Archives par étiquette : Lettre n°91

Rien ne nous est dû mais rien ne nous est interdit!

Par Julien Dray 

Ils l’avaient dit. Ils avaient prévenu. Les médias sont passés au vert. Ils avaient donc préparé leurs analyses urbaines et de ce point de vue nul ne peut être vraiment surpris.

A y regarder d’un peu plus près, avec recul, sérénité et l’objectivité qui convient, les choses ne sont pourtant pas aussi simples que l’on veut bien nous les présenter. C’est bien le social qui s’est imposé comme un tsunami à l’échelle mondiale et particulièrement en France.

On a pris conscience collectivement du rôle des invisibles, de ces travailleurs indispensables et pourtant les plus mal rémunérés de notre société. On a pris conscience que le télétravail pouvait générer aussi du bon air dans l’environnement ; on a aujourd’hui du mal à revenir dans les entreprises. On a pris conscience de ce que procure de dépendance une mondialisation dérégulée et soumise à la dictature du profit.

C’est dans ce contexte que le deuxième tour des municipales a eu lieu. La première conséquence a évidemment été une condamnation sans équivalent de la politique du président. C’est pour Emmanuel Macron une bérézina qu’il voudrait faire oublier en affichant sa volonté de troquer son costume de trader pour s’habiller de vert ou de renouer avec les populations éloignées des centres villes en s’attachant à une droite des territoires.

La seconde conséquence, c’est, qu’on le veuille ou non, le retour de la droite et de la gauche. Elles renforcent toutes deux leurs positions et le centre qui penche à droite ; de LREM à l’UDI en passant par le MODEM, s’efface peu à peu. La droite garde le milieu rural, la gauche devrait s’en inquiéter mais elle conquière aussi des périphéries aux dépens de tout le monde. Les derniers évènements autour de Lyon et d’autres villes devraient nous interroger. La gauche reprend des villes importantes et conserve ses bastions d’origine mais qu’en est-il du vote populaire ?

La troisième conséquence, c’est l’inexorable montée de l’abstention, que l’on attribue un peu rapidement à une crainte liée au virus. Elle vient de beaucoup plus loin et si elle se renforce n’est-ce pas que justement les dégradations sociales observées depuis plus de deux ans n’ont trouvé que très très peu d’écoute et encore moins de réponse de la part du gouvernement ? Les jeunes pour l’environnement, les Gilets jaunes grands pourvoyeurs des invisibles, les fonctionnaires et leur cris d’alarmes sur le service public, ces retraités que l’on a désignés comme les grands privilégiés de la société… Tous se sont éloignés de procédures démocratiques auxquelles ils croient de moins en moins, en particulier les classes populaires sacrifiées.

La quatrième conséquence, c’est que là où il y a eu rassemblement de la gauche, quelque soit la tête de liste, elle a gagné et donc repris des communes importantes soit au centre soit à la droite. Là où il n’y a pas eu rassemblement elle n’a au minimum pas pu s’imposer et quelquefois perdu des villes.

La dernière conséquence est évidemment un vote vert un peu surévalué mais qui s’est renforcé et progresse surtout dans les zones urbaines. On est cependant loin de la vague que l’on nous décrit (Villes de + de 30.000 habitants : 101 villes sont dirigées par la gauche dont la moitié par le PS (48) 15 par le PCF et 9 par les écologistes. Le PS à conquis 12 villes et EELV 8 villes). Le vert est donc surtout ici l’opportunité d’une tentative de leadership politique et là une échappatoire à une catastrophe doctrinaire que le COVID 19 a révélé. Le vote écolo est par ailleurs très différent suivant que l’on soit à la ville ou à la campagne.

Est-ce pour autant qu’il ne faut pas en faire une priorité ? non, bien évidemment. Mais on se tromperait si on ne voyait que cela. En ne voyant pas la fracture entre les grandes villes et le milieu rural. En ne considérant pas la fracture sociale au moins aussi importante.

Un sondage paru le soir des élections municipales, et passé presque inaperçu, montrait quelles étaient les priorités des français : des Français dans leur ensemble, ceux qui se sont déplacés pour élire leur maire et ceux qui se sont abstenus. C’est la protection sociale qui arrive en premier, suivi du pouvoir d’achat. L’écologie arrive en troisième.

S’il ne s’agit donc pas de nier l’importance de l’écologie dans la mise en place d’une alternative au libéralisme économique, il faut impérativement le lier à la question sociale. C’est bien d’un nouveau CNR dont on a besoin ; Non pas d’une adhésion à tel ou tel, que l’on parle d’appareils ou d’individus.

