Archives par étiquette : Lettre n°07

Une fiscalité Louis-philiparde !

10 mai 2018

par Frederic Scanvic

C’est entendu il n’y a rien de plus aride que la fiscalité. Mais la fiscalité est aussi l’une des questions les plus politiques qui soit. Dans un pays où les prélèvements obligatoires représentent 46 % du PIB et les dépenses publiques 57 % c’est le premier outil de la redistribution.

Alors qu’est ce que la fiscalité de Macron nous dit de sa politique, de sa vision de la société, de l’idée qu’il se fait de la redistribution ?

Comme souvent depuis un an la cohérence du propos n’est pas aisée à identifier. Au delà des mots (moderniser la société, sortir du chômage de masse…) on peine à voir une politique fiscale se dessiner. et encore moins une politique fiscale juste!

Ce que l’on voit c’est le service à une clientèle : celle des plus aisés.

On commence par la suppression de l’ISF et son remplacement par une taxe sur les seuls actifs immobiliers non affectés à l’activité professionnelle de leur propriétaire.
Le cadeau est de près de 3,4 milliards par an ce qui, en soi, en dit long sur le propos dans un contexte de finances publiques tendu.

Au delà il y a le message politique : Il vaut mieux imposer les salaires et la consommation que la richesse. Le spéculateur serait plus utile à la société qu’un salarié.

Malgré une crise du logement structurelle on en arrive même à désigner les investisseurs immobiliers comme des rentiers inactifs On maintient ainsi le plus haut niveau de taxation de toute l’union européenne (4,6 % contre 2,5% en moyenne européenne).

On poursuit avec la « flat tax » mot anglais qui signifie en réalité ; fin de la progressivité dans la taxation des revenus du capital alors que celle-ci reste la règle pour les revenus du travail. Comme le souligne avec humour la communication du gouvernement tout le monde bénéficie de la « flat tax ».

Encore faut-il avoir des revenus du capital !
Encore faut-il ne pas se situer au dessous de 20000 euros de revenus par an, la réforme entraînant alors une hausse de taxe de 2% environ) de même que pour les revenus financiers des personnes non imposables à l’IR.
Encore faut-il souligner que plus on a de revenu plus on bénéficiera de la mesure!

Le coût estimé par Bercy est de 1.9 Milliards par an. L’OFCE chiffre le cadeau à 4 Milliards ; certains économistes, intégrant les opportunités d’optimisation fiscale vont jusqu’à 10 Milliards.

Ce qui est certain c’est que 44% de l’avantage global profitera au 1% des ménages les plus riches.

On finit avec la suppression de « l’exit tax » qui consistait à taxer les plus-values réalisées en France par des exilés fiscaux.

Le débat sur le coût est évidemment secondaire (le but de cette taxe étant de dissuader l’exil si elle réussissait son rendement serait nul) mais la encore le message politique : il ne s’agit pas de supprimer une taxe qui pèse sur la création ou sur le travail ; il s’agit de supprimer une taxe qui pèse sur des plus-values réalisées et non latentes.

Au delà du total impressionnant de cadeaux fiscaux c’est le symbole qui compte : non pas un signe d’encouragement à la création de valeur mais une prime à la rente.

On avait cru élire De Gaulle et on se retrouve avec Guizot.

Du côté de ceux qui ne sont pas rentiers les avantages relèvent largement des promesses de gascon.

La suppression de la taxe d’habitation qui bénéficie d’abord à 80% des français puis, à tous coûtera près de 20 Milliards par an.Ce n’est pas une recette d’Etat mais une recette des communes. Il faudra donc la financer.

On a tout entendu depuis un an : une ministre a annoncé un nouvel impôt de remplacement, un rapport repris par le ministre évoque un bonneteau fiscal (les départements financeraient et l’Etat les compenserait en finançant pas une baisse des dépenses publiques) alors que premier budget de l’ère Macron se traduit par une hausse des dépenses publiques, que le déficit structurel reste au dessus des 3% cette promesse de vertu ne trompera que les gogos.

