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Finis Europae? – Edito lettre n°77

Par Julien Dray 


Tout le monde a vu les images des camions russes (les anciens diront « soviétique ») débarquant par avion en Italie pour venir prêter main forte dans l’épreuve que le pays affronte. Loin d’être anodin diplomatiquement sur un plus long terme, il est de surcroît symboliquement extrêmement important et significative.

Le Général de Gaulle, de là où il est, a dû sourire en voyant son songe d’une Europe « de l’Atlantique à l’Oural » trouver là une esquisse de concrétisation.

Pendant quinze jours, à compter du début de l’épidémie, l’Italie s’est retrouvée bien seule. Ce pays dont l’ensemble de la classe politique, d’un bout à l’autre de son spectre politique, a adhéré corps et âme au projet d’intégration européenne a constaté avec une surprise mêlée d’effroi que l’Union européenne et ses membres n’entendaient nullement contribuer matériellement à enrayer sur place ce premier gros foyer de l’épidémie sur notre continent. En colère Giuseppe Conte, chef du gouvernement (PD/M5S), a parlé de la « mort de l’Europe ». Comble de la situation : des dizaines de milliers de masques destinées à l’Italie sont restés en République tchèque, arraisonnés lors d’une escale. La solidarité règne…

Disons-le franchement, si on faisait un sondage aujourd’hui, il y a fort à parier que nombre de peuples, convaincus au fil des années que « l’union fait la force », prendraient, à la vue de ce triste et sinistre spectacle, la poudre d’escampette.

Les choses sont désormais simples, d’une simplicité on ne peut plus limpide, soit l’Europe s’engage sur la voie du sursaut, soit ce sera son écroulement. L’égoïsme des uns par rapport aux autres ne cesse de prospérer alors qu’on pouvait penser ou espérer qu’une crise pareille resserrerait les liens entre des nations qui avaient fait un véritable effort de rapprochement.

Du côté des gouvernants Allemands, la ligne est intangible : oui à l’Europe tant que cela ne nous pose pas de problème et nous rapportent . Ces derniers temps Berlin a opposé à la solidarité européenne le fameux MES qui conditionne l aide de l’Europe aux privatisations, réformes structurelles et à une austérité budgétaire toujours plus forte.

Parlez en aux Grecs et vous verrez de quoi il retourne. D’ailleurs le Ministre des Finances allemand a déclaré qu’après la crise tout redeviendrait comme avant et que l’austérité serait la même. Ces derniers jours l’Allemagne a réaffirmé son refus des eurobonds qui était la manière de mutualiser les dettes des pays européens et la condition d’un gigantesque plan d’investissement.

La France est comme toujours au milieu du gué, ne parvenant à prendre la tête d’un grand projet européen, elle cherche à concilier deux conceptions que cette crise rend davantage encore incompatible. Elle cherche à s’attirer les bonnes grâces de Berlin.

A quoi sert cette Europe ? A quoi sert cette Europe devenue immense mais qui a cessé d’être grande dans ces jours terrible? Vienne, Berlin, Amsterdam forment un trio solidaire qui considère que le « club Méditerranée » (l’Europe du Sud) doit obéir. C’est donc la question de confiance qu’il faut poser :

qui est prêt à assumer le projet d’une Europe vraiment collective et volontaire ?

Cette question doit trrouver pour réponse un oui ou un non. Portugal, Espagne, Italie et Grèce pourraient être tentés de nous répondre oui. Si nos partenaires allemands, néerlandais et autrichiens (ces derniers aspirant à une domination de l’axe danubien) pourraient penser un temps se débarrasser des mauvais élèves ils se mettraient rapidement dans les mains de Monsieur Poutine.

Le temps du choix est là et le courage pour les responsables politiques français est d’assumer cette amicale confrontation .

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Vive la gestion sociale de la crise du COVID-19 !

Par Arthur Courty ; Charles Adrianssens ; Paul Montjotin

Nul ne peut nier que des mesures exceptionnelles sont prises par l’ensemble des gouvernements européens afin de faire face aux conséquences sociales du COVID-19.

