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PANIQUE !? – Edito lettre n°98

Par Julien Dray 


Cette expression née dans les années 70 n’est pas due au hasard. Quel que soit le côté vers lequel on se tourne, c’est l’angoisse qui est au rdv.

Il y a la pandémie. Du jamais vu. Elle est mondiale. Elle affole le monde. Le pouvoir erratique, hésitant, prend des mesures brutales de dernier recours. Les décisions prises aujourd’hui le sont dans une précipitation qui ne peut être qu’un élément supplémentaire d’inquiétude. Les journées, les semaines et peut-être les mois à venir seront longs, sans possibilité de se divertir, de libérer les esprits, de renforcer le lien social. Pour les uns se sera métro, boulot, dodo et pour les autres ce sera l’enferment contraint. Nous serions sensés être en sécurité ? nous vivrons dans la peur de ne pas avoir d’issue à ce tunnel sans fin.

La situation de notre pays est anxiogène. La politique du chiffre d’une part et l’abandon de certains services de renseignements, le manque d’anticipation, entre autres, menée depuis des années, ont ouvert des brèches et n’ont pas permis de préparer ce qui arrive aujourd’hui. Nous portons tous une part de responsabilité.

Et puis il y a une offensive islamique sans précédent qui, sans nul doute, a compris l’intérêt du moment et profite de notre faiblesse pour tenter de faire plier la république sur ses principes essentiels. Il n’y a pas de hasard à la concomitance des deux phénomènes.

La peur, là encore, l’emporte sur la raison. La peur c’est opaque, c’est une notion qui pousse à se méfier de tout, de l’autre. La peur force à la déraison. Elle peut aboutir à la violence ! Il faut une autre méthode de gouvernance. Le discours dominant alimente cette peur plus qu’elle ne la combat.

Instrumentaliser la peur, ce n’est pas notre ADN. On sait que la peur est inversement proportionnelle à l’efficacité sur tous les plans ! La peur, ce n’est pas une valeur de gauche.

Notre modèle démocratique est en danger ? C’est à nous de le défendre. Il y a ici et là des propositions inquiétantes ? C’est à nous de les dénoncer, de les confronter à nos principes. On pourrait être tenter de se diriger vers un régime autoritaire ? C’est à nous d’opposer notre conviction humaniste, sociale, solidaire.

La France est un pays et c’est aussi une histoire, un récit ! elle n’est forte que lorsqu’elle est debout, qu’elle fait peuple, qu’elle transmet de l’universel ! Nous ne sommes pas faits pour vivre dans le communautarisme, dans l’individualisme, dans l’égoïsme, dans un monde qui voudrait en rabattre sur nos libertés et sur notre commun ! Nous ne devons pas nous laisser impressionner !

Il n’y a pas de hasard. Tout est lié. Et pourtant nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes dans un combat qui mérite un autre discours et d’autres actions. Nous sommes dans une période où nous devons réaffirmer notre attachement à une république sociale et laïque.

Sur la gestion de la pandémie, on doit donc d’abord traiter les conséquences sociales et culturelles ; ne pas favoriser ceux qui ont déjà, lors de la première vague, vu leur fortune augmenter de façon exponentielle au détriment de tous les autres… Que n’avons nous pas plus largement débattu pendant et après la première vague pour prendre des décisions d’intérêts collectifs ?

Sur la gestion du terrorisme il faut aller à la source, accepter de comprendre d’où, aujourd’hui vient le mal. Ne plus jamais verser dans la naïveté. Tout est lié ! Que n’avons nous pas davantage soutenu les Kurdes à un moment de l’histoire où il était possible d’éradiquer la mouvance islamique ?

La prééminence d’un pouvoir à tendance monarchique affaiblit sans doute un peu plus la république et donne des armes à ceux qui veulent la remplacer par des idéologies extrémistes, fondamentalistes !

Si nous ne nous respectons pas, si nous n’imposons pas clairement le respect d’un état de droit, si on ne nomme pas pas les choses clairement, nous continuerons, fatalistes, à vivre dans la peur. Nous subirons, impuissants, des procédures d’exception qui se succèderont et qui mettrons à mal notre modèle.

Nous devons donc rester debout. Entretenir notre capacité d’indignation. Evacuer la peur. Elaborer un discours digne de notre histoire. Réinventer la concorde plutôt que d’appelr vainement à l’unité. Construire un front démocratique.

Exigeons un vrai débat, une vraie conférence élargie à toute la population pour aboutir à un pacte démocratique d’une République fière de son triptyque et de sa spécificité.

Notre crédo, notre seul crédo c’est celui d’un état social d’intérêts collectifs ; d’un état laïc qui ne s’accorde pas avec le oui mais !

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D’UNE JUPE ET D’UN MINISTRE QUI PRÔNE LA « TENUE RÉPUBLICAINE » POUR LES FILLES…

Par Delphine Pineda

Un fait divers parmi d’autres en 2020 en France : encore une étudiante insultée et frappée parce qu’elle porte une jupe…

Vivre en 2020 en France, et ne toujours pas pouvoir s’habiller comme on le souhaite lorsqu’on est fille ou femme et qu’on sort dans la rue ? Oui, il y a quelque chose de toujours aussi grave dans ce fait si fréquemment rapporté ces derniers temps. Oui il y a quelque chose qui dérape encore et qui dérange, et oui il y a un courant d’ordre moral qui depuis quelque temps refait surface dans notre République.

Cet ordre moral qui exige des filles et des femmes qu’elles ne soient plus provocantes dans la rue et qu’elles baissent les yeux devant l’homme.

