10 septembre 2019

La santé n’a pas de prix … C’est fini ?

Par Edmond Thanel


Les plus anciens s’en souviennent. La politique de santé française était portée par un slogan qui engageait l’Etat devant sa population : « La santé n’a pas de prix ! » C’était sans doute aux débuts de l’Ancien Monde.
Lorsque l’intérêt général primait sur tout.
Lorsque la prévention était un maître-mot.
Lorsqu’on avait encore des médecins de famille.
Lorsqu’à l’école primaire, déjà, on passait au crible les maladies infantiles.
Lorsqu’on vaccinait.
Lorsqu’une classe d’âge avant le service militaire passait une visite médicale approfondie.
Lorsque la médecine scolaire et la médecine du travail avaient encore un sens préventif.

La santé n’avait pas de prix !

Depuis le profit est passé par là. Depuis le nouveau monde a investi les lobbies. Depuis on a accolé à l’ancienne formule son corollaire économique : « La santé n’a pas de prix … mais elle a un coût ! » et on a bientôt plus pensé qu’à ça. Réduire le coût.

Un homme de 75 ans est mort à l’hôpital, découvert 15 jours après sa disparition dans une pièce désaffectée. Les couloirs sont remplis de brancards et de chaises roulantes sur lesquelles des patients (ils n’ont jamais si bien porté leur nom) attendent d’être pris en charge. L’homme de 75 ans venait faire une chimiothérapie mais on n’a pas eu le temps de s’occuper de lui comme c’était prévu. On l’a perdu. La foule des visiteurs des urgences sont eux, ici, pour de multiples raisons, souvent bénignes. Ils n’ont eu cependant que ce recours.

Parce que ça existe.
Parce que c’est ouvert 24 heures sur 24.
Parce qu’ils n’ont pas toujours les moyens de passer par le médecin.
Parce que les dispensaires ont disparu.
Parce que c’est facile.
Parce que c’est un des rares endroits où il y a encore de la lumière! Il arrive pourtant que l’on meurt en pleine lumière d’avoir trop attendu. Dans l’agonie des urgences.

Appartient-il encore, après un tel constat, aux économistes de la Santé, de décider du comment, du pourquoi et du combien ?
Quand les personnels, formés en France ou ailleurs, hurlent leur détresse ?
Quand les médecins finissent pas s’associer aux infirmières, à l’ensemble des soignants pour dénoncer la dérive financière qui ne leur permet plus de prendre en charge, ne serait-ce que dignement, leurs patients ?
Quand plus de 250 services d’Urgences sont en grève ?
Quand les burn-out des personnels et qu’en même temps les accidents de patients se multiplient dans les services de nos hôpitaux ?

C’est une honte collective qui devrait nous dévaster ! Plutôt qu’une fuite en avant d’une politique de santé du profit portée par l’actuel ministère, ne faudrait-il pas confier d’abord à ceux dont c’est peut-être encore la vocation, une réflexion sur les fondements de notre système ?

Le silence de la plupart des médias sur ce sujet est révélateur du malaise profond qui traverse notre société. On tourne le dos à la honte ; pour l’oublier ?

Stop à la fuite en avant ! Il est tant d’arrêter l’hémorragie.
Conserver la proximité des urgences pour l’ensemble de la population.
Suspendre le plan de fermeture de ses services indispensables.
Embaucher de nouveau les personnels qui manquent cruellement.

Il faut enfin entendre celles et ceux qui, avec la meilleure volonté du monde et en sacrifiant souvent leur temps de congés, s’évertuent vainement à ne pas rompre avec la qualité des soins et la dignité des patients.

Et puis, il y a le scandale des laboratoires. La pénurie de médicaments s’étend de plus en plus même pour des pathologies comme le diabète et les cancers par exemple. Elle n’est pas due à une augmentation du besoin mais à un mode de production au moindre coût et surtout à des choix commerciaux très contestables. La France est mise sous la pression de certains lobbies et paie ainsi lourdement son haut niveau d’exigence.

Aurait-on aussi oublié le pourquoi de l’investissement étranger en France, alors même que le coût du travail est plus élevé que dans la plupart des régions du monde ? C’est (ne devrait-on pas dire c’était ?), entre autres, la bonne santé de sa population. Une bonne santé collective qui permet d’avoir les salariés, parmi les plus productifs de la planète. Il n’y a plus que pour ces entreprises là que la santé n’a pas de prix !

Dans la tête de nos gouvernants, elle a seulement un coût ! Pour la collectivité c’est plutôt un coup dur.

Un coup qui peut être fatal !

Edmond Thanel   

 

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