3 octobre 2022

Réforme des retraites, c’est non ! – Edito n°128

par Julien Dray /

Monsieur Macron serait-il hanté par les cent jours qui déterminent l’action réformatrice d’un quinquennat ? Y’a-t’il une autre explication à la mise en place d’une énième réforme des retraites dans une période d’inquiétude générale sur le pouvoir d’achat et l’avenir ? dans un contexte de crise internationale sur le climat et l’énergie ? Est-ce pour faire oublier que l’urgence est ailleurs ? Chacun aura sans doute une réponse à ces questions.

Il semble que l’exécutif, dont on dit qu’il n’est pas unanime sur la question, s’apprête à ouvrir un dossier sensible. Il reprend, ce faisant, une vieille obsession de la droite française : Il faut travailler plus longtemps !

Les arguments repris de la droite par Emmanuel Macron sont par ailleurs forts discutables ! Ils se basent tous sur un objectif : ne pas toucher aux impôts ! Or on sait que ce levier stratégique de baisse continue des impôts profitent en premier lieu et de très loin aux classes les plus aisées de la société. On sait aussi qu’une réforme des retraites, telle que conçue par l’exécutif, nuirait en premier lieu et de très loin aux classes moyennes ; celles qui supportent déjà et de plus en plus les efforts économiques imposés par le gouvernement. Cette réforme risque donc de creuser un peu plus l’écart entre une grande majorité de la population et les plus fortunés de ce pays.

Notre système de retraite a pourtant connu, ces deux dernières années, inopportunément pour la pertinence et le besoin de réforme, un bilan positif. Nous ne sommes donc pas dans la situation catastrophique décrite par le pouvoir. La pyramide des âges montre par ailleurs que si les déficits se confirment pour les prochaines années, ils sont largement maitrisables sans changer quoi que ce soit au système, ni sur le nombre d’années de cotisations, ni sur l’âge de départ. Il faut certes prendre des mesures adaptées et provisoires. Car, enfin, le système s’équilibre de lui même à partir de 2030.

Faut-il changer de façon définitive les paramètres de la redistribution alors même que l’on sait, toutes les analyses le montrent et le C.O.R. également, que la période de déficit est provisoire et maitrisable ?

Il y a bien entendu d’autres solutions. Les français, magnanimes, en ont proposé quelques unes dans un récent sondage : une augmentation des cotisations sur les hauts revenus par exemple. Lionel Jospin avait, lui, en 1999, anticipé ce phénomène « Baby Boom » sur les retraites en mettant en place le FRR (Fond de Réserve pour les Retraites). Il devait être abondé pour parer à la période de déficit dont on connaissait déjà les années. Il l’a été mais il a connu avec Nicolas Sarkozy des modifications de structures et de gestion qui ne permettent pas aujourd’hui de savoir clairement ce qu’il en est advenu et ce qu’il en reste. N’aurait-il pas été détourné de sa fonction primitive ? Ne pourrait-on pas le réactiver ?

Ce qui apparaît très nettement dans ce dossier, c’est qu’il oppose deux conceptions : La volonté présidentielle à faire passer, coûte que coûte, une réforme de droite ; les appels du pied au groupe LR de l’assemblée nationale sont de ce point de vue révélateurs de son orientation, et la volonté d’une majorité des Français à garder le système dans l’état en l’adaptant sur la période. Il faudra donc trouver une représentation à cette majorité. Elle devra s’étendre bien au delà de la constitution actuelle des deux chambres. C’est sans doute une occasion pour la Gauche de s’ouvrir plus largement à toutes les sensibilités susceptibles de s’opposer à ce projet de réforme. La vocation originelle de la Gauche à rassembler le camp progressiste dans et en dehors de ces propres frontières idéologiques apparaît comme l’unique espoir de contrer les intentions d’un président qui ne veut pas entendre les attentes du peuple.

En tout état de cause, si l’on veut remporter ce combat pour les Français et ramener le gouvernement à la raison, il faudra une détermination et une montée unitaire de l’ensemble des opposants, quelque soit le bord politique, la doctrine ou les intérêts de partis, une mobilisation unitaire sans distinction et sans oukase.

A une période où les vendanges vont apporter leur millésime on pourrait ainsi résumer la situation par cette métaphore : « Quand le merle voit les vendangeurs entrer dans la vigne, il s’étonne surtout de les voir qui n’ont pas, comme lui, peur de l’épouvantail »

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