Archives par étiquette : Lettre n°89

Avant, après ! et aujourd’hui ?

Par Julien Dray 


On croyait ne plus pouvoir arrêter la marche du nouveau monde. On croyait que les broyeurs mondialisés allaient pouvoir inexorablement continuer à prendre possession de toutes les richesses aux quatre coins de la planète en exploitant l’humain qui s’y trouvait. On croyait le modèle ultra-ordo-libéral indestructible, en béton armé de bénéfices, aux vitres pare balles sociales, libre d’acheter tout, même les états. On croyait aux ressources inépuisables de ces maitres du monde pour garder leur pouvoir et continuer le business… ça, c’était avant, normalement, à moins que l’on ignore les tornades, les tempêtes, les tsunamis, les épidémies, leurs conséquences sur l’homme et son environnement.

A la faveur d’un virus planétaire, on s’est tout de même posé la question. On a froncé les sourcils ici et là en se disant : « et si nous nous trompions ? ». Un réflexe de survie passager ? une petite voix du fond de la conscience que le silence avait permis d’entendre au milieu du chant des oiseaux ? Tout s’était brusquement arrêté. Seuls les invisibles se révélaient dans leur utilité à nous permettre de respirer, s’alimenter, se soigner. Tout était réduit à l’intérieur, à l’introspection, au retour sur soi. Un virus était parvenu à confiner le monde, dans un « chez soi » limité à quatre murs pour celles et ceux qui en avaient. Aura-t-on profité de ce moment propice à la réflexion pour évaluer, changer, anticiper ? Ou bien aura-t-on la réaction de l’élastique tendu à qui on rend sa liberté ? On se pose encore la question.

Après ne sera plus jamais comme avant : voilà ce qui correspond au refrain du moment. Des associations baroques quelquefois, des tribunes largement signées à titre individuel, des mouvements spontanés naissent pour définir des alternatives à la politique de casse réelle du modèle social développée depuis le début du quinquennat. Et dans le même temps, dans la rue, on croise des gens heureux et insouciants de retrouver leur liberté. Comme au sortir d’une guerre, on pense que la liberté n’a pas de prix. Ainsi il y a donc d’un côté ceux qui voient, à raison, une opportunité à changer et de l’autre une grande partie de la population surtout soucieuse de retrouver dans « l’après » leur « avant ».

Or les uns ont besoin des autres et réciproquement ! Il y a donc un temps qu’il faut mettre à profit politiquement. Ne pas se précipiter. Ce serait prendre le risque de n’être ni entendu ni suivi de personne.

On sait que demain, la crise économique succédera à la crise sanitaire. Si l’on en croit les premiers chiffres, elle sera inédite dans son ampleur. Ce sont les jeunes et les plus précaires qui en seront les premières victimes. On sait que seul l’Etat, à travers un modèle encore existant, peut et doit mettre en œuvre une politique réellement sociale. Pour se faire, Emmanuel Macron et son gouvernement devront nécessairement se dédire sur certaines de leurs décisions, sur la réforme de l’assurance chômage, sur la réforme des retraites, sur le code du travail. Pour se faire, on devra aussi ne pas se tromper de cibles quand à la distribution de quelques 150 milliards d’aide aux entreprises.

L’Etat et le politique doivent donc reprendre la main. Le pouvoir actuel en premier lieu. Redonner du sens à l’action politique en se concentrant uniquement sur l’intérêt collectif, l’équilibre de la nation, la dignité de l’humain. Mais pendant que dehors on profite un peu de l’air pur les lobbies, eux, frappent à la porte. La pression sera forte !

Cherchera-t-on d’abord à garder le pouvoir ? à préserver les privilèges ? ou bien passera-t-on du « j’ai changé » déjà entendu en d’autres temps à une réelle prise de conscience sociale de l’Atlas ? Il peut aussi sortir un papillon de la chrysalide qui n’est pour vie que l’éphémère.

