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Europe : L’essentiel est sauvé ?

Par Julien Dray 

La détermination aura eu raison des blocages ? L’Europe est préservée et la mutualisation des moyens de ce plan garantie le « faire ensemble ». L’enveloppe globale est elle aussi, si l’on se réfère aux données brutes, historique. Chacun ira de ses commentaires sur la méthode et les différents objectifs visés. Il y a en effet beaucoup à dire. Cet accord obtenu de justesse montre à quel point l’Europe doit changer profondément et vite !

Mais on ne peut commenter sans au préalable admettre l’importance des moyens mis en jeu.

Pour en arriver là, il a fallu une extraordinaire remise en question de la politique budgétaire de l’Allemagne. Madame Merkel a fait passer clairement l’intérêt européen avant la doctrine libérale de son pays. Fort de ses équilibres elle aurait pu défendre une toute autre position et s’associer, comme elle l’a fait par le passé, aux plus réfractaires de ce plan. La situation de l’Italie a sans doute marqué un tournant dans l’appréhension du pouvoir allemand sur la crise.

Par ailleurs, il est clair que l’axe Franco-Allemand, est une force dont l’Europe ne peut se passer pour la faire avancer ou, au pire, la préserver. Dans le couple, chacun, à ce sommet, a défendu un rôle différent. Emmanuel Macron, reconnaissons-le, a été utile dans l’accomplissement de ce projet. Il a certes aussi usé d’initiatives originales en jouant le chien fou, brandissant la menace et occupant le canal de la communication ; Angela Merkel a elle construit sa défense du projet à l’allemande : calme, puissante et déterminée.

C’est sur cet axe ressoudé –durablement ?- du couple franco-allemand que l’Europe peut et doit se permettre de constituer un noyau dur intègre. C’est à partir de cet axe qu’une harmonisation sociale pourrait être envisagée.

Le premier bénéficiaire de cet accord, c’est donc l’union Européenne.

Et si le mot « Historique » peut être employé tant pour l’énormité de la somme et pour la mutualisation de la dette que pour la durée de cette rencontre, en sera-t-il de même pour la mise en place concrète des plans de relances respectifs dans les 27 pays de l’union ? La question reste entière.

On n’a pas vraiment entendu que l’on placerait l’aspect social comme une priorité. Ce n’est pas encore un mot à la mode comme « climat », « transition écologique » ou encore « entreprise ». Quand aux mots « éducation » et « culture » …

C’est donc dans la répartition effective des fonds et leur destination que l’on pourra juger de ce que l’on veut sauver et comment : l’humain ou le business d’abord, fut-il vert ?

Si l’on en croit les compromis –trop nombreux ?- obtenus par ceux que l’on a appelé « les frugaux », les plans d’austérité devraient accompagnés les plans de relance. Ce n’est pas exactement le tournant que la population Européenne attend ; en particulier dans notre pays.

La France obtiendrait quarante milliards de prêts remboursables. Les italiens cent cinquante milliards… Le fait nouveau du plan de relance, c’est que la dette aussi est mutualisée. Ce n’est donc pas sur quarante milliards qu’il faut calculer la part de la dette française mais sur trois cent soixante milliards de prêt consenti pour l’ensemble du continent. C’est cent dix milliards de plus que ce qui était prévu. Et cent dix milliards de moins de subventions aux pays les plus fragiles. Il fallait un accord qui montrerait l’image d’une Europe généreuse en subvention. Il fallait donc que la part des subventions soit plus importante que celle obtenue par des prêts. Ce fut dur, mais ce fut fait…de peu.

Il reste, derrière les sourires enjoués des bénis de la crèche, un certain nombre de questions dont certaines sont inquiétantes. Mais bon, on a sauvé l’essentiel se disent-ils. Cela suffira-t-il à retrouver la confiance ?

Les « frugaux » étaient en partie constitués de sociaux démocrates et même d’écologistes. Comment cette gauche là peut-elle s’opposer au green deal ?

La gauche Européenne doit retrouver un sens commun très vite.

C’est même à elle de se mobiliser, de retrouver ses fondamentaux et l’intérêt collectif surtout ! de se reconstruire pour redevenir centrale dans le paysage politique européen.

C’est à elle de trouver les moyens de réconcilier les citoyens entre eux, de se réconcilier avec elle-même pour que plus jamais on aborde un sommet en se disant : « ça passe ou ça casse ». Sinon, la prochaine fois pourrait être la dernière !