La réalité sera que les communes augmenteront la taxe d’habitation sur les résidences secondaires et les taxes sur le foncier bâti et non bâti qui sont leurs autres ressources.

La révision des bases locatives, assiette du foncier bâti, permettra de compléter le manque à gagner. Les départements baisseront les budgets de l’aide sociale ou des transports scolaires…

Il y aura un impôt de plus pour compenser celui qui vient d’être supprimé.

La seconde mesure supposée bénéficier aux petits et moyens revenus est l’affaire du basculement des cotisations sociales sur la CSG. Elle se fera en deux fois la première en fin d’année de sorte qu’il sera bien difficile (année d’instauration du prélèvement à la source de surcroît) d’identifier clairement l’avantage.

Les rentiers ont eu l’ISF, la flat tax et la fin de l’exit tax, tout de suite et en une fois. Les salariés auront peut-être, demain ou après demain, si l’on est très optimiste une amélioration de leur pouvoir d’achat, en deux fois…

On connaît de plus les perdant : une large majorité de retraités précisément 7 millions sur les 14. Millions.

Emmanuel Macron leur dit benoîtement : c’est normal vous êtes des privilégiés grâce à une protection sociale généreuse et il vous faut maintenant être solidaires des jeunes actifs.

Mais quelques jours plus tard c’est l’annonce d’une nouvelle taxe : un nouveau lundi de pentecôte qui est en réalité une taxe sur les salaires de 0.5 % environ (on fait travailler les salariés 1610 heures pour un salaire de 1603 heures) au nom de la solidarité avec les personnes âgées dépendantes.

Là encore le message est clair : Les impôts supprimés pour les rentiers le sont définitivement ; Les « avantages » accordés aux revenus du travail sont précaires car il faut les financer.

Comme le disait récemment un économiste on pensait que Macron était un social libéral : il apparaît clairement pourtant de moins en moins libéral (il privilégie la rente plus que la création de valeur ; ce que confirme l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) pour qui les 5 % de ménages les plus riches ont capté jusqu’à présent 42 % des gains liés aux réformes) et manifestement il est « en même temps  » de moins en moins social!

Frederic Scanvic

 

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Refuser la stratégie de la violence pour rassembler et l’emporter demain

8 mai 2018

Par Daniel Goldberg

Depuis longtemps, certains mouvements revendicatifs théorisent le débordement du cadre habituel du débat politique.

Dès le 19ème siècle, les anarchistes jugeaient que des actions fortes et ciblées, suivies de cycles de répressions et de nouvelles actions violentes, entraîneraient mécaniquement l’adhésion du plus grand nombre à la cause qu’ils défendaient.

De l’autre côté, les factieux d’extrême-droite s’engageaient sous forme de milices pour faire physiquement pression sur la République, comme ce fût le cas notamment lors du 6 février 1934, ou encore avec l’OAS et le SAC.

L’action des black blocs lors de la manifestation du 1er mai en a été le récent exemple le plus significatif, mais les dégradations de permanences parlementaires, sous le précédent quinquennat comme lors de celui-ci, le saccage de bâtiments administratifs par des agriculteurs, les formes d’action de certains opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes ou la démolition des portiques de l’écotaxe en étaient d’autres formes.

Certes, notre République a beaucoup de défauts. Le « mur de l’argent » a par exemple toujours su utiliser des moyens de pression plus ou moins légaux. La présidence jupitérienne théorise de son côté que la démocratie se résume au résultat du 1er tour de l’élection présidentielle et, qu’alors, tout le monde doit suivre tête baissée.

Mais, la question pour la gauche, dans sa diversité, des moyens à utiliser pour convaincre de la justesse de ses points de vue est de nouveau posée.

En effet, le défilé du 1er mai et ses suites syndicales et politiques ont été en quelque sorte phagocytés par les quelques centaines de manifestants qui ont agi près de la gare d’Austerlitz, tout en notant néanmoins que ces actions violentes et sans réserve condamnables ont été de moins grande ampleur que celles connues lors du débat sur la loi Travail en 2016.

