter sur des exigences dogmatiques, c’est trahir le sens réel de notre engagement pour par et avec le peuple.

Nous devons impérativement passer à l’offensive. Notre projet commun ne peut pas être idéal mais il doit poursuivre un idéal. Le partager. Associés celles et ceux que nous avons laissés en chemin et qui forment les cortèges d’abstentionnistes quand ils ne choisissent pas le pire.

Et pour cela il faut être clair, intransigeant sur les valeurs, réaliste et juste. Si nous n’y parvenons pas, nous disparaitrons !

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Etats-Unis : La Covid-19 peut-elle mener à des avancées sociales ?

Par Cécile Soubelet

Dernièrement, les médias français ont focalisé leur attention sur la gestion sanitaire de la pandémie par Trump, et l’ampleur du mouvement Black Life Matter. Pourtant, en arrière-cour, les choses bougent, suscitées et accélérées par la crise sanitaire actuelle et ses conséquences sociales.

Chez les démocrates, une union inédite se met en place en faveur de mesures sociales. Ils étaient rivaux, jusqu’au début du mois d’avril dernier quand Bernie Sanders abandonnait la course pour les primaires, laissant le champ libre à Joe Biden. Désormais, ils ont mis à profit le confinement pour établir ensemble (et des groupes de travail alliant politiques, associatifs, experts et société civile) un programme commun, marquant un virage à Gauche pour les Démocrates. Six dossiers principaux – santé, économie, changement climatique, réforme de la justice, éducation et immigration – pour un rapport final qui devrait marquer le programme officiel démocrate pour les élections présidentielles.

Les avancées sociales et environnementales sont celles qui ont permis un terrain d’entente, comme le souligne le New York Times. Parmi les mesures, on peut souligner l’augmentation du salaire minimum fédéral à 15 dollars (13,3 euros) ou l’instauration d’un congé payé de 12 semaines en cas de naissance ou de maladie, ou bien encore l’abaissement à 60 ans (contre 65 aujourd’hui) de l’âge donnant accès à l’assurance santé publique. Par ailleurs, alors que le chômage a explosé ces dernières semaines, laissant les populations les plus fragiles au bord de la pauvreté, et exacerbant les inégalités entre ceux qui peuvent se soigner et ceux qui ne le peuvent pas, les Démocrates font un premier pas en reconnaissant le droit à tout Américain d’avoir accès à « une assurance publique abordable, de haute qualité et sans franchise ».

On ne peut que saluer et encourager le tournant progressiste que prend la campagne démocrate avec des premières proposition au profit d’une plus grande justice sociale. Des expérimentations de revenu universel dans des grandes villes, avec l’aide du patron de Twitter.

On le demande depuis plusieurs années, portés par la voix de Julien Dray, les Américains osent s’y lancer : le milliardaire patron de Twitter a annoncé qu’il travaillait avec 16 maires américains pour instaurer un revenu de base universel dans leurs villes.
Cette expérience pourrait ainsi bénéficier à 7 millions d’Américains dans des villes comme Seattle, Los Angeles, Atlanta, Newark ou encore Jackson, alors que la crise du Covid-19 a multiplié par plus de 10 le nombre d’Américains qui vivent du chômage. Ils sont en effet à ce jour près de 18 millions à toucher une allocation, et des milliers d’autres ont perdu leur emploi, sans ressources.

Concrètement, Jack Dorsey va donner plusieurs millions de dollars pour financer ce programme expérimental impulsé par l’ancien candidat à la primaire démocrate Andrew Yang, dont l’ambition depuis 2016 est de fournir à chaque Américain de 18 ans et plus un revenu de 1.000 dollars par mois sans condition. A l’époque Elon Musk s’était également porté volontaire pour contribuer à la mise en place de cette mesure.

Si les Etats-Unis le tentent, pourquoi pas nous ?

Pour un revenu universel de 50 000 euros pour tous les Français, à leur majorité, financés par les acteurs du numérique.

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Participation citoyenne aujourd’hui : la démocratie participative dévoyée ?

Par Marie Grau


Convention citoyenne pour le climat, grand débat national, référendum d’initiative populaire, co-construction de projets, ateliers citoyens, budgets participatifs dédiés… on ne manque pas de mots pour se féliciter des nouvelles formes de participation des citoyens à la vie publique. Mais quelles efficacité et valeur pour ces initiatives politiques face aux taux d’abstention toujours croissants aux élections ? Face à cette forme de détachement persistant et profond envers les institutions, leurs représentants et la collectivité ? Face à ce qui est devenu un décrochage démocratique d’une large partie des citoyens ?

