Archives par étiquette : Lettre n°75

L’étrange faillite – Edito Lettre n°75

Par Julien Dray 


La France vit depuis plusieurs jours une crise sanitaire dont l’ampleur et la gravité sont assurément réelles. La situation nous invite à adopter des comportements rigoureux et d’un impeccable civisme. La solidarité ne doit pas faire non plus défaut.

Cependant les circonvolutions et revirements du gouvernement intriguent.

Ultime palinodie, le report (sans doute justifié) du second tour des élections municipales à juin alors que le pouvoir indiquait quelques dizaines d’heures avant que le premier tour pouvait se tenir. Les étranges confidences de Madame Agnès Buzyn, parlant de mascarade à propos d’un scrutin auquel elle était volontaire pour se présenter laissent d’autant plus pantois qu’elle s’érige sa propre statue en affirmant qu’elle a averti très tôt la tête de l’exécutif du danger en cours, sans que rien ne corrobore cette bien étonnante autopromotion ou défense.

Dans une période comme la nôtre, il faut toujours avoir en tête la phrase de Spinoza : « ni rire ni pleurer mais comprendre ». La science médicale n’est pas dépourvue de ressource pour vaincre le virus. La France ne manque nullement d’un personnel soignant tout aussi dévoué tout aussi exceptionnel ». Il faut avoir foi en la science et ne pas se laisser submerger ni par l’angoisse ni par la peur. D’éminents spécialistes font merveille de rapidité dans les recherches menées de par le monde. Considérons les travaux du Professeur Raoult qui est rejoint par nombre de ses collègues et obtient des résultats nous l’espérons prometteurs à Marseille.

Dans le même temps, soyons respectueux collectivement d’une saine discipline républicaine. La République implique la participation décisive du peuple et l’affirmation du bien commun. En aucune façon, cette crise ne doit permettre, par la peur narurelle, présente dans la société et dans chacun de nous de la démobiliser et de revenir sur les droits sociaux et démocratiques fondamentaux. Il n’y a toujours pas de sauveur suprême, toujours pas de chef qui ferait le bonheur des peuples à la place des peuples eux-mêmes. L’histoire nous a appris que dans les crises on ne joue pas avec les libertés publiques où la démocratie.

Une commission ad hoc dans chaque assemblée, Assemblée Nationale et Sénat, doit deux fois par semaine faire le point sur la situation, sous l’œil des caméras, afin que chacun sache, en conscience, ce qu’il peut et doit penser de cette crise. Les rumeurs, les « fake news » disparaitront d’elles mêmes. Quant à l’exécutif, une éventuelle tentation autoritaire ne l’engagerait que dans une inéluctable répudiation par le peuple.

Enfin, constatons, avec un certain plaisir, comment les vérités d’hier ont été balayées en quelques heures. Non seulement la santé nécessite des moyens mais, en outre, notre système de production et de consommation est, par l’impérieuse nécessité de cette épidémie, déclaré caduque. Cependant, la grande distribution, pilier de l’ordre néolibéral, qui capte des montants financiers astronomiques tandis qu’évidemment ses salariés n’en ont pour l’instant aucune miette.

Il est temps de changer de modèle. Dans quelques semaines ou mois, les constats en ce sens faits par l’exécutif s’envoleront en fumée et seront oubliés. Il s’agira alors de bâtir la force historique changeant d’ère et se fondant sur l’espoir et non sur la peur.

Plus que jamais prenez soin des votres comme de vous mais gardez l’esprit de résistance.

https://www.facebook.com/groups/171451933557529/
Vous souhaitez recevoir La Lettre l’Engagé(e) directement dans votre boite mail ? Envoyez-nous un mail à l’adresse suivante : lengagee.lettre@gmail.com

« Quoi qu’il en coûte »… vraiment?

Par Pierre Mazzorbo


Le Président de la République a peur. Cela s’est senti dans son discours du lundi 16 mars sur l’épidémie de Coronavirus, où jamais il n’a employé les termes de « stade 3 » et de « confinement ». Il a peur. Peur de ses actes. Peur des conséquences de ses actes. Peur de la situation. Il est resté dans le flou et a laissé son gouvernement préciser les choses, puis l’administration détricoter les mesures annoncées. La peur est toujours mauvaise conseillère.

Pourtant le discours était plein d’espoir : « rien ne sera comme avant », « on va tirer les conséquences », « quoi qu’il en coûte », « chômage partiel pour tous »… On a cru que le virage social était enfin arrivé.

« En même temps », les injonctions paradoxales de l’Exécutif

Et comme toujours, dans le nouveau monde, les choses sont dans le « en même temps », les injonctions contradictoires. En cinq jours, la cacophonie a gagné.

Christophe Castaner commence par proclamer le confinement. Mais un confinement à trous… qui fait que les joggers se croisent à moins d’un mètre sur les quais de la Seine à Paris.

Olivier Véran, sous la pression des médecins hospitaliers, proclame « Restez chez vous »…

Mais en même temps, Castaner donne des ordres pour que les policiers ne portent pas de masque. C’est anxiogène paraît-il. Comme si cela les avait gênés que les BRAVM de Lallement portent cagoule et masque… Alors les policiers se transforment en prolétaires de la sécurité…

Et en même temps, Bruno Le Maire répète « Allez travailler ».

Et en même temps, Jean-Baptiste Djebbari ferme 50% du trafic de transports en commun.

Et en même temps, Olivier Véran continue de dire « Restez chez vous ».