La question est relativement simple à résumer : la fin recherchée justifie-t-elle les moyens employés ?

Cela nécessiterait sans doute de préciser le but réel des auteurs de ces faits : s’opposer à un projet de loi n’est pas la même chose que de vouloir renverser notre régime démocratique par leur « meilleur des mondes ».

Disons-le ici, certains mouvements, pour se faire entendre, peuvent nécessiter de sortir du cadre légal strict : beaucoup de Français ont éprouvé de la sympathie pour le démontage d’un McDonald’s par José Bové afin d’alerter sur le danger des OGM et de la « mal bouffe ». De même, les émotions suscitées par les poursuites engagées pour « délit de solidarité » montrent que le seul respect du cadre légal ne vaut pas toujours. Et le film « 120 battements par minute » a rappelé combien Act Up a du forcer le débat public pour faire reconnaître le Sida, ses malades et l’urgence de leur prise en charge.

Mais pourquoi donc certaines actions pourraient-elles être justifiables – et reconnues comme telles – alors que d’autres non ? Pourquoi pourrions-nous considérer certaines comme légitimes quand d’autres sont à rejeter en bloc sans la moindre accointance possible ?

L’erreur commise par Jean-Luc Mélenchon, dans ses premières explications juste après le 1er mai comme lorsqu’il semblait fermer les yeux quand la violence ne s’exerçait uniquement contre des élus socialistes, est de ne pas chercher, à chaque instant, à développer un mouvement qui aurait constamment la volonté de toujours rassembler pour devenir majoritaire.

Ces actions violentes stériles ne peuvent en aucun cas se justifier puisque qu’elles n’ont pas d’autres formes de mobilisation que ces violences elles-mêmes et leur médiatisation : pour eux, il ne s’agit pas d’être une alternative ou de convaincre alors le plus grand nombre.

L’important est de paraître sur la scène médiatique. C’est en quelque sorte une stratégie, certes visible, mais qui intériorise la défaite de son camp et l’incapacité à convaincre celles et ceux dont ils se disent pourtant les représentants.

Tout cela est alors bien entendu tout au bénéfice du pouvoir en place, qui rappelle là sa dérive de plus en plus à droite dans une bien classique criminalisation a priori des mouvement sociaux, vilipendés car voulant « attiser la colère » par un « discours d’agitation », ou parlant même de « poujado-castrisme ». Si Ch. Pasqua ne l’avait pas déjà utilisé, on les sent tentés de parler de « sida mental. »

De même, les socialistes qui considèrent toujours qu’il faut séparer le mouvement social entre les « réformistes » et ceux qui ne le seraient pas – ce qui a été une des grandes erreurs du quinquennat précédent – participent à cette impasse.

C’est la recherche du rassemblement de toutes celles et de tous ceux qui s’opposent au cap « à droite toute » du pouvoir actuel qui sera tout à la fois le meilleur antidote à ces formes de violence stérile et l’outil le plus efficace pour construire un nouveau projet à vocation majoritaire.

Car là aussi, dans notre société fracturée, le chemin compte autant que le but à atteindre. Le reste n’est que gesticulation des uns comme des autres.

En 1969, F. Mitterrand, alors qu’il pensait sans doute son chemin politique dans une impasse, avait pourtant théorisé cela, avant de le mettre en pratique : « Un homme de gauche ne peut pas se contenter d’être le partisan de la justice, il doit connaître les ressorts de la société qui lui permettront d’assurer la victoire de la justice. »

C’est la même question qui est posée aujourd’hui : la recherche de l’unité la plus large possible, avec des mots d’ordre et des actions qui rassemblent, peut seule permettre demain, grâce à un mouvement à vocation majoritaire, à la justice de l’emporter.

Daniel Goldberg

 

 

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Un an après, qu’en est-il vraiment du « en même temps » ?

