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Attention au catastrophisme ! – Edito lettre n°87

Par Julien Dray 


Nous étions quelques uns à sortir nos vieux appareils argentiques pour prendre en flagrant délit de cliché libéral la politique d’Emmanuel Macron. Depuis plus de deux ans. Le nouveau monde s’en moquait. A l’heure du numérique, la méthode empirique apparaissait désuète. Enfermés dans nos laboratoires, nous tentions pourtant, bain après bain, de développer les photos d’une évidente dérive droitière et financière. Mais voilà, ça ne prenait pas. Il nous manquait le révélateur idéniable.

La crise sanitaire inédite que nous sommes en train de vivre apporte la preuve ultime du ravage que peut faire la mondialisation financiarisée. C’est un révélateur puissant.

On nous a mis en quarantaine. On nous a confinés. On nous a déclarés en guerre : Elément de langage opportun pour unir et obliger, contrainte et forcée, une population à obéir à l’état major.

Nous avons à gauche, dans nos laboratoires respectifs, continué à développer nos photos. Elles donnaient tellement raison à ce que nous dénoncions depuis des années que nous étions impatients d’en faire une exposition dès la fin du confinement. Nous allions présenter la situation catastrophique par la preuve. Nous allions élaborer des stratégies de reconquête sur les friches du champ de bataille.

Ne serait-ce pas oublier que nous allons sortir d’une guerre ? Une guerre que l’on nous a imposée certes mais qui est ressentie comme telle par beaucoup. La sortie du confinement suivra donc la logique de toute privation totale de liberté. Elle sera considérée d’abord comme une libération même si on ne nous rend pas totalement notre libre arbitre et notre libre expression.

Pas certains donc qu’une exposition sur le catastrophisme –réel- de la situation politique délétère de ce pouvoir fasse recette dans l’immédiat. La population aura un besoin irrépréhensible de respirer, de retrouver qui sa liberté de mouvement, qui son travail….

De sanitaire, la crise ne manquera malheureusement pas de devenir sociale. Plutôt qu’une deuxième vague du Covid-19 il faut s’attendre à une dégradation inquiétante de l’économie. Dans l’euphorie de la libération on ne le verra pas nécessairement. Les cris de colère seront pour un temps couverts par les cris de joie.

C’est sans doute ce temps là qu’il faut mettre au profit d’un réel travail idéologique. Être prêts pour accompagner, soutenir, défendre l’intérêt collectif.

Et puisque nous pouvons enfin sortir de nos laboratoires respectifs, c’est sans doute ce temps là qu’il faut mettre à profit pour se retrouver, échanger nos photos, élaborer à un projet, un programme vraiment commun construit autour d’idées claires et de propositions offensives. Echanger sur le fond. Ne pas s’éparpiller : D’abord la 6ième République par exemple, ensuite la garantie d’emplois régionaux, le pouvoir d’achat, l’état stratège et durable financé par une révolution fiscale, les contributions des gagnants de la crise sanitaire et enfin, une réelle taxation sur les Gaffam’s .

C’est sans doute ce temps là qu’il mettre à profit pour organiser, à l’instar d’autres moments de l’histoire, un conseil national de la résistance de gauche.

Le pouvoir estimera, il l’estime déjà, avoir gagné la Guerre. Il voudra faire fructifier cette victoire à la Pyrrhus. Il s’appuiera sur l’euphorie que ne manqueront pas de numériser les chantres du nouveau monde. Emmanuel Macron tentera, par des actes symboliques qui ne tromperont que ceux qui veulent y croire, de reprendre un peu de sa notoriété perdue au fil du temps. Quelle meilleure opportunité alors que de redonner vie à l’axe Franco-Allemand au travers d’un plan de cinq cent milliards ? C’est politiquement astucieux. On ne retiendra que le chiffre sans trop se poser de questions sur le fond. A bien y regarder les réponses pourraient cependant être sévères.

