Archives de catégorie : Gaël Brustier

« Le gauchisme anglo-saxon »

Par Gaël Brustier

Voici plus de quatre décennies, Jean-Pierre Chevènement, alors jeune dirigeant du remuant et dérangeant CERES – « aile gauche » d’un PS en ascension vers le pouvoir – désignait ses adversaires comme la « gauche américaine ». Les « rocardiens », une partie de la CFDT étaient ainsi assimilés à tort ou à raison à un dessein social-démocrate inféodé à l’atlantisme et au marché.

Aujourd’hui c’est «le gauchisme anglo-saxon » qui contribue à tuer la gauche radicale autant que la gauche social-démocrate ainsi que, ne l’omettons pas, l’écologie politique. Le « gauchisme anglo-saxon » est un mélange d’emprunts aux sciences sociales et à une partie de la pensée critique conçue outre-Atlantique et de revendications identitaires assumées et qui, comme toutes les revendications identitaires, ne vont pas sans une forte dose de reconstruction a posteriori de l’Histoire. Il est aussi un appel à la répudiation de l’universalisme des Lumières et de la République française.

La République est une œuvre humaine et donc faillible. Elle est, de fait, éternellement inachevée. Sans aucun doute, celle-ci – jadis République coloniale – n’a-t-elle pas compris suffisamment tôt que l’identité de certains de ses concitoyens se construisait aussi dans le regard de l’autre. Ces impasses ont créé une brèche dans le débat public, par laquelle les adversaires de l’universalisme se sont rués.

A l’instar de Maboula Soumahoro, « chercheuse » en science sociale gavée d’argent public- une vulgate approximative issue des campus nord-américains, surévaluée ici en France et hors de contexte puisque la Seine-Saint-Denis n’est pas l’Alabama. Des campus américains vient en effet tantôt le meilleur ou le pire, prenant parfois l’apparence d’un prurit totalitaire et portant un dessein mortifère (comme sur le campus d’Evergreen aux Etats-Unis, théâtre d’une folie sectaire gauchiste collective qui remonta jusqu’au Congrès des Etats-Unis). Souvenons-nous que les Indigènes de la République se sont saisis de manière abusive des travaux de Joseph Massad, disciple d’Edward Saïd, pour faire avancer de bien curieuses thèses homophobes. Puisant chez Massad, un questionnement relatif aux entreprises idéologiques visant à favoriser l’essor de « l’identité gay » dans les pays du Moyen-Orient, ceux-ci ont (l’effort de traduction étant sans doute trop difficile à mener) cru bon d’appliquer au hachoir les réflexions de Massad aux… banlieues françaises. Voyant en beaucoup de nos concitoyens des « colonisés », ils ont ainsi fourni une bouillie intellectuelle mortifère et dangereuses pour les LGBT de ces quartiers. Béats d’admiration devant les prouesses des tenants du gauchisme anglo-saxon, un nombre croissant de dirigeants des partis de gauche veulent « poser la question de la race » sans s’apercevoir, évidemment, que les directions de leurs propres mouvements ne ressemblent en rien à la diversité de la société française…

Les sciences sociales ne sont pas coupables. Seulement, il est aujourd’hui des usages publics des sciences sociales comme il est des usages public de l’Histoire. Une saine distanciation est de mise. Ni Stuart Hall, le maître des Cultural Studies, ni Edward Saïd, ni même Frantz Fanon et tant d’autres n’ont à être voués aux gémonies pour le triste spectacle de la pataugeoire militante de ce gauchisme anglo-saxon. Tout au contraire, si l’intelligence de la société avait vraiment – et ces penseurs avec – été vraiment diffusée, elle n’aurait pas été kidnappée par un quarteron d’énièmes couteaux de la vie militante, aussi nocifs qu’inopérants intellectuellement.

Ce « gauchisme anglo-saxon » est partiellement lié à La France Insoumise via Danièle Obono et le « trotsklste » SWP anglais auquel elle est liée, véritable môle de « l’islamo-gauchisme », marginal dans le pays mais omniprésent dans le microcosme militant des « politiciens du dimanche ». Ce « gauchisme anglo-saxon » doit impérativement disparaitre pour laisser la place à une véritable Gauche radicale de gouvernement, humaniste, républicaine , qui jusqu’à l’implosion du mélenchonisme était portée par sept millions d’électeurs.

Ce gauchisme-là fait son miel de toutes les idéologies morbides propres à la crise que nous connaissons depuis une décennie. Conspirationnisme, connivence avec l’islamisme politique (mais attaque systématique du croyant catholique), « anti-sionisme » pavlovien flirtant avec l’antisémitisme (Les cris « morts aux juifs » de la manifestation Justice pour Adame ont été volontairement minorées au lieu d’être dénoncées, ce qui allait probablement de soi pour beaucoup des manifestants présents sur la Place de la République), bizarreries « veganes » à la violence physique et totalitaire avérée, « anti-racisme » importé des campus américains et qui développe un racisme d’un nouveau genre ou des théories imposant de se « positionner » sur le plan identitaire, sans oublier le goût pour les chasses aux sorcières et les confessions publiques etc etc. Dernière extravagance, la demande faite de « confesser » ses « privilèges ».