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Europe : virage ou faux semblant ?

Par Gaël Brustier

Le plan de 500 milliards d’euros proposé par la France et l’Allemagne est, de prime abord, une heureuse nouvelle.

La République de Berlin infléchit sa politique de cavalier seul incarnée par la Chancelière Merkel depuis son accession au pouvoir. Cette dernière a consenti une véritable avancée, demandée par la Présidence Macron en proposant un plan de relance financé par le budget européen.

De prime abord, cela ne peut que séduire les croyants dans le « couple franco-allemand moteur de l’Europe ». Cependant, il ne s’agit là que d’un commencement bardé d’ambiguités et, sur le berceau de ce plan de relance proposé par la France et l’Allemagne, se penchent déjà de bien mauvaises fées portant mauvais présage. Or S’il revient bien à la Commission d’emprunter sur les marchés « au nom de l’Union européenne », ce qui est effectivement une nouveauté quasi-historique, bien des incertitudes planent sur ce plan.

Du plan, on peut déjà se demander si le montant est suffisant. Saupoudré sur les vingt-sept états de l’Union, il pourrait être privé d’efficacité, d’autant que comme l’a dit la Chancelière « il faudra rembourser ». Thierry Breton, pourtant historique partisan d’une application stricte des « critères de Maastricht, annonce quasiment la caducité de ceux-ci.

Plusieurs petits Etats (Autriche, Danemark, Suède, Pays Bas) se font contestataires du plan. Leur logique est simple, limpide et assez habituelle : Il ne peut s’agir que de « prêts » et les Etats devront rembourser, en contradiction avec les déclarations d’Emmanuel Macron.

Des lignes de fracture anciennes sont avivées : « Nord contre Sud », petits contre grands Etats, tenants d’une austérité persistante contre promoteurs d’un effort budgétaire commun.

Le Chancelier Kurz va proposer un autre plan.

Si les tensions s’avivent au sein de l’UE et de la zone euro, que fera une Allemagne entrée en crise politique ?

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Finis Europae? – Edito lettre n°77

Par Julien Dray 


Tout le monde a vu les images des camions russes (les anciens diront « soviétique ») débarquant par avion en Italie pour venir prêter main forte dans l’épreuve que le pays affronte. Loin d’être anodin diplomatiquement sur un plus long terme, il est de surcroît symboliquement extrêmement important et significative.

Le Général de Gaulle, de là où il est, a dû sourire en voyant son songe d’une Europe « de l’Atlantique à l’Oural » trouver là une esquisse de concrétisation.

Pendant quinze jours, à compter du début de l’épidémie, l’Italie s’est retrouvée bien seule. Ce pays dont l’ensemble de la classe politique, d’un bout à l’autre de son spectre politique, a adhéré corps et âme au projet d’intégration européenne a constaté avec une surprise mêlée d’effroi que l’Union européenne et ses membres n’entendaient nullement contribuer matériellement à enrayer sur place ce premier gros foyer de l’épidémie sur notre continent. En colère Giuseppe Conte, chef du gouvernement (PD/M5S), a parlé de la « mort de l’Europe ». Comble de la situation : des dizaines de milliers de masques destinées à l’Italie sont restés en République tchèque, arraisonnés lors d’une escale. La solidarité règne…

Disons-le franchement, si on faisait un sondage aujourd’hui, il y a fort à parier que nombre de peuples, convaincus au fil des années que « l’union fait la force », prendraient, à la vue de ce triste et sinistre spectacle, la poudre d’escampette.

Les choses sont désormais simples, d’une simplicité on ne peut plus limpide, soit l’Europe s’engage sur la voie du sursaut, soit ce sera son écroulement. L’égoïsme des uns par rapport aux autres ne cesse de prospérer alors qu’on pouvait penser ou espérer qu’une crise pareille resserrerait les liens entre des nations qui avaient fait un véritable effort de rapprochement.

Du côté des gouvernants Allemands, la ligne est intangible : oui à l’Europe tant que cela ne nous pose pas de problème et nous rapportent . Ces derniers temps Berlin a opposé à la solidarité européenne le fameux MES qui conditionne l aide de l’Europe aux privatisations, réformes structurelles et à une austérité budgétaire toujours plus forte.