Nous n’attendrons pas je « j’ai changé » qu’en d’autres temps un président avait inventé. Nous nous en tiendrons à une formule d’un autre président, bien plus proche de nous : « Il faut donner du temps au temps ! » …mais ne pas le perdre pour autant !

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« Le social-libéralisme, maladie infantile de la gauche»

Par Daniel Goldberg


Mais où sont-ils toutes et tous passés ? Pendant des années, à longueur de discours, de tribunes, de très doctes affirmations appuyées par des expert.e.s issus des mêmes écoles, ils regardaient la « vieille gauche », celle qui parle pouvoir d’achat et résorption des inégalités avec la condescendance de celles et ceux qui sont persuadés que leur heure allait venir : l’Histoire allait avoir une fin et leur donner raison.

Ils étaient néanmoins d’une prudence feutrée pour ne pas apparaître au grand jour, sous forme de motion soumise au vote des adhérent.e.s du Parti socialiste. Non, tapis dans les majorités successives, votant des orientations qu’ils rejetaient sitôt l’encre seiche, ils savaient qu’il n’était pas très populaire dans la gauche française d’afficher son admiration pour Tony Blair ou Gerhard Schröder.

Leur modernité absolue, défendue sous le manteau, c’étaient pourtant les lois Hartz en Allemagne qui fragilisaient les demandeurs d’emplois et les précaires, la recherche comme au Royaume-Uni – déjà – d’un ruissellement en enrichissant les plus fortunés. Le travail devait « se réinventer », les revendications salariales ou de statut étaient de vieilles lunes, car le principal n’était pas là, même si pour beaucoup de familles des classes moyennes et populaires, les fins du mois étaient de plus en plus difficiles.

Et que dire des services publics, incapables selon eux d’aborder le 21ème siècle, dont la seule destinée était de mourir par une concurrence libre et non faussée entretenue et exacerbée. L’hôpital devait se tarifier à l’activité. Les impôts et la protection sociale se moderniser, comprenons-nous : diminuer, toujours diminuer pour laisser plus de place au secteur lucratif. Bien entendu, des considérations sociales ou environnementales pour les échanges commerciaux étaient décrits comme des obstacles insurmontables à la libre circulation des biens et marchandises.

Et la France ne devait voir son salut qu’en étant uniquement pourvoyeuse de services, en abandonnant à marche forcée toute son industrie, délocalisée avec toute la chaîne de valeur, dans des pays où la main d’œuvre est bon marché. Ce qui, en boomerang, fragilisait un peu plus encore les statuts et salaires dans les pays développés.

Il faut reconnaître que leur heure est bien venue et qu’E. Macron a, lui au moins, dit tout haut ce que tous les sociaux-libéraux français masqués se répétaient à mots couverts depuis des années. Et alors, beaucoup se sont levés, comme libérés de ces années clandestines, ils se sont révélés être ce qu’ils pensaient au fond depuis des années et ont marché…au grand jour.

Il faut dire que l’entourage de F. Hollande, avec, par exemple, un ancien ministre de N. Sarkozy aux plus hautes responsabilités avait laissé faire quand il n’encourageait pas, directement ou non. A force de ne plus avoir de boussole politique, de combats menés dans le sens du changement compris et attendu par les Français en 2012, le quinquennat s’est délité laissant la force montante prendre le dessus.

Mais aujourd’hui, sans revenir sur les échecs successifs de toutes les réformes menées depuis 2017, qu’en est-il alors que nous connaissons la plus importante crise économique et sociale depuis une centaine d’années, conséquence de la catastrophe sanitaire du Covid-19 ?

Résumons le débat ambiant : le travail humain est réhabilité, l’engagement désintéressé est le summum, la solidarité est le ciment de la société, l’hôpital public a tenu et sauvé autant qu’il a pu, les services publics ont tenté de ne laisser personne au bord du chemin, l’intérêt général n’est pas la somme d’intérêts particuliers, l’individualisme ne protège de rien quand l’essentiel est en jeu, les réseaux de solidarité locaux exemplaires ont permis de continuer à faire société même en étant confinés, nous réfléchissons même à réinvestir nos filières de santé et alimentaires démantelées.