Souvent présentées comme « uniformes » à l’ensemble des pays européens, un regard plus attentif permet de différencier nettement les solutions mises en place. D’un côté par les pays aux gouvernements ultralibéraux (en particulier la France) qui se refusent à réglementer directement les activités économiques quitte à risquer de fragiliser encore les populations les plus vulnérables, et de l’autre côté les pays socialistes qui n’ont pas peur de réglementer l’économie directement.

Une approche néo-libérale de la crise…

Protéger les entreprises à tout prix. Voilà la meilleure manière pour définir les mesures prises par les gouvernements néo-libéraux Français et Allemands. Cette philosophie se retrouve très concrètement dans les mesures mises en œuvre dans l’urgence : prêts facilités aux entreprises, subventions au chiffre d’affaire… Bref, un paquet de sauvetage nécessaire. Mais qui fait l’impasse sur l’aspect social pourtant central à cette crise. Le soutien au pouvoir d’achat des citoyens se trouvant dans une situation sociale difficile ne doit pas être oublié. Si des mesures telles que le chômage partiel vont dans le bon sens, elles restent guidées par la motivation première de subventionner les trésoreries et non de venir en aide directe aux citoyens, parfois très impactées, et pour longtemps, par la situation.

… face à une approche sociale de la crise

A contrario, les pays socialistes, mènent en plus du soutien aux entreprises, une politique sociale forte afin d’accompagner la partie la plus pauvre de sa population à passer le cap de cette crise. Ainsi les mesures mises en place par ces pays sont très diverses mais guidées un seul impératif : celui de protéger les populations les plus exposées au libéralisme et à la mondialisation (migrants, petits salaires…)

Le gouvernement espagnol a par exemple décidé de garantir l’accès aux biens considérés comme essentiels à sa population en interdisant les coupures d’eau, d’électricité, et des télécommunications. Souhaitant aller plus loin, Pedro Sanchez a annoncé un moratoire sur les mensualités de remboursement des prêts immobiliers pour les personnes en situation de vulnérabilité économique (cette solution a aussi été adoptée par l’Italie). Enfin, le gouvernement ibérique intervient sur le champ concurrentiel en interdisant les licenciements, enjoignant dans le même temps entreprises à recourir au chômage temporaire.

De son côté, le Portugal a décidé de se protéger des effets d’aubaine des grands industriels en bloquant les prix des biens de première nécessité. Cette intervention directe sur les prix nous rappelle que ce qui est perçu comme une donnée intangible de fonctionnement naturel du marché par les libéraux, à savoir les prix, les salaires, peuvent être modifiés par le politique et constituer des variables d’action publique sans mobilisation du levier budgétaire créateur de dette.

Le gouvernement d’Edouard Philippe donc est totalement isolé dans son refus d’apporter une réponse publique à la crise sociale. Et à y regarder de plus près encore, même les pays les plus libéraux et/ou à droite d’Europe ont pris des mesures d’urgence sociale élémentaires auxquelles Edouard Philippe s’est refusé, tels que le report des loyers des particuliers jusqu’en juillet en Allemagne ou la revalorisation des droits au chômage au Royaume-Uni. C’est aussi déjà une manière de préparer le redémarrage de l’économie post-crise sanitaire.

Pendant que la France se contente d’allonger de deux mois la trêve hivernale ou demande aux entreprises de ne pas licencier (sans aucune coercition), d’autres pays utilisent la puissance publique pour agir.

En ce sens, cette crise nous oblige à sortir de l’impuissance publique à laquelle les Etats ainsi que l’Union Européenne nous ont habitués et de revenir à l’essence de la social-démocratie :

opposer une volonté politique aux forces du marché!

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« L’Insoutenable légèreté de l’être »

Par Nathalie Raffort


Dans le nouveau monde, dans la communication et l’immédiateté, nous avons perdu la mémoire des épidémies. « L’Insoutenable légèreté de l’être ».

Une épidémie, et à plus forte raison une pandémie, ce n’est pas une guerre. Une guerre a un début, est organisée par la volonté humaine, et a une fin.

Une épidémie ne se décide pas. Si par certaines de ses conséquences, nous devons faire face à un état social qui s’apparente à un état de guerre, on ne se bat ni avec les mêmes moyens, ni les mêmes armes.

Jamais.