Ce serait faire preuve d’indulgence excessive que d’oublier la manie des listes de dénonciation et de la volonté de censurer les œuvres d’art qui heurtent « le politiquement correct », comme ce fut le cas pour Exhibit B, bien accueilli à Avignon mais qui s’attira l’ire de militants violents lors de sa présentation à Saint-Denis. Cette mouvance cherche l’idéal-type de la figure de la « victime », qui donne le sésame pour se faire bourreau de l’autre à peu de frais. La victime peut prendre beaucoup de visages mais que leur importe fondamentalement le destin d’un enfant juif sur le chemin de son collège ? Soyons franc : pas grand-chose. Ce « gauchisme anglo-saxon » , par son flirt périlleux avec l’antisémitisme a parasité le combat salutaire d’un Jeremy Corbyn, qui a perdu…

En France, depuis le 10 novembre, il a montré à la gauche française la porte de sortie de l’Histoire. Dans son entrebâillement, on aperçoit le cercueil qui lui est destiné. Tout se paye un jour.

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Europe : virage ou faux semblant ?

Par Gaël Brustier

Le plan de 500 milliards d’euros proposé par la France et l’Allemagne est, de prime abord, une heureuse nouvelle.

La République de Berlin infléchit sa politique de cavalier seul incarnée par la Chancelière Merkel depuis son accession au pouvoir. Cette dernière a consenti une véritable avancée, demandée par la Présidence Macron en proposant un plan de relance financé par le budget européen.

De prime abord, cela ne peut que séduire les croyants dans le « couple franco-allemand moteur de l’Europe ». Cependant, il ne s’agit là que d’un commencement bardé d’ambiguités et, sur le berceau de ce plan de relance proposé par la France et l’Allemagne, se penchent déjà de bien mauvaises fées portant mauvais présage. Or S’il revient bien à la Commission d’emprunter sur les marchés « au nom de l’Union européenne », ce qui est effectivement une nouveauté quasi-historique, bien des incertitudes planent sur ce plan.

Du plan, on peut déjà se demander si le montant est suffisant. Saupoudré sur les vingt-sept états de l’Union, il pourrait être privé d’efficacité, d’autant que comme l’a dit la Chancelière « il faudra rembourser ». Thierry Breton, pourtant historique partisan d’une application stricte des « critères de Maastricht, annonce quasiment la caducité de ceux-ci.

Plusieurs petits Etats (Autriche, Danemark, Suède, Pays Bas) se font contestataires du plan. Leur logique est simple, limpide et assez habituelle : Il ne peut s’agir que de « prêts » et les Etats devront rembourser, en contradiction avec les déclarations d’Emmanuel Macron.

Des lignes de fracture anciennes sont avivées : « Nord contre Sud », petits contre grands Etats, tenants d’une austérité persistante contre promoteurs d’un effort budgétaire commun.

Le Chancelier Kurz va proposer un autre plan.

Si les tensions s’avivent au sein de l’UE et de la zone euro, que fera une Allemagne entrée en crise politique ?

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Inégalité sociale devant le confinement et ses conséquences.

Par Gaël Brustier


L’inégalité devant le confinement recoupe les inégalités sociales.

Alors que se déchainent les pulsions libérales-autoritaires enjoignant à nos concitoyens de « rester chez eux », force est de constater que ces généreuses injonctions font fi de l’extrême diversité des situations sociales pesant sur le vécu du confinement.

On devine qu’il est plus aisé de vivre le confinement à deux dans un duplex-terrasse à Saint-Germain des Prés qu’à 5 dans un F2 à Bondy. Pourtant, contrairement à une rumeur répandue, les milieux populaires du 9-3 sont aussi respectueux du confinement que le reste de la population. Ils ont d’ailleurs du mérite. Parfois mal ravitaillés, privés de cantines scolaires, certains foyers souffrent doublement : de l’enfermement et des conséquences économiques de la situation, qui les privent de ressources pour se nourrir.

Enfin, plusieurs semaines d’enfermement peuvent avoir, pour ceux qui habitent des surfaces très contraintes, des conséquences sanitaires majeures en provoquant excès ou possibles violences domestiques.

Pour ceux qui n’ont pas de toit, c’est aussi le risque de ne plus être ravitaillés.

L’inégalité devant le confinement est réelle et peut déclencher une autre crise sociale et sanitaire post-Covid 19.

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Covid19 : Inégalité sanitaire

Par Gaël Brustier


La crise sanitaire du COVID-19 menace tout le monde mais d’abord les plus fragiles.