Tant au niveau local qu’au niveau national, c’est la gauche qui est à l’origine de tant d’avancées sociales. Chaque parti ou mouvement a sa spécificité. C’est en les mettant en commun que l’on parviendra à trouver le chemin, chacun apportant sa contribution et ses idées. Son identité. C’est par les idées qu’il faut commencer. Le fait accompli que l’on voudrait nous imposer ne peut qu’empêcher la création d’un mouvement élargi que l’histoire nous impose.

Tous, à gauche, ont un rôle à jouer, sans exclusive, sans stigmatisation, sans décider à l’avance des bons et des mauvais. C’est d’un projet commun que viendra l’incarnation et pas l’inverse. Nul ne doit s’effacer, tous doivent se rassembler. C’est cela l’impératif !

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Violences policières ou violence d’état ?

Par Edmond Thanel

Comment a-t-on pu passer des embrassades et des larmes partagées d’une France debout après les attentats de Charlie au slogan « tout le monde déteste la police » ? comment a-t-on pu passer du principe de « gardien de la paix » aux voltigeurs à moto et à la BAC pour mater les manifestations ?

Les Black blocs ne sont pas arrivés avec les Gilets Jaunes. Les éléments violents qui n’ont en général que peu de rapports avec les causes ont toujours été là, profitant de la foule pour agir. Ils représentent souvent des exclus, volontaires ou pas, en mal de vengeance. Ils sont souvent bien organisés et surtout, ils sont connus ou plus exactement ils l’étaient.

Puis on a supprimé des pans entiers de renseignements intérieurs, de ceux qui, immergés partout sur le territoire, permettaient d’anticiper, de prévenir et d’empêcher très souvent que les choses ne dégénèrent au point où on le voit aujourd’hui. Certes, des bavures, il en a eu. On les a inscrites sur un calendrier et l’on y revient chaque année. Certes les contrôles au faciès existent depuis longtemps. Pourtant il fut une période ou les choses semblaient se normaliser sur des valeurs républicaines.

Si l’on devait, depuis deux ans, inscrire chaque mort, chaque éborgné, chaque blessé à vie, chaque bavure, un calendrier n’y suffirait pas.

Les policiers et les gendarmes sont-ils plus violents, plus racistes qu’avant ? Si on constate une certaine radicalisation idéologique, comme dans le reste de la société, on ne peut pas dire que les comportements soient directement liés aux convictions. Ils ne sont en outre pas recrutés en fonction de cela… normalement. Toutes les confessions, toutes les couleurs de peau sont représentées dans ces corps de métiers. Dans la police comme dans la gendarmerie c’est la république, l’ordre républicain, qui fait loi. On défend l’ordre, on ne combat pas la liberté d’expression et même on doit la protéger !

Ce ne sont donc pas les individus qui seraient collectivement responsables d’une dérive que chacun peut constater ? alors il faut le dire ; c’est le système qui a changé !

La suppression des renseignements intérieurs, de la police de proximité, la constitution de certains corps policiers, le choix de préfets davantage portés sur la répression que sur la gestion de conflit ; l’introduction des BAC et des voltigeurs au milieu des compagnies républicaines de sécurité, les stratégies de « nassage », d’encerclement, les armes utilisées et les méthodes de maitrise des individus forment un cocktail qui loin de calmer les esprits, renforcent un sentiment de profonde incompréhension et attise la colère.

La violence appelle toujours la violence. Plutôt que de la contrer on semble vouloir la provoquer ou la renforcer…volontairement ?

En 1968, la police était alors dirigée d’en haut par le préfet Grimaut. Si l’on compare la méthode de ce préfet d’alors avec celui d’aujourd’hui à Paris, on comprend la différence entre une gestion de crise et les techniques employées aujourd’hui. On ne peut que constater la dérive d’un état de plus en plus policier.

Il ne fait pas bon être policier ou gendarme. Certains se cachent. D’autres demandent à leurs enfants de ne pas donner leur réelle profession à l’école. Beaucoup se taisent et développent des dépressions quelque fois fatales.

Pendant ce temps que fait-on au sommet de l’état ? Quelles sont les déclarations du chef de l’état ou du ministre de tutelle qui laisseraient à penser qu’une remise en cause de la politique de sécurité menée depuis plus de deux ans maintenant est possible, urgente, actée ? Aucune.