C’est une erreur de raisonnement que d’aborder les choses de cette manière. Erreur grotesque et dangereuse, qui rajoute de la peur à la peur, et provoque une incohérence des réponses.

Tout le monde a peur, et ce avec raison. C’est sain la peur. La peur est notre salut : tout d’abord, elle nous rappelle que nous ne sommes pas invincibles, et elle nous conduit à la prudence et la mesure. Ce ne sont pas tous les va-t-en guerre qui vont nous permettre de nous sauver face à l’épidémie.

Nous sommes au contraire engagés dans une course de fond, où tous nos repères s’effondrent, où toutes nos certitudes ne sont plus que doutes. Il faut agir avec rigueur, détermination, calme et mesure.


Aujourd’hui les moyens de contenir la propagation se mettent en place : mesures de « confinement » individuel : masques, mesures barrières-lavage des mains, tenue, tests et bientôt sérologie des immunisés, moyens pour les personnes vecteurs de santé, moyens pour les structures de santé, mise en place de traitements qui s’affinent, et dans quelques mois, vaccins.

Impossible d’entendre que nous en avons encore pour quelques mois ? Impossible de se projeter et de se dire que nous ne reprendrons une vie « dehors » une fois que les mesures barrières (confinement compris) auront produit les premiers effets bénéfiques ?
Et si nous devons rester avec des masques jusqu’à ce qu’on trouve un vaccin (quelques mois) est-ce si dramatique ?

L’important c’est de se protéger les uns les autres. Un virus n’a pas de morale, n’a pas de valeurs, pas de frontières, pas de passeport. Nier les autres c’est tous nous condamner.

Nous sommes en train de lutter contre une pandémie. Il n’y a pas à tergiverser. C’est simple, clair et efficace.

Ces mesures frappées du bon sens doivent s’imposer à tous. Mais elles doivent être avant tout comprises, et chacun doit s’en imprégner afin d’adopter les bons comportements.

Mais ces bons comportements ne pourront être compris que s’ils s’appliquent à tous.

Or le gouvernement ouvre une brèche dans le dispositif qu’il met lui-même en place, et nous suggère d’aller travailler sur les chantiers ou à la campagne, et abolit la durée du temps de travail.

Comment dès lors se comporter en citoyen responsable si les exemptions et les entorses à la règle se multiplient ?

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Les héros et les salauds

Par Ouarda Benlaala


Les héros ont des noms et ils sont des gens du quotidien que l’on croise tous les jours dans le métro sans les connaître :

Mon amie Sophie, réanimatrice à l’hôpital qui tous les jours, sans masque, sauve des vies au péril de la sienne, Samir le livreur de chez Casino, aujourd’hui en réanimation pour avoir fait son travail, Bernard, le médecin de famille qui travaille 12 heures par jour depuis le début de l’épidémie, aujourd’hui arrêté pour coronavirus, l’infirmière, l’éboueur, le facteur et tous ces gens sans qui la France, serait un pays à l’arrêt.

Ils demandaient tous à être entendus, écoutés, respectés de grève en grève et toujours la même réponse : « pas d’argent magique » et maintenant on se souvient d’eux, on leur demande encore des efforts, des sacrifices, ils risquent leur vie pour que la notre continue : nous n’oublierons pas.

Pour les salauds j’avais une liste longue comme le bras des salauds qui empoisonnent le quotidien durant cette crise sanitaire, puis j’ai regardé l’interview de Darmanin et là je me suis dit que j’en tenais un bon.

Sans sourciller, alors que l’on tire sur l’hôpital depuis des années et que Macron a mis le dernier clou au cercueil, le ministre nous propose de faire un don, une cagnotte leetchee pour sauver l’hôpital, mais quelle grande idée, quand on sait que la France est à l’arrêt que la majorité des français qui se serrait déjà pas mal la ceinture, va devoir carrément y ajouter un cran : ils comptent sur nous encore.

Je m’attendais, vu qu’on est en guerre, à un effort national, genre on remet l’ISF, c’était le moment de nous prouver que la richesse des gens d’en haut allait ruisseler sur l’hôpital.

Encore une fois on humilie les héros du quotidien, et cette fois ils n’oublieront pas.

 

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