Parlez en aux Grecs et vous verrez de quoi il retourne. D’ailleurs le Ministre des Finances allemand a déclaré qu’après la crise tout redeviendrait comme avant et que l’austérité serait la même. Ces derniers jours l’Allemagne a réaffirmé son refus des eurobonds qui était la manière de mutualiser les dettes des pays européens et la condition d’un gigantesque plan d’investissement.

La France est comme toujours au milieu du gué, ne parvenant à prendre la tête d’un grand projet européen, elle cherche à concilier deux conceptions que cette crise rend davantage encore incompatible. Elle cherche à s’attirer les bonnes grâces de Berlin.

A quoi sert cette Europe ? A quoi sert cette Europe devenue immense mais qui a cessé d’être grande dans ces jours terrible? Vienne, Berlin, Amsterdam forment un trio solidaire qui considère que le « club Méditerranée » (l’Europe du Sud) doit obéir. C’est donc la question de confiance qu’il faut poser :

qui est prêt à assumer le projet d’une Europe vraiment collective et volontaire ?

Cette question doit trrouver pour réponse un oui ou un non. Portugal, Espagne, Italie et Grèce pourraient être tentés de nous répondre oui. Si nos partenaires allemands, néerlandais et autrichiens (ces derniers aspirant à une domination de l’axe danubien) pourraient penser un temps se débarrasser des mauvais élèves ils se mettraient rapidement dans les mains de Monsieur Poutine.

Le temps du choix est là et le courage pour les responsables politiques français est d’assumer cette amicale confrontation .

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Espagne : Les libéraux de Ciudadanos font tout contre la Gauche, et s’allient à la droite et l’extrême droite

Par Cécile Soubelet

Le 26 mai dernier, les Espagnols se sont rendus aux urnes pour voter à 3 élections : les européennes, les parlements locaux (de chaque province) et les municipales. Si le PSOE est arrivé en tête massivement, depuis se joue un jeu d’alliances entre les libéraux de Ciudadanos, et les conservateurs du Partido Popular pour neutraliser et empêcher la Gauche de gouverner, quitte à pactiser avec l’extrême droite.

Une alliance tripartite contre la Gauche à Madrid et dans cinq capitales de provinces

Si certains se posaient encore la question si les membres de Ciudadanos étaient des centristes de gauche ou de droite, il n’y a plus d’hésitation. Les libéraux « progressistes », amis de LREM ont choisi leur camp et s’allient majoritairement (mais pas exclusivement) avec les conservateurs.

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La leçon espagnole !

Par Julien Dray

Le PSOE, sous l’impulsion de Perdro Sanchez, a donc remporté les élections En Espagne. C’est évidemment une excellente nouvelle pour la gauche en Europe. Cette éclaircie, dans un monde politique qui semblait avoir abandonné la gauche jusqu’à la marginaliser, peut et doit servir ailleurs en Europe pour régénérer la pensée socialiste.

Chacun y va, dans son pays respectif, de son analyse. Si l’on doit se réjouir de cette victoire, il est cependant essentiel de ne pas se tromper sur le réel message de cet événement. Continuer la lecture

Pour une Primaire des idées !

Par Julien Dray

On assiste médusés au déplorable décalage qu’il existe aujourd’hui entre les préoccupations sociales et les luttes picrocholines envahissant la sphère politique. A droite comme au centre comme à gauche, chacun cherche d’abord, en ignorant plus ou moins le reste, son chemin électoral en prévision des prochaines élections Européennes.

Le pouvoir en place et son parti de supporters se renforce dans les derniers sondages en gagnant à droite et à l’extrême droite ce qu’il perd à gauche. La droite semble privilégier l’identitaire et voit son électorat se réduire significativement. La gauche n’est plus qu’une multitude de micro-partis dont chacun veut la peau de l’autre.

Tout le monde sait que sans rassemblement à gauche personne n’empêchera le combat annoncé entre le capitalisme financier d’Emmanuel Macron et le nationalisme assumé de Marine Le Pen. Pourtant, enfermés dans leurs officines respectives, chacun cherche la meilleure tactique pour tirer les marrons du feu à son profit : Les verts, aux abois financièrement, souhaitent se refaire une santé à l’occasion d’élections plus favorables que d’autres ; la FI, sur la pente descendante, s’obstine à vouloir faire cavalier seul ; le PC, génération, les radicaux, Place publique…. et le PS sont dans l’incantation d’une unité de façade !

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