Archives par étiquette : Lettre n°90

Invraisemblable !

Par Julien Dray 

La période que nous vivons est invraisemblable. Voilà des décennies que la social-démocratie tente de trouver un chemin à la fois pertinent et juste. Admettons-le ; elle n’y est pas parvenue complètement. En abandonnant certaines de ses valeurs, en prêtant par trop la main aux lobbies, en acceptant une mondialisation économique financiarisée, en perdant son pouvoir de régulation, en cherchant d’abord à se conformer à des critères dictés par d’autres, en se confondant dans des coalitions improbables…elle s’est assimilée d’elle-même à un modèle plus capitaliste que social, plus libéral que solidaire. Elle a ainsi peu à peu perdu tout crédit auprès d’une population qui, surtout en France, ne voyait plus la différence entre la gauche et la droite.

On croyait donc ses thèses obsolètes, dépassées, inefficaces. On pensait que ce courant là était mort. On pensait n’avoir plus le choix qu’entre des extrêmes et un centre qui penchait dangereusement à droite, de plus en plus à droite. Et pourtant.

Ce que la social démocratie n’a pas réussi à imposer par manque d’ambition, de confiance ou de courage, le COVID 19 l’a fait !

Avant cela les « toujours » beaux discours d’Emmanuel Macron se traduisaient par des réformes destructrices de liens, par le sacrifice de la majorité pour servir une toute petite minorité, celle des plus riches : les premiers de cordée. Les beaux discours teintés d’humanisme accouchaient d’une régression sociale touchant à la fois les jeunes et les anciens, les chômeurs, les précaires, les plus pauvres et les retraités.

Et puis Le virus est arrivé. De Chine ! comme un message subliminal. Mais contrairement aux importations bons marché qui ont fait tant de mal à notre économie, celui là va coûter très cher à la pensée unique, aux certitudes ordo-libérales, aux tentations d’ultra-libéralisme !

Imaginez ! Le COVID 19 a imposé la nationalisation en France de 18 millions de salariés par la mise en place du chômage partiel, le sacrosaint critère des 3% a explosé en vol, on parle aujourd’hui sans tabou d’annuler certaines dettes. On met des centaines de milliards sur le tapis de la reconstruction. On est proche de nationaliser aussi des grandes entreprises sur le territoire national. Les réformes engagées dans notre pays s’annulent d’elles mêmes : la réforme des retraites apparaît pour ce qu’elle est ; la réforme de l’assurance chômage se révèle dans son indécence. Les privatisations comme celle des aéroports, celle des barrages ne sont plus du tout d’actualité. Le réformisme de Jupiter est mis à mal, mis à l’évidence de la crise.

Invraisemblable ! Pour la première fois dans l’histoire de cette république, on a fait passer l’homme avant l’économie, avant la finance, avant le business !

En fait ce virus a donné la leçon à tout le monde. Il nous a obligé à regarder la réalité de la fuite en avant des économistes libéraux : l’homme et la planète sont plus importants, beaucoup plus importants, que les dividendes et les profits de quelques uns !

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Donnons-nous les moyens de la reconstruction écologique et solidaire de notre économie !

Par Arthur Courty ; Charles Adrianssens ; Paul Montjotin


Introduction : faire des choix forts en faveur de la reconstruction écologique et solidaire

Le Président de la République a annoncé dimanche soir dernier dans son allocution vouloir : « reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire ». Qu’est-ce que cette reconstruction écologique et solidaire implique concrètement aujourd’hui et demain ? Comment nous donner véritablement les moyens de cette ambition ? « Gouverner, c’est choisir » disait Pierre Mendes France. Pour être à la hauteur de cette reconstruction écologique et solidaire qu’il a appelé de ses vœux, le chef de l’État doit aujourd’hui effectuer des choix forts. Trois au moins sont à nos yeux aujourd’hui essentiels. Assortir d’urgence les plans de soutien de l’Etat aux entreprises affectées par la crise de véritables contreparties écologiques et sociales (1). Orienter ensuite demain l’ensemble de la politique de soutien à l’innovation et emploi vers entreprises et secteurs qui souhaitent s’engager en faveur de la transition écologique et sociale (2). Repenser à terme de fond en comble la fiscalité des grandes entreprises en fonction de leur empreinte écologique (3).

1.Assortir les plans de recapitalisation des entreprises affectées par la crise de contreparties écologiques et sociales

Les millions d’euros d’argent public injectés dans l’économie pour faire face à la crise ne doivent pas reconduire le monde d’aujourd’hui mais esquisser celui de demain. De ce fait, ce serait une erreur que de vouloir totalement dissocier les plans d’urgence de la perspective de reconstruction écologique et solidaire qu’a esquissé le chef de l’Etat : le monde de demain ne se fera pas d’un coup de baguette magique mais se construit dès aujourd’hui. Les plans de soutien de l’État aux grandes entreprises en difficulté, qui se multiplient aujourd’hui, doivent donc être assortis de véritables contreparties écologiques et sociales.

Si l’ambition écologique affichée par le gouvernement est aujourd’hui forte, force est aujourd’hui de constater que le sérieux des contreparties exigées est dans les faits très discutable. En atteste par exemple la demande adressée au secteur aéronautique de travailler à la mise en service d’un avion vert à l’horizon 2035, un objectif dont la réalisation concrète est de l’avis des ingénieurs du secteur tout simplement impossible. Le discours présidentiel doit donc désormais s’incarner dans des choix forts et crédibles en matière de contreparties écologiques. De tels choix doivent s’inscrire dans un horizon de moyen terme et ne doivent pas pour autant conduire à sacrifier brutalement aujourd’hui les principaux secteurs pourvoyeurs d’emplois.

2.Réorienter demain l’aide publique à l’innovation et la politique de l’emploi en faveur de la transition écologique et sociale

Au-delà des plans de soutien dans le cadre de la crise, l’Etat doit investir sur les acteurs qui seront demain les fers de lance de cette reconstruction écologique et solidaire. Pour ce faire, la politique de soutien à l’innovation doit être repensée pour s’inscrire dans une véritable ambition écologique et sociale. A l’image du programme French Tech 120 qui mobilise des millions d’euros pour soutenir 120 entreprises prometteurs de la Tech, la politique de soutien à l’innovation en France néglige aujourd’hui encore complètement ces enjeux écologiques et sociaux alors qu’ils doivent justement être centraux. Pour être à la hauteur de cette ambition, ce changement de cap pourrait prendre la forme d’une Banque Publique de la Transition écologique et sociale pour soutenir ceux qui feront du monde de demain.

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