Les personnes âgées sont particulièrement exposées, on le sait. Elles sont aussi, de facto, souvent coupées de leur famille, de leurs proches, par les strictes règles du confinement, notamment dans les EPHAD.

D’autres publics sont également en grand danger. Les SDF, fragilisés par des mois ou des années de rue sont des sujets risquant particulièrement leur vie dans cette épreuve. Il suffit d’observer les scènes de misère et de détresse au coin de nos rues pour comprendre que jusqu’à cette crise sanitaire globale et malgré les promesses faites à chaque campagne électorale, les SDF ne sont pas la priorité politique.

Autres personnes exposées, voire surexposées au COVID-19, les toxicomanes. Les Parisiens assistent avec horreur au développement de la « Colline du Crack », ce lieu de campement et de deal du crack situé Porte de la Chapelle. Particulièrement désocialisante, en croissance exponentielle, cette drogue accélère le déclin immunitaire et physique de ses victimes. D’autres toxiques sont hélas à l’œuvre et exposent une Le non règlement de cette question sur le long terme risque de créer une crise sanitaire dans la crise sanitaire.

Enfin, la situation des structures hospitalières psychiatriques, dégradée par des années de négligence de l’Etat est des plus graves : lits de facto basculés au service de la lutte contre l’épidémie et fermeture temporaire des structures de proximité restantes contribuent à rompre le lien thérapeutique, à interrompre suivi et traitement de cas qui nécessitent parfois pourtant soins et attentions. Les contrecoups de l’épidémie risquent hélas, dans ce secteur, d’être des plus rudes.

La crise sanitaire que nous vivons rend plus dramatique encore des situations marquées par le sceau de la précarité et de la misère. Il est temps de repenser l’action de la puissance publique en la matière et l’idée que la société se fait de ces sujets.

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La révolution qui vient

Par Gaël Brustier


« L’hégémonie commence à l’usine ».

Cette phrase d’Antonio Gramsci mérite qu’on s’y attarde. Il n’y a plus beaucoup d’usines en France et en Europe mais sa signification est autre. C’est à partir du processus de production et des intérêts matériels des masses, du « peuple », des salariés, des petits patrons et des auto-entrepreneurs et même, soulignons le, des stagiaires, cette main d’œuvre corvéable à merci.

Donc, oui, à la base du front culturel, il y a le front économique, il y a le front social. Le « combat culturel » ne peut être extrait de cette dimension économique et sociale, de cet aspect matériel prééminent, à partir duquel, effectivement, se construit la vision du monde et « l’idéologie ».

Le mouvement des Gilets Jaunes est une des facettes d’un processus qui allie ce que l’on appelle « le mouvement économico-corporatif » aux fragiles radicelles d’un moment politique à venir. Les signaux faibles sont quand même des signaux à prendre en compte. De samedi en samedi, malgré LBD et « nasses » arrosées de lacrymogène, des Français se rassemblent. Les facteurs nombreux.

Au contraire de l’Italie, pas de Beppe Grillo, ici, pour prendre la tête d’un mouvement des places mené tambour battant en camping car. Aux élections européennes, les listes Gilets Jaunes n’ont pas rallié un grand nombre de suffrages. Est-ce à dire que ce mouvement ne pèse pas réellement sur le destin du quinquennat Macron.

La mobilisation du 5 décembre, plus encore qu’une « convergence des luttes », c’est la possible coagulation d’un mouvement social, culturel et politique d’ampleur.

Il manque pour l’heure l’étincelle mais pas le potentiel. Les peuples d’Europe vivent encore.

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L’Algérie ou la révolution permanente.

Par Gaël Brustier


La mobilisation massive des Algériens comme la stratégie employée par l’oligarchie – militaire entre autres – pour provoquer la dislocation du mouvement sont d’intéressantes leçons pour comprendre la vague de contestation qui soulève nombre de sociétés de continents différents.

En Algérie, comme le signifiait Djamila Bouhired, considérée en Algérie comme une héroïne nationale, le peuple algérien veut parachever sa Révolution fondatrice, en défendant une aspiration démocratique renouvelée et professant un refus catégorique de la répartition inégalitaire des revenus qui a été le sceau du régime depuis bien longtemps.

On peut ajouter à ces aspirations une façon d’exorciser la guerre civile des années 1990, dont on prédisait qu’elle avait rendu le peuple algérien amorphe. Mouvement social, populaire, la contestation algérienne se cherche un débouché politique.

Le pouvoir mise sur des arrestations symboliques pour casser la dynamique civique contestataire et sur des élections présidentielles « arrangées » pour sauver le régime. Si la rue, les intellectuelles, les forces sociales imposent une constituante, la donne changera fondamentalement. C’est l’alliance de la révolte sociale et de l’aspiration démocratique qui porte ce mouvement comme elle en porte d’autres.

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