Cet ordre moral qui veut absolument ramener les filles et les femmes à un statut très cadré et parfaitement défini par une archaïque pensée. Une pensée archaïque pourtant aujourd’hui toujours véhiculée par des livres, des intellectuels, des professeurs et des églises : celle de la pudeur féminine et au delà celle de l’assujettissement des filles et des femmes à un « alter non ego » masculin plus fort et plus haut qu’elles.

Entendons-nous bien, ceci n’est pas que l’apanage des intégristes religieux comme certains voudraient nous le faire croire. Il n’y a qu’à écouter cette récente et si curieuse injonction d’un ministre de la République française en exercice, exigeant que les élèves s’astreignent désormais à porter une tenue « républicaine » lorsqu’elles se rendent à l’école ! Oui, vous avez bien entendu et bien lu, en 2020 en France, un ministre de la République en exercice se mêle d’établir le porté « républicain » et le porté « non républicain », c’est à dire le « provocant » et le « non provocant » en matière d’habillement scolaire pour les filles, nos filles !

Pourquoi relier ces deux affaires me direz-vous ?

Figurez-vous, chères lectrices et chers lecteurs qu’il existe en France une loi sur le harcèlement de rue que visiblement Monsieur le ministre et quelques autres semblent ne pas avoir lu ou bien ne pas avoir encore à l’esprit ! Et c’est infiniment regrettable et c’est infiniment coupable.

Cette loi promulguée en 2018 donne en effet le droit à chaque fille et à chaque femme de s’habiller comme elle le souhaite, et ce à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, où qu’elle se trouve en France. Cette loi a été conçue dans le but d’affirmer haut et fort que celles qui subissent en tant que femme des agressions verbales et/ou physiques ne sont pas les coupables, mais que ce sont bien leurs agresseurs qui sont coupables d’un acte contraire à la loi, et que ce sont bien leurs agresseurs qui sont en position de devoir rendre des comptes devant l’Institution, que les agressées aient été en jupe, courte ou longue, en jean, en short, en top, maquillées ou pas maquillées au moment de l’agression.

Cette loi est bien une loi de justice destinée à désormais protéger les citoyennes françaises et leurs filles de toute accusation de provocation, si facilement invoquée par les hommes agresseurs.

Alors Monsieur le ministre Blanquer, vous qui exigez désormais que chaque fille se rendant à l’école porte une « tenue républicaine » « non provocante » : est-ce votre façon de nous dire qu’au sein même de nos écoles, votre ministère est à ce point impuissant et incapable d’agir contre les pulsions testosteronnées de la gente masculine ?

Est-ce votre façons de nous dire qu’il est incapable de protéger nos filles de potentielles agressions ?! Ou bien n’est-ce pas en fait l’occasion pour vous de tirer à votre profit cet ordre moral qui s’en prend toujours en premier lieu aux filles et aux femmes, à leurs corps ainsi qu’à leur liberté ?

Chère lectrice, cher lecteur, peut-être pensez-vous que nous sommes loin d’en être arrivé à de telles extrémités… et pourtant… Regardons autour de nous, écoutons, lisons et réalisons à quel point cet ordre moral dont les femmes et les filles font comme d’habitude les premières les frais est en marche. Constatons le combat idéologique entre deux factions opposées en cours aujourd’hui, avec d’un côté celles et ceux qui souhaitent à tout prix aller de l’avant, en mordant la vie, ses bonheurs et ses aléas à pleines dents et de l’autre celles et ceux qui se raccrochent aux âges anciens, ces âges sombres où la femme doit se rendre invisible, baisser les yeux et s’habiller d’une façon parfaitement définie, tout en pudeur, afin de ne pas subir la raillerie, l’insulte, l’opprobre et le rejet ?

Cher Emmanuel Macron, cher Jean-Michel Blanquer, cessons de jouer avec le feu. Laissez les établissement gérer les élèves, ils sauront le faire, assurément mieux que vous.

Et faites par contre en sortes que la loi contre le harcèlement de rue qui a été promulguée soit enfin appliquée. Faites en sorte que tout soit mis en oeuvre pour que dès leur plus jeune âge et tout au long de leur vie, les garçons apprennent le respect absolu des filles et des femmes, et leur reconnaissent instamment ce droit à avoir exactement la même liberté, la même égalité, le même respect qu’ils s’accordent à eux mêmes et qu’ils accordent à leurs proches masculins.

C’est là votre travail, votre seul travail en la matière, et il est urgent que vous vous y atteliez afin de enfin rendre possible le « vivre toutes et tous ensemble » dans notre République. Merci.


LOI n° 2018-703 du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes (JUSD1805895L) https://www.legifrance.gouv.fr/dossierlegislatif/JORFDOLE000036730730/

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La crise sociale n’est pas éteinte !

Par Jérôme Grataloup


Après plus de 10 mois de mobilisation, et alors que les manifestations des gilets jaunes s’essoufflent et disparaissent, 4 français sur 10 continuent de soutenir le mouvement. De fait, la crise sociale est loin d’être résolue. Et ce n’est pas la consultation, lors du grand débat, des corps intermédiaires, qui a changé la donne.

Le malaise social français se ressent dans toutes les couches de la population, des classes moyennes aisées aux plus exclus en passant par les classes populaires. La réponse du gouvernement, ou plutôt l’absence de réponse concrète et la perpétuation des réformes sociales injustes, font de cette rentrée une poudrière et une porte ouverte aux mouvements extrémistes pour les prochaines élections municipales.

La consultation tardive des élus locaux, eux même fatigués de se battre seuls depuis des années contre l’abandon des services publics de l’état, n’aura pas suffi.

Le gouvernement continue par ailleurs ses réformes du modèle social français, qui d’ici quelques années n’aura plus rien d’exceptionnel ni de protecteur. Alors qu’il fut un bouclier contre les affres de la crise économique en 2008, Macron le détricote lentement, consciencieusement, et durablement.

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