26 novembre 2019

Politique de la ville : De 1977 à Aujourd’hui

Par Frédéric Ragueneau

La brève du JJD de ce week-end dans laquelle on apprend que le Président de la République a été « bouleversé » par le film Les Misérables et aurait « demandé au gouvernement de se dépêcher de trouver des idées et d’agir pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers prêterait presque à rire si la situation n’était pas si grave et si ancienne.

Déjà en 1997 Raymond Barre avec son plan « habitant et vie sociale » a ébauché une politique de la ville se caractérisant par la volonté de réparer les quartiers d’habitat social et de traiter les problèmes sociaux locaux en s’appuyant sur l’idée que l’intervention de l’Etat doit à la fois répondre à l’urgence et moderniser l’action publique.

Or, on constate que depuis ce premier plan banlieue les actions menées pour aider spécifiquement les quartiers « sensibles » ou « populaires » les inégalités territoriales subsistent voire augmentent. Quelle découverte !

Pourtant, depuis 1977 une ribambelle de plans a été engagée : parfois au nom improbable (banlieues 89), parfois avec de grandes ambitions (plan Marshall) et surtout des acronymes par paquet, zep, zfu, qpv, pru, zus, zru. De nombreux ministres et secrétaires d’Etat ont été nommés, des oubliés (André Laignel, François Loncle, Hélène Geoffroy, Marc-Philippe Daubresse, Maurice Leroy, François Lamy), des politiques sans inspiration (Claude Bartolone et Eric Raoult), deux ovni (Bernard Tapie et Fadela amara), une jupette (Françoise de Veyrinas), un profil plus techno (Dellebarre), une passante (Myriam El Khomri).

Bref rien n’a véritablement changé et aujourd’hui la seule annonce du gouvernement est une batterie de mesures destinées à accompagner et reconquérir le département de Seine-Saint-Denis pendant les dix prochaines années. La reconquête c’est l’action de s’assurer à nouveau la maîtrise de quelque chose preuve que le gouvernement actuel ne contrôle plus rien. C’est un terrible constat d’échec des politiques précédentes.

Pourtant de tous ces plans on peut en retenir un. Celui engagé par Jean-Louis Borloo et l’Agence Nationale de renouvellement Urbain (ANRU) seul engagement massif en 42 ans. Mais à y regarder de plus près l’Etat a très peu investi puisque c’est essentiellement action logement (le fameux 1% logement) et les collectivités qui ont financé le programme. Et les limites de l’ANRU sont connues car son action est essentiellement sur l’urbanisme et le bâti.

Les services publics ont continué à déserter les quartiers, les entreprises également. On a rénové l’urbain, et c’est une bonne chose, mais on a raté l’humain et la mixité sociale. Mais c’est surtout l’emploi le grand oublié. Car ce qui gangrène les quartiers c’est le taux astronomique de sans emploi. Près de 25% de chômeurs dans les zones sensibles en moyenne (certains quartiers dépassent 50%), c’est plus de deux fois et demi plus important que dans le reste du territoire. Cet écart s’explique par l’effet de la ségrégation urbaine. Ces quartiers ont connu le départ massif des couches moyennes. Ils concentrent les difficultés sociales : on y trouve les populations qui ont le plus de difficultés à obtenir un emploi.

A l’effet quartier, s’ajoute un effet origine : l’écart constaté est aussi une conséquence de la discrimination. Les employeurs opèrent aussi un tri plus ou moins explicite selon l’origine ethnique des postulants.

Quoi qu’il en soit, il est temps de repenser cette politique en direction des quartiers pour qu’elle devienne réellement efficace. Créée pour désenclaver les quartiers et remédier aux inégalités territoriales, mais aussi accompagner et d’assister les populations défavorisées, la politique de la ville fonctionne mal. Triste constat : La politique de la ville n’a rien donné, à l’exception ici et là des zones franches, qui ont apporté quelques emplois dans des quartiers difficiles. Elle a surtoutrévélé le manque de volontarisme des gouvernements successifs sourds à l’urgence.

Le Président le découvre aujourd’hui mais Jean-Louis Borloo avait rendu un rapport au premier ministre (qui a du oublier de le transmettre au Président) sur ce sujet et avec des propositions pour lutter contre l’accroissement de la paupérisation et les problèmes de violence des quartiers en difficulté.

Alors un conseil pour Julien Denormandie, actuel ministre de la ville qui devra rendre sa copie au Président : il faut demander de moyens considérables (humains et financiers) pour l’emploi, l’école, la sécurité, la santé, la culture et le sport pour échapper à la spirale de la dégradation de ces quartiers.

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