15 novembre 2020

Déconne pas Jean-Luc !

Par Daniel Goldberg

Le ton de L’Engagé.e se veut bien sûr respectueux des personnes et il n’est pas question d’en manquer envers Jean-Luc Mélenchon à qui on peut reprocher sans doute beaucoup de choses, mais pas d’affirmer honnêtement les principes de ce qu’il pense juste.

Néanmoins, dans la série Baron Noir – à coup sûr dystopique ! -, Michel Vidal, alors qu’il est à la tête d’une formation émancipée de la gauche traditionnelle et se réclamant du peuple, est apostrophé de cette même façon parce qu’« on ne peut pas aller à la prochaine présidentielle dans cet état 1».

Ici, dans la vraie vie, nous n’avons pas le luxe de pouvoir manquer un nouveau rendez-vous décisif pour notre pays, en nous en remettant à des scénaristes de talent. Il nous revient d’écrire la page de 2022, celle d’un pays et de ses habitants fiers d’être en République dans un monde de conflits violents, de régimes autoritaires ne reconnaissant que la force comme régulation, un monde au futur dévoré par les défis écologiques et les urgences sociales.

Un monde où le pire de l’économie de marché financiarisée s’affranchit de toute régulation. Nous ne sommes sans doute pas à un moment de bascule vers un monde d’après, mais plutôt dans une sorte d’acmé capitalistique dans laquelle l’ensemble des risques sont reportés sur les états et sur les citoyens, de la flexibilisation de l’emploi en passant par les dettes et même maintenant les lieux de travail qui doivent être fournis par les salariés eux-mêmes.

Alors, disons-le d’emblée : en 2022, seule la victoire sera belle.

La défiance des citoyens s’étant à ce point ancrée depuis des années, toute participation visant essentiellement à préserver ses parts de marché politique pour un futur plus enviable sera non seulement vouée à l’échec, mais très sévèrement jugée par les femmes et de gauche qui nous espèrent encore. Et cela vaut pour toutes et tous, pas uniquement pour les Insoumis.

Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon a choisi de tirer seul les conséquences de la situation de la gauche et du pays. Il a présenté sa candidature et a obtenu en quelques jours les 150 000 soutiens qu’il jugeait nécessaire pour la valider.

En quoi cela conduit-il à une démarche potentiellement gagnante ? En quoi et avec quelle dynamique le programme L’Avenir en commun auquel il nous propose de nous rallier aura-t-il plus de succès que par le passé ? Pense-t-il être à ce point attendu pour marcher, seul, son chemin ? En quoi affirmer qu’il a déjà des équipes prêtes à gouverner est-il un gage pour les citoyens de gauche et écologistes qui ne l’ont pas suivi jusqu’ici ?

Au moment le plus fort d’une crise sanitaire qui conduit à un séisme économique et social sans précédent dans l’histoire récente, Jean-Luc Mélenchon devrait en revenir à François Mitterrand auquel il aime bien, avec raison, se référer.

Au creux de son parcours, celui-ci a écrivait « Un homme de gauche ne peut pas se contenter d’être partisan de la justice, il doit connaître les ressorts de la société qui lui permettront d’assurer la victoire de la justice. »2. Cinquante après, ce sont ces ressorts qu’il faut activer pour permettre la victoire, la rendre possible et même désirable par les citoyens épris de justice sociale, d’enjeux écologiques et de participation démocratique. Et non pas seulement tuer le match à défaut de le gagner.


1 série Baron noir, saison 3
2 Ma part de vérité (1969)

 

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