19 décembre 2018

La dette ou comment s’en débarrasser ?

Par Frederic Scanvic

C’est entendu depuis longtemps, l’Europe cette machine à contraindre les peuples et leur liberté a depuis Maastricht inventé une règle idiote et pénalisante, consistant le déficit public à 3% du PIB.

C’est entendu, depuis longtemps, cette règle est le principal frein à la croissance et aux politiques publiques généreuses, sociales et progressistes.

Même s’il ne s’agit pas ici de chanter les louanges de la règle il est peut être sérieux, si l’on veut gouverner dans le sens des intérêts du plus grand nombre, d’aller au-delà de la première vision.

Le dernier des gilets jaunes, moins intelligent et subtil que les députés En marche le sait : une entreprise ou une famille structurellement déficitaire, c’est à dire qui dépense en permanence plus qu’elle ne gagne, ne peut espérer un grand avenir. La faillite pour l’entreprise, l’extrême pauvreté pour la famille.

Si l’idée commune n’est pas la même pour les Etats (notons qu’elle l’est pour les autres collectivités publiques) c’est bien sûr car la théorie économique a adoubé le déficit comme outil de politique économique. Le fameux multiplicateur keynésien justifie en situation d’atonie économique que l’on creuse le déficit par une hausse des dépenses publiques ou une baisse des recettes qui va stimuler l’activité. Les keynésiens de comptoir s’arrêtent là en général alors que la suite est intéressante et essentielle : la stimulation de l’activité qui en résulte entraîne mécaniquement une hausse des recettes fiscales qui vient combler le déficit et débouche sur un excédent budgétaire. C’est ce que Keynes appelle les stabilisateurs automatiques. Il n’y a aucune place là-dedans pour des déficits structurels.

La France, pour ne parler que d’elle, connait les déficits budgétaires depuis la première crise du pétrole en 1973. Depuis 2002 elle présente à Bruxelles des déficits supérieurs à 3 % ou si proches que la question de la sincérité est posée, et se justifie toujours de la même manière : encore un instant Monsieur le Bourreau, je vais aller mieux mais il me faut de l’oxygène j’ai un plan de relance des investissements d’avenir, des tas de projets de réformes structurelles, une refonte de ma fiscalité en cours. Bruxelles accepte car comme dirait Mélenchon comment dire non à la France ? On repart avec le suivant, les mêmes promesses, la même inefficacité, les mêmes déficits qui perdurent, les mêmes services essentiels qui ne sont pourtant pas honorés, la même chimère d’un Etat libre de faire ce qu’il veut car il dit non à Bruxelles.

Il dit non à Bruxelles mais courbe l’échine devant les marchés financiers qui sont les seuls maîtres face à un Etat endetté et structurellement emprunteur.

La première réalité de la dette et du déficit structurel c’est celle-là : on est l’esclave des marchés.

La deuxième est tout aussi grave : la première politique publique c’est le remboursement de la dette. Bien avant l’éducation nationale, les aides sociales nous dépensons un pognon de dingue à rembourser nos dettes.

La troisième conséquence c’est que malgré l’illusion d’une politique publique libre débarrassée de toute contrainte le poids de la dette, capital et intérêt, oblige en permanence à raboter les autres dépenses publiques : le niveau des impôts reste élevé, les services publics se dégrade, les prêteurs sont heureux. On peut difficilement mieux ce qui a été l’étincelle jaune qui a enflammé les gilets.

Il faut donc se débarrasser de la dette et du déficit structurel. Comment ?

Surement pas en annulant la dette. Même Benoît Hamon qui l’avait prévu dans son programme des primaires a fini par le retirer de son programme présidentiel. Car au-delà des difficultés juridiques (on peut toujours les régler en changeant la Constitution) cette méthode pose deux problèmes : (i) on ne convaincra plus les prêteurs avant longtemps d’y revenir il faudra donc être vertueux après cette décision et (ii) les prêteurs sont pour une large part des nationaux français de sorte qu’annuler la dette c’est créer et tordre l’impôt de façon déguisée. N’est-il pas politiquement plus digne que d’assumer l’impôt plutôt que de sournoisement rayer les conséquences d’un passé qui nous engage tous.

Donc bien sûr l’impôt d’abord : l’impasse dans laquelle le gouvernement Macron/Philippe est aujourd’hui tient à ses cadeaux fiscaux inouïs à une très petite frange de la population. Il faut maintenant passer à la caisse pour le plus grand nombre car le couvercle ne tient plus sur la marmite. Mais il n’y a eu aucune réflexion globale et sérieuse : la godille est devenue la boussole de la fiscalité macroniste.

Ensuite la justice. Nous ne avons souvent parlé ici il n’est pas besoin d’y revenir. Les politiques les plus dures les plus rigoureuses sont toujours acceptées lorsqu’elles sont transitoires (ce qui n’est pas le cas de l’endettement systématique qui, une fois de plus est une constante aussi inefficace que couteuse depuis 1973) et équitablement partagée. Cela vaut pour l’impôt mais cela vaut aussi pour la dépense publiques, les gilets jaunes l’ont souvent rappelé avec leurs mots, ceux d’une France périphérique qui paye l’impôt et ne voit plus les services publics.

Enfin la dépense publique qui doit être rationnelle et efficace. Combien avons-nous connu de ces plans de relance de l’investissement public supposé justifier les déficits publics au nom du financement de l’avenir ? Un par septennat ou quinquennat depuis 1973. Combien de comités Théodule placés auprès de ministres ou de la caisse des dépôts pour choisir des projets à financer qui couteront finalement plus chers à choisir qu’à aider ? Tout cela in fine pour le minitel, AREVA, mais toujours moins d’emplois industriels et toujours plus de dette.

Il faut sortir du cercle vicieux de la dette et du déficit. Ca n’est pas impossible dans une vraie logique sociale et progressiste. Il faut juste oublier quelques mauvais réflexes et quelques sales manies.

Frederic Scanvic

 

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