Et l’État, cet État qu’il fallait priver de ressources au maximum en baissant les impôts de sociétés et des plus fortunés, l’État a porté le plus gros de l’effort des 110 milliards d’euros que coûtent les deux mois d’arrêt de l’économie… Et chacun compte maintenant sur les structures publiques, le budget de la nation et celui des collectivités territoriales pour amortir autant que faire se peut les défaillances d’entreprises à venir et le chômage qui va bondir.

Bref, l’accusée de ces deux dernières décennies, la Gauche « old fashion », avec ses valeurs et ses bases programmatiques, est réhabilitée ! Quand la nation est attaquée dans ses fondements, ce n’est pas le libéralisme, même socialisé, qui est la solution. L’individu libre est dépendant du corps social dans lequel il agit et la maximisation de son but dépend bien du comportement et de l’attention des autres, voir même de l’attention qu’il porte lui-même aux autres.

Nous verrons jusqu’où E. Macron pousse sa nouvelle « réinvention de soi-même », après celle de l’année passée, suite au mouvement des Gilets jaunes. Mais disons que Marx et Keynes ont sacrément remonté la pente dans le sentiment général face à Friedman et Hayek.

Et nos sociaux-libéraux français, de nouveau camouflés dans leurs certitudes premières, applaudissent autant qu’ils peuvent les médecins, infirmières et aides-soignant.e.s, les caissières de supermarché et les enseignant.e.s. Il faut donc d’attendre de leur récente conversion au réel qu’ils se mobilisent vraiment pour revaloriser leur statut, leurs salaires, leurs déroulés de carrière et la prise en compte de la pénibilité de leur travail.

Enfin, comme ils sont au mieux en convalescence et pour éviter toute rechute d’un monde d’après identique au précédent, il nous faut agir concrètement et construire, dans des formes renouvelées, une mobilisation pour une « République des Égaux, ce grand hospice ouvert à tous les hommes » et à toutes les femmes.

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Europe : virage ou faux semblant ?

Par Gaël Brustier

Le plan de 500 milliards d’euros proposé par la France et l’Allemagne est, de prime abord, une heureuse nouvelle.

La République de Berlin infléchit sa politique de cavalier seul incarnée par la Chancelière Merkel depuis son accession au pouvoir. Cette dernière a consenti une véritable avancée, demandée par la Présidence Macron en proposant un plan de relance financé par le budget européen.

De prime abord, cela ne peut que séduire les croyants dans le « couple franco-allemand moteur de l’Europe ». Cependant, il ne s’agit là que d’un commencement bardé d’ambiguités et, sur le berceau de ce plan de relance proposé par la France et l’Allemagne, se penchent déjà de bien mauvaises fées portant mauvais présage. Or S’il revient bien à la Commission d’emprunter sur les marchés « au nom de l’Union européenne », ce qui est effectivement une nouveauté quasi-historique, bien des incertitudes planent sur ce plan.

Du plan, on peut déjà se demander si le montant est suffisant. Saupoudré sur les vingt-sept états de l’Union, il pourrait être privé d’efficacité, d’autant que comme l’a dit la Chancelière « il faudra rembourser ». Thierry Breton, pourtant historique partisan d’une application stricte des « critères de Maastricht, annonce quasiment la caducité de ceux-ci.

Plusieurs petits Etats (Autriche, Danemark, Suède, Pays Bas) se font contestataires du plan. Leur logique est simple, limpide et assez habituelle : Il ne peut s’agir que de « prêts » et les Etats devront rembourser, en contradiction avec les déclarations d’Emmanuel Macron.

Des lignes de fracture anciennes sont avivées : « Nord contre Sud », petits contre grands Etats, tenants d’une austérité persistante contre promoteurs d’un effort budgétaire commun.

Le Chancelier Kurz va proposer un autre plan.

Si les tensions s’avivent au sein de l’UE et de la zone euro, que fera une Allemagne entrée en crise politique ?

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