8 avril 2020

Crise de Régime!

Par Yoan Hadadi


L’actuelle crise sanitaire que traverse l’ensemble du monde a été qualifiée de « guerre » par le Président de la République.

Pour autant, il ne semble, ni lui ni le gouvernement, agir tel que le ferait un commandant en chef dans la bataille. Par exemple, parmi les élémentaires de toute conduite opérationnelle se trouve la nécessité absolue d’être toujours en mesure de connaître l’ensemble des effectifs à disposition, leurs caractéristiques en termes de compétences, leur situation géographique, leur état de fatigue, etc. Or, s’il s’agit là d’une guerre, à aucun moment, le commandement n’a été, à ce stade, en mesure de répondre à des questions aussi simples que le nombre de personnels de la Réserve sanitaire et son emploi, le nombre de médecins de ville en activité réelle, les relations entre établissements hospitaliers publics et privés…

Il en va de même quant aux matériels et si on élargit le spectre, quant aux dispositions stratégiques de conduite de cette dite guerre. Pour le moment, le commandement n’a pas explicité son plan dont nous espérons qu’il existe.

Pour toute stratégie, le commandement a fanfaronné devant un hôpital militaire, à grands renforts d’images qui se veulent impressionnantes. Si nous saluons l’engagement et le dévouement des personnels civiles et militaires, notamment dans le déploiement par le service de santé des armées d’un hôpital de campagne dans des conditions tactiques difficiles, il s’agit tout de même de dépasser les images et déclarations pour observer la réalité qu’elles recouvrent.

Simplement deux constats. Face à une guerre, la France déploie 30 lits et n’est pas capable de procéder à des distributions de masques pour l’ensemble de sa population.

Disons-le clairement, il n’y a rien de satisfaisant dans ces observations. Personne ne saurait se contenter ni même polémiquer sur les manquements de l’exécutif actuel. Dans la bataille, nous faisons face ensemble.

Cependant, cela ne doit pas nous retirer la possibilité de questionner la situation. En ce sens, l’usage du mot « guerre » par le Président de la République aurait dû le contraindre lui et l’ensemble de l’exécutif à tenir le rôle qu’ils se sont choisi, celui d’un commandement en chef. D’un véritable Etat-major capable de définir une stratégie précise et de répondre de son action. A l’inverse, les hésitations, chaque jour plus visibles, laisseront des traces dans la population.

En effet, dans quel état psychologique va se trouver notre pays, en sortie de confinement, lorsqu’aux difficultés inhérentes à toute forme d’enfermement s’ajoutent des constats d’échecs tels que l’impossibilité pour la France de procéder à des tests massifs ou de donner un masque à chacun de ses habitants ? C’est-à-dire concrètement un morceau de papier avec un filtre en plastique et deux élastiques.

Quel sera l’état psychosocial d‘une population qui se sent abandonnée ? Les français considéreront légitimement ne pas avoir été bien protégés par ceux auxquels ils ont confié la charge d’agir en pareil circonstance. Nombreux le considérant d’ores et déjà si l’on en croit la multiplication des sondages en ce sens ou la croissance exponentielle des déclarations de mécontentements sur les réseaux sociaux.

D’autant que ces questionnements viendront immanquablement s’additionner à la situation sociale de la France avant le déclenchement de la crise sanitaire. Situation, doit-on le rappeler, dans laquelle les mouvements sociaux n’ont jamais cessé depuis le 17 novembre 2018 et l’expression visible d’un sentiment largement diffus de ras-le-bol.

Cette colère sourde, formulée de multiples manières et uniquement contenue par les forces de l’ordre avec toute les limites que l’on connait, n’a jamais trouvé de réponse politique satisfaisante de la part de l’exécutif. Toutes ses tentatives s’étant soldées soient par des échecs (exemple des réponses dites sociales aux gilets jaunes), voire par une montée en puissance du mouvement (exemple du projet de réforme des retraites).

Au total, il apparaît que la France ressortira de cette crise sanitaire laissant nos concitoyens avec un sentiment d’abandon de la part des pouvoirs publics. Une perception encore plus ressentie par les couches sociales les plus défavorisées dont l’absence de réponse en matière de politique de soins se fait d’autant plus ressentir. Il y a l’exemple du département du 93, qui malgré toute l’abnégation de ses habitants, de ses professionnels de santé ou de ses élus, présente un tableau social explosif dans cette séquence avec un nombre de malades très importants et un manque criant de structures sanitaires pour y faire face.

A cette sensation d’abandon s’ajouteront toutes les difficultés que notre société a mis au jour tout au long de ces dix dernières années. La crise sanitaire est une loupe qui montre que la France est traversée depuis longtemps par une crise sociale profonde et désormais par ce qu’il convient d’appeler une crise institutionnelle, dans la mesure où nos concitoyens ne se sentent plus représentés comme il convient.

Il appartient à chacun.e. de nous de mettre tout en œuvre afin que cela ne débouche pas sur une crise démocratique. Car le risque existe et personne ne peut plus désormais (comme nombre d’entre nous l’ont fait durant toutes ces années) se réfugier derrière l’abri confortable des institutions de la Ve République, car le régime même est en crise.

C’est pourquoi l’issue de cette crise devrait appeler l’élection d’une Assemblée Constituante, afin de redéfinir le contrat et les modalités qui unissent l’ensemble de notre Nation.

Cette Constituante devrait aussi avoir pour objet de dire clairement quelles relations la France entend avoir avec nos amis européens au sein de l’Union.

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