Archives par étiquette : Lettre n°67

Quand le Président tourne le dos à la France! – Edito Lettre n°67

Par Julien Dray 

Seul un rassemblement massif à Paris, constitué de citoyens de tous secteurs, publics ou privés ; de tous niveaux sociaux, culturels ; venus de toutes les régions de France peut encore permettre une prise de conscience de l’exécutif.

Nul ne peut plus douter aujourd’hui des réels objectifs d’Emmanuel Macron. Il veut passer en force sur la réforme des retraites. Il veut faire passer pour du courage politique, une obstination qui tourne à l’obsession ! Il ne reconnaitra pas avoir élaborer un projet à la fois inique, injuste et très inégalitaire. Il ne lâchera rien à la CFDT qu’il promène et avec qui il joue comme un chat avec une souris.

Pire, il n’entendra pas la colère, l’exaspération, la désillusion du peuple qu’il est sensé représenter. Il a fait de ceux qui font grève et/ou manifestent justement au nom de cette colère collective, de cette exaspération, de cette désillusion…des ennemis. Il cherche à les isoler, à les réduire, à les humilier par tous les moyens possibles y compris par la violence.

Tel un enfant gâté de la république, un héritier divin de la monarchie, il est certain de pouvoir imposer ce qu’il veut comme il veut. Il détourne la démocratie, se sert d’un statut taillé pour un Général au sortir de la Guerre pour tromper l’intérêt collectif et le transformer en enrichissement des grosses fortunes.

Qui aujourd’hui peut se réclamer de cette démocratie ? Qui peut encore croire que notre modèle, reconnu dans le monde entier, n’est pas en train d’être taillé en pièces ?

Ce projet de réforme des retraites est emblématique d’une méthode et d’une fuite en avant. Loin d’apaiser les rancœurs, l’exécutif les renforce. Jusqu’où va-t-on aller dans le cynisme et la provocation ?

Continuer la lecture

« Police partout, justice nulle part » (1)

Par Delphine Pineda

« Ce gouvernement, je le caractérise d’un mot : la police partout, la justice nulle part. » (1)

Cédric Chouviat, 42 ans, père de 5 enfants âgés de 3 à 21 ans est mort par asphyxie « avec fracture du larynx » suite à un banal contrôle routier effectué par les forces de l’ordre qui ont semble-t-il une fois encore fait un usage disproportionné de la force que leur octroie la République française.

« Que le ministre Christophe Castaner reconnaisse la responsabilité des policiers dans la mort de mon fils. Et qu’il ne cache pas la vérité, qu’il ne camoufle pas les faits comme ça a été le cas jusqu’à présent », a commenté, dans un entretien à un grand journal français, le père de la victime Christian Chouviat (2)…

Le fait est aujourd’hui que Monsieur Chouviat n’a pas tord et que la mort violente de son fils intervient dans un climat de défiance lourd, très lourd, à l’égard de ceux qui commandent les forces de l’ordre et gèrent l’ordre public en France.
Souvenons-nous de Zineb Redouane morte à Marseille frappée au visage par une grenade lacrymogène en fermant les volets de son appartement, souvenons-nous de Steve Maïa Caniço mort noyé un soir d’été suite à une charge policière totalement disproportionnée lors d’une joyeuse fête de la musique, rappelons-nous que depuis le mois de novembre 2018, sur 640 manifestants, 49 mineurs et lycéens, 29 passants, 116 journalistes et 33 médics, plus de 867 signalements de violences policières ont été recensés, 2 décès constatés, 318 blessures à la tête enregistrées, 25 éborgnements et 5 arrachements de mains comptabilisés par le journaliste David Dufresne (3)… et autant de classements sans suite faute de preuve ou de possibilité d’identification des potentiels coupables, notamment par absence de port du numéro permettant de les identifier, pourtant obligatoire…

Oui, le fait est aujourd’hui que à cause d’un pouvoir trop avide de briser tout mouvement contestant dans la rue sa politique et afin de pallier aux absences de réponses d’un pouvoir qui semble être sourd à toutes les revendications, peurs et angoisses qui s’expriment depuis plus d’un an dans la rue, nous sommes nombreux à avoir le sentiment désormais d’être entrés dans quelque chose de nouveau en France, quelque chose de jamais vu depuis la Guerre d’Algérie, une sorte de guérilla, de guerre, où l’affrontement physique entre la police républicaine et ceux qu’elle est censée servir et défendre est de mise. Pour la première fois depuis très très longtemps, les morts et les blessés surgissent et s’entassent à la pelle dans l’espace public français, la plupart du temps sans un mot des autorités pour les blessés et tués, sans un mot des autorités pour calmer le jeu, sans un mot des autorités pour apaiser et faire chuter et stopper une tension de plus en plus palpable entre elles et celles et ceux qu’elles violentent.

Continuer la lecture

Du dialogue social en France

Pierre Mazzorbo


Il en va ainsi des gouvernements qui se succèdent en France… Depuis 1945, ils n’ont toujours pas appris à négocier. Cette culture de la négociation qui fait la force des démocraties sociales d’Europe du Nord est totalement inexistante dans la formation des politiques français et pire encore dans la technocratie énarchique et polytechnicienne que Macron nomme « Etat profond ».

La présente réforme des retraites n’échappe pas à la règle. Depuis le départ, la réforme ne bougera pas… Depuis le départ, l’âge pivot est un tabou qu’il ne faut pas toucher. Depuis le départ, le régime nouveau sera universel et il n’y aura aucun régime spécial…

Dans ce mauvais drame de théâtre de boulevard, l’auteur a sciemment tout mélangé pour que personne n’y comprenne plus rien : régime de retraite par points, pénibilité, âge pivot, fin des régimes spéciaux, tentation de mettre fin au cumul emploi retraites autorisé pour un certain nombre de métiers du public (gendarme, militaire, danseur de l’opéra…), besoin de financement pour la génération du baby-boom avant 1975. Ce que ne disent pas Edouard Philippe et Emmanuel Macron, c’est qu’il ne toucheront pas aux pensions des retraités du baby-boom… Il n’y a pas aujourd’hui de problème de financement pour la génération après 1975 qui arrivera en retraite quand l’essentiel de la génération des babyboomers sera passée ad patres en 2035…

Résultat, le pays se bloque, les grèves prennent… Plus d’un mois de grève! Même Alain Juppé avait ôté ses bottes avant!

Dans la méthode, on confond aussi « communication » et « négociation ». Pendant un mois, on a entendu les éléments de langage de la majorité répéter inlassablement que la « CGT bloquait le pays et est hostile à la négociation », sans que jamais, ni le Président de la République, ni le Premier ministre ne disent publiquement ce qui était négociable ou pas dans la réforme. Pour négocier, premier principe, il faut être deux. Pour négocier, deuxième principe, il faut qu’il y ait quelque chose à négocier. Et que ce quelque chose soit sur la table. Il ne suffit pas de le faire dans l’alcôve d’un ministère, en bilatérales avec chaque syndicat. Les Français ont le droit de savoir ce qui va advenir de leurs retraites, de leurs droits futurs.

Continuer la lecture