Quand la « démocratie participative », à la source de cet engouement, apparaissait sous les projecteurs français de la présidentielle de 2007, la participation à cette élection retrouvait pourtant son niveau de 1988 à près de 84 % aux deux tours. Ségolène Royal, à laquelle on doit reconnaître la vulgarisation de ce concept politique dans notre pays, écrivait alors sous les huées : « Je trouve très fécond de croiser l’expertise savante et l’expertise vécue, la réflexion des spécialistes et celle des citoyens. » Et développait plus précisément : « La démocratie de proximité me paraissait un leurre masquant mal le retour de la République des notables. »

Ceux qui ont eu la chance de vivre la démocratie participative dans sa version de 2007 ne pourront que témoigner de l’élan massif qu’elle avait suscité au-delà de la candidate du PS, grâce à des rencontres imposant aux gens de s’exprimer. Cette méthodologie novatrice ne devait pas accumuler les témoignages personnels dans un but démagogique comme on l’a caricaturé, mais bien faire parler chacun sur l’intérêt général à partir de ses questions et observations.

Depuis que la participation citoyenne s’est officiellement développée, c’est pourtant exactement cet objectif d’analyse venue des gens qu’on a perdu. Les contenus des débats, budgets, projets sont cadrés du haut vers le bas et les citoyens sont invités à s’exprimer sur les propositions qui leur sont faites. Les exemples ne manquent pas pour l’illustrer et on se souvient ainsi des critiques de la présidente de la commission nationale du débat public, Chantal Jouanno, contre la méthodologie choisie pour le grand débat national de l’année dernière : elle dénonçait une opération de communication à partir de questions posées par le gouvernement et non un réel débat à partir des questions que les Français voulaient traiter. Même erreur avec la convention climat dont on ne peut blâmer les participants très investis… mais pourquoi confier sa gouvernance, ses thèmes et le choix de ses intervenants aux sachants ? La plupart des budgets, projets et fantaisies co-constructives récents souffrent également de ce schéma : le politique propose et des gens réagissent dans le cadre ainsi déterminé.

Il est évident que ces mécanismes ne permettent en rien une participation active des citoyens qui se retrouvent le plus souvent consultés comme un panel pour une étude marketing. Mais plus grave encore : on y risque un effet pervers évident si des tiers intéressés, qui eux savent comment être écoutés dans le processus, parviennent à s’y nicher pour y faire valoir leurs objectifs propres. Finalement, c’est bien exactement ce que Royal dénonçait : la République des notables et des intermédiaires qui préemptent une approche qu’on prétend qualifier de citoyenne…

Dans ce dévoiement complet de la participation effective des gens aux décisions politiques, l’honnêteté exige de noter qu’on a perdu le beau mot de « démocratie ». Revenir à la source et écouter réellement chacun pourrait dès lors être une mission urgente pour la gauche afin de respecter la politique comme les électeurs.

Citations S Royal : Maintenant, Flammarion, avril 2007

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Le plan de reconstruction post-COVID19 doit être l’occasion d’un nouveau modèle de démocratie sociale et écologique

Par Arthur Courty ; Charles Adrianssens ; Paul Montjotin


« La Convention citoyenne sur le climat ne doit pas se substituer à une large consultation des Français sur le plan de relance »

La Convention citoyenne pour le climat apparaît aujourd’hui comme un rendez-vous manqué. Prenons acte qu’elle est une originalité démocratique. Les propositions qui en ressortent sont, elles, plus classiques et font la part belle à l’écologie punitive. La proposition explosive de limitation de la circulation à 110km/h a d’ailleurs repoussé au second plan l’ensemble des travaux de la Convention. Embarrassé, le gouvernement a dû la retirer avec fracas. A l’inverse, la proposition de la semaine de 28h qui avait le mérite de remettre le débat de la transition écologique de manière positive, a été enterrée discrètement par l’exécutif.

Les citoyen.ne.s tirés au sort n’ont pas démérité. Mais les contradictions des propositions indiquent que le gouvernement ne pourra faire l’économie d’un débat et d’un vote populaire pour son plan de relance. Il faut rappeler que la convention était née suite à la crise des Gilets Jaunes. Plus récemment, l’exécutif s’était beaucoup avancé sur l’importance de cette convention pour son plan de relance. Il se retrouve piégé, n’ayant pas des ambitions écologiques, sociales et démocratiques à la hauteur des enjeux.

« Une nouvelle forme de social-démocratie »

Cette situation ne fait que souligner que pour etre juste et efficace, le plan de reconstruction post-Covid doit imperativement être partagé avec les Français.e.s et reposer sur un nouvel élan démocratique. Si les choix du gouvernement ne sont pas partagés par nos concitoyen.ne.s, ils manqueront forcément leur cible et créeront de nouvelles tensions. L’abstention historique aux élections municipales 2020 confirme que nous sommes à un moment critique. La relance doit donc associer les citoyen.ne.s, les territoires et la société civile organisée.

Le plan de reconstruction peut être lui-même l’initiateur d’une nouvelle forme de social-démocratie. De ce point de vue, on retiendra de la Convention pour le climat son originalité en particulier sur le rôle du Conseil Économique Social et Environnemental. Il serait idéal de le réutiliser avec encore plus d’ambition pour le plan de reconstruction, lui même devant finir par un débat national et une approbation des Français par referundum. »

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