Et en même temps, Muriel Pénicaud exhorte le secteur du BTP à être citoyen et à reprendre les chantiers. La FFB, fédération que l’on ne peut pas taxer d’être gauchiste, en vient à défendre ses salariés… qui sont parmi les plus exposés. Leurs bases vie ne sont pas nettoyées et désinfectées. C’est important pour les douches, les vestiaires et le coin repas. Et il n’y a pas de masques. Pas plus que de matière première livrée pour construire…

Et en même temps, Emmanuel Macron fait le fier à bras dans les hôpitaux, dénonçant les discours hypocrites des médecins qui se plaignent du manque de moyens et des coupes budgétaires dans l’hôpital public.

Et en même temps, Olivier Dussopt annonce que le jour de carence des fonctionnaires est maintenu…

Et en même temps, Olivier Véran s’époumone : « restez chez vous ».

Et en même temps, Bruno Le Maire demande aux salariés de la grande distribution d’aller travailler, mais sans garanties de protection pour eux-mêmes.

Et en même temps, en plein confinement, Jacqueline Gourault et Sébastien Lecornu demandent aux 30.000 conseils municipaux élus le 15 mars de se réunir pour élire les maires avant que le conseil scientifique finisse par dire que ce n’est pas sage…

En même temps, Agnès Pannier-Runacher répète à longueur de journée qu’il n’y a pas de contact social sur un chantier…

Par pudeur, on mettra un masque sur les déclarations de Sibeth Ndiaye.

En cinq jours, le gouvernement et l’administration auront détricoté toutes les annonces du Président Macron, en date du lundi 16 mars.

Macron, on n’en peut plus de ses « en même temps »…

Covid-19, un virus de classe!

Cette politique ressemble à L’étrange défaite de Marc Bloch… On est en guerre. Mais, Emmanuel Macron en est encore à inspecter la Ligne Maginot quand les Ardennes sont déjà débordées. Retard sur les masques. Retard sur la chloroquine. Retard sur le confinement. Retard sur le déploiement de l’Armée.

Continuer la lecture

Au-delà du virus, un premier tour des élections municipales prévisible

Par Lantier


Après moult atermoiements, justifiés au vu du contexte sanitaire que connaît le monde, sur la tenue du premier tour des élections municipales, il a finalement eu lieu comme prévu le dimanche 15 mars. Il nous faut tout d’abord rendre hommage au personnel de l’administration, aux élus, aux militants et aux citoyens qui ont accepté de tenir ce scrutin. Certes, beaucoup d’entre eux se sont interrogés. Surtout quand le gouvernement trouve le moyen de confirmer le maintien des élections le jeudi, et d’annoncer la fermeture de multiples lieux de rassemblement le samedi soir, veille dudit scrutin. La nuit n’a pas été tranquille pour toutes ces personnes engagées, qui ont craint pour leur santé et celle de leurs concitoyens.

Pourtant, dimanche matin, dans tous les bureaux de vote en France, il a été relevé très peu d’incidents et les mesures sanitaires ont été très largement respectées. Les bureaux ont ouvert, loin de la panique annoncée, les gels et les lingettes étaient prêts et après quelques minutes d’hésitation avec les premiers votants, les mesures de précaution ont été prises.

Les citoyens se sont déplacés. L’abstention est importante et l’écart s’est creusé avec 2014 mais il nous faut noter malgré cela, que le taux de participation a atteint en fin de journée les 44,66%, loin d’une catastrophe annoncée qui aurait pu remettre en cause totalement la légitimité du premier tour du scrutin et rendre vain les efforts réalisés tout au long de la journée par ceux qui ont tenu ces bureaux et ceux qui s’y sont déplacés.

Au vu de la situation sanitaire, et du report du second tour des élections municipales au mois de juin, il semble assez logique que les résultats aient finalement été peu commentés, surtout lorsque le gouvernement finit par annoncer le confinement le lendemain du scrutin. Pourtant ces résultats sont intéressants et il est fort à parier que le Covid-19 n’ait en rien altéré leur véracité au regard du contexte politique.

D’abord, les élections sont terminées dans la majorité des villes françaises. Le maintien des élections acquises au premier tour a mis fin au suspense dans plus de 30 000 communes. Les conseils d’installation ont été reportés au mois de mai, dans la logique de l’annulation des rassemblements, mais ils ne devraient pas réserver de surprise sur les vainqueurs.

Seules restent en lice les 4 922 communes où l’une des listes n’a pas atteint les 50% au premier tour. Et les tendances se dessinent déjà nettement. L’abstention n’ayant pas atteint un camp plus qu’un autre, le second tour devrait confirmer le premier.

Les majorités sortantes ont été fortement plébiscitées dans l’ensemble du pays. Le parti au pouvoir, sans véritable ancrage local, s’est effondré. Il s’agit là du premier revers électoral pour LREM. Souvent alliés aux partis du centre, le parti au pouvoir dépasse rarement les 15%, quand ils ne sont purement et simplement pas directement éliminés au premier tour.

Même dans les grandes villes, là où le réflexe d’un vote national est le plus présent, les marcheurs boivent le bouillon. Les parlementaires qui se sont risqués à être candidats sont humiliés comme Monique Boulestin à Limoges (7,7%) ou encore Monica Michel à Arles qui arrive en 5e position avec moins de 5% des suffrages. Chez LREM, les seuls qui s’en sortent tant bien que mal sont les marcheurs de droite, convertis au Macronisme.

Continuer la lecture