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« Mal nommer les choses c’est ajouter aux malheurs du monde » Albert camus – Edito lettre n°97

Par Julien Dray 


L’innommable assassinat d’un hussard de la république ne peut pas être un épisode de plus dans la longue série des attentats terroristes qui touche aux fondamentaux de notre république.

Nous ne pouvons pas réduire notre réaction collective à la compassion pour les victimes et leurs familles. Soyons clairs, il est évident que notre indignation, notre affection, notre solidarité doivent être exprimées y compris en organisant des manifestations de soutien ou d’affirmation de notre union nationale.

Cependant, cela ne suffit pas. Cela ne suffit plus. Nous n’en sommes plus aux circonvolutions de langages. Nous ne pouvons plus, sous couvert de vouloir épargner ou protéger une communauté, biaisé notre discours. Car oui, en effet comme le disait Camus : « Mal nommer les choses c’est ajouter aux malheurs du monde ». Jusqu’à aujourd’hui c’est peut-être bien ce que, inconsciemment, nous avons fait.

Alors disons-le clairement. L’islam politique radical met en danger, et c’est un moindre mot, notre démocratie. La justification d’une religion n’a rien à faire dans le pays des droits de l’homme. Dans ce pays où la séparation de l’église et de l’état est un principe intangible.

Ce n’est pas un fou, ce n’est pas l’acte isolé d’un individu, ce n’est pas un citoyen lambda qui a assassiné un professeur des écoles. C’est l’Islam politique radical qui en est la cause. Un Islam qui s’est développé dans notre pays, principalement dans les secteurs abandonnés de la république. L’abandon de la police de proximité, les atermoiements sur la loi de 1905, le clientélisme ici et le laisser faire à d’autres endroits ont permis ce développement. La situation sociale et économique dégradée a fait le reste.

Nous n’affirmons plus ce que nous sommes par peur de froisser, d’apparaître injustes, de créer des inégalités ? Pendant ce temps, nous n’appliquons pas la loi. Certains revendiquent même de l’adapter, dans un sens ou dans un autre et rien n’est fait. Ces tergiversations sont la porte ouverte au radicalisme.

La mort atroce de Samuel Paty ne doit pas rester sans réponse. Elle doit être un élément déclencheur pour donner le nom de l’ennemi de la république. Ce ne serait que justice et respect envers un professeur qui a transmis, à travers ses cours, les valeurs de notre république. Il n’a commis aucun délit. Au contraire de cela, il a ouvert les consciences d’enfants à l’esprit critique, au libre arbitre et à la liberté d’expression.

Notre peine est immense et notre colère l’est également. Il s’agit maintenant de ne plus jamais fermer la parenthèse dans l’attente fatale du prochain attentat.

La défense de la laïcité est plus que jamais d’actualité.

Etre citoyen de ce pays c’est se conformer à cette loi là. Sans compromis. Tout doit changer pour que nous retrouvions enfin notre vocation universelle. Une vocation qui ne s’accommode pas, ne s’accomodera jamais de la barbarie et de l’obscurantisme !

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Répondre par plus et par mieux de République – Edito lettre n°59

Par Julien Dray & Daniel Goldberg


Maintenant que les slogans en tous genres ont provisoirement cessé, il est temps de revenir sur la manifestation du 10 novembre dernier. D’abord pour constater son relatif succès et l’impasse républicaine à laquelle elle conduit :

Succès avec environ 13 000 participants et l’expression du ressenti sincère de femmes et hommes de notre pays, de confession ou de culture musulmane, que le franchissement des digues d’un racisme spécifique au sein dans la société française envers les Musulmans -et les maghrébins, en particulier- devait être enfin dénoncé.

Mais succès relatif car bon nombre de citoyens qui auraient pu manifester leur refus de la haine anti-musulmans ont choisi de ne pas y participer, tant les mots d’ordre de la manifestation et certains de ceux qui y appelaient s’éloignaient de leur conception de la République, et même s’y opposaient parfois.

Ce refus de se joindre à ce cortège vient de loin. Depuis longtemps maintenant, la France est plus grande qu’elle-même quand elle agit et parle avec une vision universelle. Ce supplément d’âme politique est lié au choix fait par notre pays, depuis la Révolution française jusqu’à sa traduction dans la loi de 1905, d’un modèle démocratique dans lequel la religion n’a plus la primauté, ni dans l’espace public, ni dans la conduite des affaires du pays.

C’est le grand tort de celles et ceux qui ont organisé ce 10 novembre.

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