16 décembre 2019

Jusqu’à quand ? – Edito lettre n°63

Par Julien Dray 


Cette question est dans toutes les têtes. On aurait cependant tort de penser qu’elle ne s’applique qu‘à un mouvement de grève des transports. Cette question est récurrente depuis maintenant bien plus d’un an.

Il s’agit bien de l’empilement de mesures et de réformes qui petit à petit étouffe des pans entiers de la population. Ce sont d’abord les Français moyens qui voient fondre leur pouvoir d’achat quand les gros revenus explosent. Ce sont ensuite les travailleurs pauvres qui ne voient plus le bout du tunnel. Ce sont encore les agents des services publics qui n’ont d’autre recours que l’arrêt maladie, quand ils n’en viennent pas à des solutions extrêmes.

Le pouvoir a beau répéter, comme pour se convaincre lui-même, que tout va bien, que le pouvoir d’achat des actifs augmente, que la fin de la taxe d’habitation est la panacée, que l‘adaptation au monde moderne, impérative et nécessaire, nous oblige mais qu’au final, tout le monde y gagnera, il y a de moins en moins de monde pour le croire.

Pire, l’entêtement, la fuite en avant, l’obsession du président à vouloir coûte que coûte arrimer notre pays à la mondialisation économique, à le fondre dans le capitalisme financier, exacerbent les colères. Aujourd’hui, c’est bien Emmanuel Macron qui apparaît comme la principale cible. Les ministres et même le premier d’entre eux ne sont plus que des fusibles bien fragiles.

Alors jusqu’à quand ? jusqu’à quand va-t-on rester sourd à tous les cris d’alarme ? Jusqu’à quand va-t-on poursuivre, en dépit de l’évidence, sur le chemin de la précarité, de la pauvreté, de la perte de pouvoir d’achat ? Jusqu’à quand va-t-on remettre en cause le modèle singulier dont la France est si fière et si enviée ? Jusqu’à quand va-t-on mentir sur la réforme des retraites qui, tout le montre, correspondra à une baisse quasi générale des pensions que l’on soit du public ou du privé ? Jusqu’à quand va-t-on sacrifier les services publics de santé, l’audiovisuel, l’école, la justice, la sécurité civile, etc, etc ? Jusqu’à quand va-t-on user de la répression, de la violence en réponse à la multitude des mouvements dans une multitude de secteurs ?

Oui le roi est nu ! Obligé de s’enfermer la plupart du temps, de repousser toujours plus loin le périmètre de sa protection. A ne pas vouloir écouter et entendre, à trop opposer les Français entre eux, à force d’orgueil, à trop vouloir annihiler les oppositions, à oublier l’histoire sociale de son pays, Emmanuel Macron a perdu le contact, le lien avec les Français. Jusqu’à quand ?

On dit cette semaine décisive. Cela ne dépend que du nombre de manifestatants, et il doit être énorme pour imposer une prise de conscience : celle du prince. Admettre s’être trompé. Abandonner ce projet de loi inique. Reprendre le dossier à zéro, Redonner la place que les partenaires sociaux auraient toujours dû avoir. Identifier les injustices que le système actuel contient. Non pas pour changer de système mais pour corriger. Ce n’est en effet pas une question d’économie -le système actuel est financé- mais une question de justice, de dignité, de pouvoir vivre. Voilà la meilleure façon de répondre à la question.

Cela ne suffira certes pas. Parce qu’il n’y a pas d’horizon, d’espérance, au cap que le candidat Macron s’était fixé ; il faudra en changer. Redistribuer autrement les ressources. Associer autrement la population. Redonner du pouvoir d’achat. Eradiquer la pauvreté. Effacer les peurs. Tout reste à faire.

Alors jusqu’à quand va-t-il s’y refuser ?

 

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