Il y avait, il y aura. Mais y-a-t-il un « il y a » ? A gauche on peut encore en douter même si petit à petit des choses semblent avancer vers la nécessité d’un rassemblement. Celui des idées devra être au moins aussi important que celui des hommes.

C’est aujourd’hui, dans ce temps de vide improbable, d’instabilité politique, que peut se construire un mouvement social de progrès, de projets, d’avenir. La seule alternative est là, à gauche. Ne tardons pas à la faire sortir de terre !

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Le monde de demain ne se construira pas en affaiblissant l’État social d’aujourd’hui !

Par Arthur Courty ; Charles Adrianssens ; Paul Montjotin

Alors que la crise sanitaire s’achève, notre pays entre dans sa plus grave crise économique et sociale depuis 1945 qui se solde une augmentation sans précédent du nombre de demandeurs d’emplois (plus de 22%, soit 843 000 personnes, au moins d’avril). Hier réduit à « un pognon de dingue » qu’on jetterait par la fenêtre, notre État social apparait plus que jamais comme notre premier atout pour faire face à cette crise inédite, et ce à au moins trois égards. D’abord pour protéger les plus fragiles des conséquences de la crise économique. Ensuite pour investir sur l’avenir des jeunes générations et leur offrir des perspectives d’emploi durables. Enfin pour faire le choix d’une société solidaire qui prend soin de ses aînés.

Un État social qui protège les plus vulnérables des conséquences de la crise

Depuis le début du quinquennat, l’État social est d’abord appréhendé comme un coût qui plomberait notre économie et dont il faudrait se délester. En témoigne par exemple la réforme de l’assurance chômage votée à l’automne dernier qui, en en restreignant les conditions d’accès, a pénalisé directement 1,4 millions de personnes. L’épreuve de la crise sanitaire nous a rappelé brutalement combien le filet de sécurité fournit par l’assurance chômage était vital pour éviter à une grande partie de la population de tomber dans la pauvreté. A l’heure où la situation risque de se durcir sur le marché du travail, il est impératif non seulement de ne pas affaiblir l’assurance chômage mais surtout de réfléchir comment mieux protéger ceux qui ne bénéficient pas de telles garanties collectives comme les travailleurs indépendants.

Un État social qui investit sur les compétences futures des jeunes générations

Le risque est aujourd’hui grand que les jeunes soient les premières victimes de cette crise. Moins bien insérés dans l’emploi, les jeunes ont d’abord subi de plein fouet l’impact économique de la pandémie : le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans a ainsi bondi de 29 % par rapport à début mars, atteignant le record de 659 000. Au-delà des licenciements, 700 000 jeunes s’apprêtent surtout à rentrer sur le marché du travail à la rentrée de septembre sans réelles perspectives d’emploi. Dans ce contexte, le risque est aujourd’hui grand que ces jeunes générations soient la variable d’ajustement de la crise actuelle. Pourtant, le monde de demain que chacun appelle de ses vœux ne se construira pas en sacrifiant les jeunes d’aujourd’hui. Dans ce cadre, il est donc plus que jamais urgent que la puissance publique investisse massivement dans la formation aux nouveaux métiers en tension – la rénovation thermique des bâtiments va par exemple créer plus de 120 000 emplois en France d’ici 2025 – en octroyant pour ce faire des allocations formation pour les demandeurs d’emploi qui s’orientent vers ces filières clés en lien avec la transition écologique.

Un État social qui accompagne le vieillissement de la population

L’un des grands enseignements de la crise sanitaire que nous avons traversée est l’importance que notre société souhaite désormais accorder à nos aînés. Alors qu’il va être nécessaire de former d’ici 2025 plus de 300 000 accompagnants et aides-soignants pour répondre au manque de personnel dans les structures médico-sociales, le vieillissement de la population est l’un des grands défis qui va se poser à nous dans les prochaines décennies.

Nous avons plus que jamais besoin d’un État social ambitieux pour être à la hauteur de ce défi.

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