31 juillet 2020

Nous, engagé.es à gauche

Par Yoan Hadadi

A son tour, L’Engagé.e va prendre sa pause estivale. L’heure est aux réflexions dans un paysage politique qui se contracte, se rétracte et se morcèle. Dans un contexte global où les violences se font jour dans tous les pays et à tous les niveaux de nos sociétés.

La Chine prend possession du consulat américain à Chengdu… en réponse à une mesure similaire à Houston. Pendant ce temps, Trump ne porte pas de masque et les USA enchainent les records morbides face au Coronavirus. En France, les records tragiques s’annoncent aussi pour la rentrée : 5000 emplois directs en moins chez Airbus, d’autres encore à AirFrance, Sanofi, Nokia, Smart, Cerdia, Daher, Mecafi, OpenSkies, Technicolor, Conduent… et dans toutes ces entreprises qui ne feront pas la Une des médias. Ces PME et TPE menacées dont on ne parlera pas au 20h, mais qui draineront aussi leurs lots de souffrances. Pas une région française ne sera épargnée par la crise économique. Près de 800 000 emplois sont directement menacés en France d’ici à décembre prochain. 6 mois d’angoisse pour des dizaines de milliers de familles. 6 mois de luttes sociales. 6 mois sans savoir de quoi sera fait demain.

Hier, le Gouvernement a largement échoué dans sa gestion de la crise sanitaire comme une suite logique dans un système institutionnel de plus en plus incapable de répondre aux enjeux de notre époque. Nos concitoyens ne se trompent plus et rejettent massivement ce régime pour ce qu’il est : faible avec les forts, fort avec les faibles. Inapte à servir le peuple. Dans le même temps, nos concitoyens ne s’éloignent pas de l’intérêt général, eux qui donnent de leur temps et de leur argent au monde associatif, eux qui tentent de prendre soin les uns des autres dans un monde rongé par l’individualisation et parfois le repli sur soi. Si nous en doutions, il suffit d’observer ces belles initiatives solidaires menées tout au long de ces long mois de confinement. Mais la politique, c’est fini. Hier, 58, 4% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. La pandémie sera placée dans les premiers facteurs d’explication. Sans doute. Mais, quiconque ouvrira ses oreilles dans les files d’attente des commerçants, sur les plages, dans les cafés ou dans les transports comprendra que ce facteur apparait comme une explication faible et un bouclier bien maigre en défense des institutions de la Ve République.

Hier, 28 000 000 de françaises et de français ont fait le choix de ne pas voter. C’est bien la démocratie qui est en question. En conséquence, un démocrate ne pourra pas se contenter de parler de « désaffection » de nos concitoyens pour la politique face à un tel rejet, aux questions et aux risques soulevés. Un militant socialiste, fondamentalement et viscéralement attaché aux principes d’expressions et de participations citoyennes, encore moins. Pourtant, ce mot revient dans la langue pour définir le niveau d’abstention. Par cet effet, l’abstention ce ne sont plus des citoyens mais une entité indéfinie, abstraite et absurde. En cela, il est l’expression d’une mécanique implacable au service d’une stratégie reposant sur le postulat suivant : « Seuls ceux qui votent nous intéressent, les autres n’existent pas ». Partant de ce principe, est mise en application une équation par laquelle il s’agit de faire la somme des votes de gauches sans se soucier de ceux qui ne votent pas. Peu importe les valeurs, les idées et les projets, il faut additionner. Additionner pour espérer sauver quelques postes. Alors, si la mode est au vert, on se range derrière le vert. Sans autre réflexion. A ceux, parmi les militants de gauche, qui regardent de trop près, on murmurera qu’il ne s’agit que d’une technique de camouflage en attendant des jours meilleurs. A ceux qui demandent explicitement une profonde remise en question sur ce que devrait être le socialisme dans un contexte populiste, de fractures et d’injustices sociales on répond : « râleurs ! ». Aux camarades qui exigent l’élaboration d’un projet politique, on ne prendra même pas la peine de répondre. Des engagements semblent déjà pris ailleurs. Sans concertation, c’est décidé parce que c’est la mode, il faut se ranger derrière les verts.


Cette logique de repli est dangereuse. Elle laisse de côté les classes populaires qui n’ont pourtant eu de cesse que d’essayer de se faire entendre depuis des mois. Dans cette atmosphère, Laurent Joffrin lance une bouffée d’oxygène. Une initiative pour poser les bases d’un projet politique de gauche. Un projet qui ne soit pas fermé sur soi, ni traversé par les dérives dogmatiques et téléologiques de sectes autoproclamées centrales à gauche. Certes, le texte d’appel porté par près de 130 personnalités morales et intellectuelles de la gauche française apparait encore tiède devant l’ampleur de la tâche. Mais, prenons le pour ce qu’il est : un commencement. Par le verbe, ces camarades nous invitent au débat, c’est-à-dire à l’exposé de nos désaccords réels pour élaborer ensemble un chemin de gouvernement. Les mots sont posés, place aux actes.

Nous le disons clairement, il faut bouger sans attendre ! L’heure n’est plus au jeu de cache-cache en vue de la prochaine élection présidentielle. Elle est à la transparence et à la précision. La vraie morale ne s’occupe pas de ce que nous pensons et voulons, mais de ce que nous faisons.

La gauche doit se trouver un projet en redéfinissant son socle de valeurs. Tous les militants de gauche, sans distinction, socialistes, communistes et écologistes de gauche, doivent pouvoir s’autodéterminer dans un Congrès unitaire des forces de la Justice et du progrès social. Un débat, un vrai par un ersatz vernis médiatiquement par quelques éléments de langage, un lieu où l’on pose les désaccords sans compromission pour parvenir à une convention. Un programme commun.

Refondation, dépassement, peu importe les mots, il faut ouvrir les portes et les fenêtres, tendre la main à toutes celles et tous ceux qui veulent s’engager pour un monde solidaire.

Fier.e.s et libres, engageons-nous !

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