8 mai 2018

Par Julien Dray

Emmanuel Macron démarrait bien d’un postulat qui plaçait les vieux partis à équidistance d’un point d’équilibre qu’il se promettait d’incarner. Les antagonismes « séculaires » entre la droite et la gauche étaient les principaux obstacles au « progrès » ; ils empêchaient toute approche réaliste. Il fallait donc renverser la table d’un système éculé en se plaçant au centre, en prenant de part et d’autre pour installer notre pays dans un monde qui ne l’attendait plus. La fameuse expression du « en même temps » était née.

Qu’en reste-t-il un an après ? Il existe bien encore un en même temps. Le centre de gravité s’est cependant déporté à droite, et quelquefois très à droite. Il ne faut donc plus prendre de la gauche et de la droite…mais du centre droit libéral et en même temps de la droite réactionnaire.

La seule force de la politique jupitérienne a donc été de faire éclater, exploser même, le bloc de gauche en convertissant certains sociaux libéraux à sa doctrine et en provoquant, en même temps, l’émergence et l’expression d’une gauche plus radicale, frontalement opposée à son projet européen, à sa vision de la mondialisation.

Aujourd’hui, un an après, il y a fort à parier que ses soutiens initiaux aient changé. Sa politique de droite a sans doute convaincu une partie des électeurs « LR » qui le préfèrent à leur nouveau responsable et « en même temps », la très grande majorité des électeurs historiques de la gauche de gouvernement, qu’ils se soient abstenus ou qu’ils aient voté Macron à l’élection présidentielle, ne croient plus en sa politique et lui tournent le dos.

La stratégie jupitérienne tendant à vouloir effacer les rapports gauche/droite pourrait bien aboutir, un an plus tard, à les réactiver. Le tout est de savoir sous quelle forme !

Dans un certain sens, Emmanuel Macron rend service à la gauche ; dans un certain sens et à certaines conditions.

En effet, si à l’intérieur de la famille de gauche, de toute la gauche, on continue à vouloir être hégémonique en affaiblissant l’autre, le camarade, celui qui, ici, sera considéré comme un social-traitre et là comme un dangereux extrémiste, alors la politique de l’actuel président aura de l’avenir, aux dépends de l’intérêt général, de notre modèle social et du progrès tant sur le plan écologique qu’humaniste.

Mais si ce tsunami, qui a emporté le parti socialiste sans lui substituer une alternative crédible, permettait de retrouver, sur ce champ de ruine, les bases et les fondements qui font l’universalité des valeurs de la gauche toute entière ; alors nous pourrions reconstruire l’unité indispensable à l’émergence d’un projet réellement progressiste, un programme que l’on pourrait définir comme « réformisme radical et durable ».

Le sectarisme nous a éloignés, séparés ? Il est nécessaire, aujourd’hui, de le dépasser.

Si certaines formes de radicalités politiques sont utiles au débat public, elles ne suffisent jamais, on le sait bien, pour prendre le pouvoir, si tant est qu’elles en aient l’intention. Les manifestations pourront se succéder, elles feront chaud au cœur, elles pourront même rassembler massivement, elles montreront une vraie volonté populaire de changement… mais si elles ne se traduisent pas par un projet politique associant l’ensemble de la gauche…elles ne seront que des étoiles filantes sur lesquelles les vœux d’espoir seront déçus, voire trahis.

On sait aujourd’hui clairement identifier nos adversaires politiques. Emmanuel Macron, après un an de réformes au pas de charge, s’est clairement déporté à droite, il est donc de ceux-là. Il y a bien une droite et une gauche. La droite se radicalise.

La gauche devrait suivre le même chemin ? Bien sûr que non ! Elle doit faire valoir sa diversité…et retrouver son unité ! Notre définition de la fameuse expression Jupitérienne, serait la suivante : rester nous mêmes et « en même temps » se rassembler !

La mondialisation financiarisée, effrénée, se renforce par l’austérité et le sacrifice du social un peu partout en Europe et « en même temps » si on pense au Portugal…

Julien Dray

@Juliendray

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