La force publique est toujours légitimée par le potentiel danger que représentent ceux qui expriment leur désarroi, leur épuisement, leur colère…. Le potentiel danger est donc dans chaque Français opposé à l’abandon des services publics, à la fracture de lien, à l’injustice sociale et fiscale.

Ça va finir par faire beaucoup !

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Touche pas à mon prof !

Par Marianne de Chambrun

Imaginez une grande entreprise qui demanderait à ses salariés de télétravailler sans leur fournir le matériel adéquat, c’est-à-dire sans leur donner un ordinateur. Imaginez cette même entreprise qui imposerait à ses collaborateurs l’utilisation de nouveaux outils sans même le leur présenter et encore moins les former. Imaginez encore cette même entreprise qui demande à ses équipes du jour au lendemain de pratiquer un métier différent de celui pratiqué auparavant et cela sans accompagnement, sans aide, sans formation, sans bonne pratiques sur lesquelles s’appuyer. Imaginer enfin que tout cela soit annoncer à la télévision, sans présence de personne de proximité avec qui échanger.

Cette entreprise elle n’existe pas car aucun collaborateur n’accepterait d’être traité de cette manière-là. Cette entreprise elle n’existe pas car les représentants syndicaux s’opposeraient avec violence et à raison que l’on puisse demander l’impossible à des salariés et ce dans un tel flou et une telle improvisation.

Et pourtant cette situation elle a existé, c’est ce qu’ont vécu les enseignants pendant le confinement. C’est par le discours présidentiel puis du gouvernement qu’ils ont été informés que « tout était prêt », que les outils étaient opérationnels et qu’ils allaient pouvoir délivrer l’enseignement comme si de rien n’était. Et pourtant, les outils du CNED existant étaient inconnus de l’écrasante majorité des professeurs qui n’y ont jamais été formés. C’est donc avec leur matériel personnel, sans accompagnement, sans formation q’ils ont dû seuls se débrouiller pour continuer leur travail et adapter une pédagogie présentielle, qu’ils ont façonné au fil de leur expérience à une pédagogie en ligne pour laquelle nous n’avons aucune référence, aucune bonne pratique.

L’acrobatie aurait pu être notée, remarquée, félicitée…pas tout. A la fin de ce confinement les enseignants sortent épuisés, encore abasourdis par ce qu’ils ont vécu et au lieu d’applaudissement ce sont des flots de purins qui se déversent sur le corps enseignant sans qu’aucun membre de la classe politique ne s’en émeuvent.

Jamais à la hauteur, feignants, has been, réfractaires, contestataires, … les compliments pleuvent sans que cela ne choque alors que nous devrions tous pleurer de voir notre système éducatif dans cet état.

En effet, chaque jour d’une année scolaire nous déléguons au corps enseignant la responsabilité d’apporter le savoir à nos enfants de leur donner enseignement et éducation. Il ne s’agit pas de les garder pendant que nous travaillons, il s’agit d’en faire des êtres pensants et intelligents, des êtres en pleine possession de leur capacité de compréhension et d’analyse du monde si complexe qui les entoure. Des langues, à l’histoire en passant par l’art ou les mathématiques toutes ces matières sont là pour aider nos enfants à agir dans leur espace à comprendre par eux-mêmes en être indépendants. Nous ne pouvons pas d’un côté nous battre contre les fakes news et nous désoler de la montée des populismes tout en délaissant l’importance du corps enseignant dans la capacité de nos enfants à se protéger de ces phénomènes.

Et pourtant… quand bien même nous leur donnons cette responsabilité, cette tâche si ardue et en même si primordiale pour nos enfants, nous dénigrons systématiquement leur travail et leur implication.

Cette violence, totalement injuste et injustifiée, vis-à-vis du corps enseignant, est délétère et dangereuse à plusieurs titres. Lorsque la réputation et la considération d’une profession se dégrade de la sorte alors elle n’attire plus les talents pourtant si fondamentaux pour nos enfants. Lorsqu’une profession est la cible de tant de critiques alors elle développe du corporatisme pour se protéger des violences qu’elle subit.

Alors devant nous, nous avons un immense chantier de reconstruction pour l’enseignement. Ce chantier, il doit commencer un bilan de la gauche au pouvoir qui n’a pas été à la hauteur de ce que le corps enseignant pouvait attendre, qui n’a pas su dessiner et mettre en œuvre ce dont la France a besoin comme changement dans son système éducatif. Quel dommage et quel raté quand on pense aux liens histoires qui unissaient la gauche et les enseignants !

En attendant commençons déjà par plus de bienveillance et de reconnaissance vis-à-vis des enseignants.

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